Obama, tournée d’adieux dans une Europe inquiète de « l’effet Trump »
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Obama, tournée d’adieux dans une Europe inquiète de « l’effet Trump »

Après avoir dénoncé en campagne le danger d'une présidence Trump, le président américain devra rassurer ses homologues européens inquiets

Le président américain Barack Obama arrive à une cérémonie d'hommage pour le Veterans Day, au cimetière national d'Arlington, en Virginie, le 11 novembre 2016. (Crédit : AFP/Yuri Gripas)
Le président américain Barack Obama arrive à une cérémonie d'hommage pour le Veterans Day, au cimetière national d'Arlington, en Virginie, le 11 novembre 2016. (Crédit : AFP/Yuri Gripas)

Barack Obama quitte Washington lundi pour un ultime voyage en Europe qui le mènera en Grèce et en Allemagne où il tentera, dans un étrange exercice d’équilibriste, de rassurer des alliés sous le choc de l’élection de Donald Trump à sa succession.

Paradoxe cruel : le président américain sortant, qui a dénoncé avec virulence en campagne le danger d’une présidence Trump, devra endosser, au nom d’une transition apaisée, les habits de celui qui rassure des homologues européens inquiets du devenir de la démocratie américaine.

« Le but du voyage était de rassurer tout le monde en expliquant que les Etats-Unis avaient traversé une campagne électorale difficile mais que cela allait aller. Sauf que (…) nous avons tout simplement un scénario différent », résume Heather Conley, du Center for Strategic and International Studies.

Ni l’exécutif, ni les deux grands partis, ni les médias ne l’avaient anticipé : grande favorite des sondages, la démocrate Hillary Clinton a été battue et Donald Trump, novice en politique, a été propulsé à la Maison Blanche.

Le candidat à l'investiture républicaine, Donald Trump, lors d'un meeting de campagne au Centre de Savannah à Cincinnati, Ohio, le 13 mars 2016 (Crédit : John Sommers II / Getty Images / AFP)
Le candidat à l’investiture républicaine, Donald Trump, lors d’un meeting de campagne au Centre de Savannah à Cincinnati, Ohio, le 13 mars 2016 (Crédit : John Sommers II / Getty Images / AFP)

Durant la campagne, le milliardaire populiste a remis en cause la pertinence ou le fonctionnement d’alliances anciennes, au premier rang desquelles celle de l’Otan, l’accord mondial de Paris sur le climat ou encore celui âprement négocié avec l’Iran sur son programme nucléaire. Son attitude vis-à-vis du président russe Vladimir Poutine, dont il a loué les qualités, inquiète en Europe.

Au-delà des innombrables points d’interrogation qui entourent le devenir de la politique étrangère américaine, nombre de pays de l’UE s’interrogent aussi sur l’effet ricochet de la victoire de l’exubérant septuagénaire.

« Ils sont très inquiets car les même forces populistes et nationalistes, que ce soit sur l’immigration ou le libre-échange, ont une expression politique très forte au sein de l’Europe », souligne Heather Conley, qui rappelle les nombreuses échéances électorales à venir, au premier rang desquelles la présidentielle française au printemps 2017.

Attendu mardi en Grèce, où il effectuera sa première visite, Barack Obama, qui rencontrera le président Prokopis Pavlopoulos et le Premier ministre Alexis Tsipras, entend en particulier exprimer sa reconnaissance pour « la remarquable générosité » du gouvernement et du peuple grecs vis-à-vis des réfugiés et des migrants.

Discours sur les racines du populisme

Lors d’une journée forte en symboles, il visitera mercredi le Parthénon à Athènes, puis prononcera un discours sur les défis de la mondialisation qui aura évidemment une résonance particulière.

Des manifestants contre le racisme à Londres, le 2 juillet 2016. (Crédit : Isabel Infantes/Anadolu Agency/Getty Images via JTA)
Des manifestants contre le racisme à Londres, le 2 juillet 2016. (Crédit : Isabel Infantes/Anadolu Agency/Getty Images via JTA)

Son équipe promet, en s’appuyant sur le résultat de l’élection américaine mais aussi du vote britannique en faveur du Brexit, une réflexion sur les raisons pour lesquelles tant de gens « ont le sentiment de ne plus avoir prise » sur la marche de leur pays.

Fin septembre à l’ONU, alors que la campagne battait son plein mais qu’une victoire de l’homme d’affaires semblait peu probable, le président américain avait déjà appelé à prendre en compte les frustrations dont se nourrissent les « populismes » et à ne pas succomber à « un capitalisme sans âme ».

« Le monde est, à de nombreux égards, moins violent et plus prospère que jamais. Et pourtant nos sociétés sont marquées par l’incertitude, le malaise et les affrontements, avait-il souligné. C’est le paradoxe qui définit notre monde », avait-t-il poursuivi, soulignant qu’un monde dans lequel 1% de l’humanité concentre autant de richesses que les 99% restants ne serait « jamais stable ».

Pour sa sixième visite en Allemagne depuis son arrivée au pouvoir, le président démocrate retrouvera ensuite Angela Merkel, qui a été son « partenaire le plus proche tout au long de sa présidence », selon les termes du conseiller présidentiel Ben Rhodes.

Dès le lendemain de son élection, la chancelière a rappelé, en termes très clairs, à Donald Trump les critères qui guidaient la coopération étroite entre les deux pays : « la démocratie, la liberté, le respect du droit, de la dignité de l’homme indépendamment de sa couleur de peau, de sa religion, de son sexe, de son orientation sexuelle ou de ses convictions politiques. »

Obama profitera de ce déplacement pour rencontrer les dirigeants français François Hollande, britannique Theresa May et italien Matteo Renzi.

Le président américain terminera cette tournée par une escale au Pérou, où il participera au Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec).

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