Ohana nommé ministre de la Sécurité intérieure malgré l’inquiétude de la police
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Ohana nommé ministre de la Sécurité intérieure malgré l’inquiétude de la police

Les responsables craignent que cet allié du Premier ministre ne se concentre sur les intérêts de ce dernier ; Miri Regev, aux Transports, ira aux Affaires étrangères dans 18 mois

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (G) en compagnie du député Amir Ohana lors d'une réunion du Likud à la Knesset, le 11 janvier 2016. (Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (G) en compagnie du député Amir Ohana lors d'une réunion du Likud à la Knesset, le 11 janvier 2016. (Miriam Alster/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a décidé, jeudi, de nommer Amir Ohana, ministre de la Justice du gouvernement intérimaire sortant, au poste de ministre de la Sécurité intérieure au sein du gouvernement qui devrait prêter serment dimanche. Pour leur part, de hauts-responsables de la police ont exprimé leurs inquiétudes sur les implications d’une telle désignation.

La nomination d’Ohana à la tête de ce ministère qui supervise notamment la police, les services des prisons et l’Autorité des incendies et des secours était largement attendue.

Ohana, un proche allié de Netanyahu, a servi comme ministre de la Justice depuis le mois de juin 2019. Au cours de son mandat, il a critiqué de manière répétée le système judiciaire et ceux qui le dirigent en raison de l’ouverture de plusieurs enquêtes pénales qui ont visé le Premier ministre – et qui ont finalement débouché sur sa mise en examen.

De hauts-responsables de la police ont expliqué mercredi à la Douzième chaîne qu’ils craignaient qu’en tant que ministre de la Sécurité intérieure, Ohana ne cherche à mettre à la tête du système un candidat extérieur, en accord avec Netanyahu – alors que le Premier ministre est tenu de ne pas s’impliquer sur le sujet en raison de son prochain procès.

Ils se sont également inquiétés du fait qu’Ohana n’intervienne pour entraver le travail de l’unité du Lahav 433, qui se concentre sur les fraudes et sur la corruption, et qui a dirigé les enquêtes sur Netanyahu. Ils ont également fait part de leur préoccupation suite à cette nomination face à d’éventuelles conséquences indésirables si le procureur-général Avichai Mandelblit devait décider de l’ouverture d’une nouvelle enquête de police sur le Premier ministre.

Un communiqué du bureau du Premier ministre a également noté que Netanyahu avait désigné le député du Likud Gadi Yevarkan, transfuge de la formation adverse Kakhol lavan qui avait rejoint le parti du Premier ministre, au poste de ministre de la Sécurité intérieure adjoint. Yevarkan, émigré d’Ethiopie, sera également en charge de l’intégration des citoyens en provenance de ce pays.

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev arrive pour une conférence de presse à Jérusalem, le 22 avril 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un communiqué distinct a indiqué que Miri Regev, actuellement ministre de la Culture et des Sports, prendrait la tête du ministère des Transports et des Infrastructures au sein du nouveau gouvernement avant de devenir ministre des Affaires étrangères en 2021, quand le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, deviendra Premier ministre, conformément à l’accord d’alternance au pouvoir qu’il a signé avec Netanyahu.

Netanyahu a expliqué que Regev serait aussi membre du cabinet sécuritaire de haut-rang. De plus, elle sera en charge du centre de la hasbara (diplomatie publique) israélienne, et sera membre de la Commission des nominations judiciaires.

Regev aurait été insatisfaite de cette fonction proposée de ministre des Transports, ayant tablé sur un poste plus prestigieux – ce qui aurait amené Netanyahu à revoir son offre à la hausse.

Le député Miki Zohar sera chef de la coalition en tant que responsable de la faction du Likud à la Knesset, a annoncé Netanyahu.

Zohar qui est, comme Ohana, un allié fervent du Premier ministre, sera « le premier de la file » pour l’obtention d’un rôle ministériel dans dix-huit mois si un poste devait se libérer, a précisé Netanyahu. Si une telle opportunité devait se présenter, il deviendrait aussi président de la commission de la Constitution, du droit et de la Justice au sein du parlement.

D’autres nominations devaient encore être annoncées jeudi par Netanyahu avant la prestation de serment qui avait été prévue dans la soirée. Cette dernière a été finalement reportée à dimanche à 13 heures – le Premier ministre n’ayant pas terminé de répartir les postes ministériels encore disponibles pour sa coalition entre ses alliés de droite.

Après l’annonce du report, Gantz a indiqué devant la Knesset qu’il retirait sa démission en tant que président du parlement, une initiative qui aurait permis à Yariv Levin, du Likud, d’assumer immédiatement cette fonction.

Conserver son rôle de chef de la Knesset offre à Gantz un levier d’influence sur Netanyahu pour l’empêcher d’annuler la prestation de serment et demander un quatrième scrutin.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu signent leur accord de gouvernement d’union, le 20 avril 2020. (Autorisation)

Netanyahu et Gantz, qui serviront comme Premier ministre d’alternance et ministre de la Défense pendant les 18 prochains mois au sein du gouvernement qui va être formé, ont passé la journée de jeudi à nommer des députés issus de leurs blocs respectifs à des postes ministériels.

Mais alors que les nominations de Gantz ont été effectuées rapidement – quoique à la dernière minute – Netanyahu a fait face à un nombre croissant de législateurs qui ont refusé les postes qu’il leur offrait, estimant qu’ils représentaient moins que ce que le leader du Likud avait pu leur promettre par le passé.

De nombreux députés du Likud, parmi eux des ministres et des législateurs vétérans, se sont, en privé ou en public, rebellés contre Netanyahu, furieux de s’être vus offrir des postes gouvernementaux mineurs – voire aucun.

Jusqu’à présent, outre les nominations d’Ohana, de Regev et de Yevarkan, Yuli Edelstein a été désigné ministre de la Santé, Israel Katz ministre des Finances, Ofir Akunis ministre des Affaires régionales et Levin à la présidence de la Knesset.

L’ex-ministre du Likud Haim Katz, qui est sous le coup d’une inculpation pénale et qui ne peut pas être nommé ministre, dirigera la commission du Travail et des Affaires sociales au sein du parlement. Cette fonction avait été assumée par Katz en 2005 et 2006 et de 2009 à 2013, et c’est à ce poste qu’il se serait rendu coupable de la fraude et des abus de confiance pour lesquels il passera devant les magistrats.

Le député Likud Haim Katz au cours d’une discussion de la commission de la Knesset concernant sa requête d’immunité parlementaire, le 4 février 2020. (Crédit : Adina Veldman/Knesset)

Netanyahu a offert à la ministre sortante de l’Egalité sociale Gila Gamliel le poste de « ministre de l’Enseignement supérieur », une nouvelle fonction dérivant du ministère de l’Education. Néanmoins, la députée du Likud, qui avait rallié les soutiens au sein du parti pour obtenir le portefeuille de l’Education, a refusé cette offre moins substantielle, ne souhaitant apparemment pas accepter ce qu’elle a été amenée à considérer comme une rétrogradation.

Avant le report de la cérémonie de la prestation de serment, deux hauts-membres du Likud – l’ancien chef du Shin Bet, Avi Dichter, et l’allié de longue date de Netanyahu qui occupe actuellement la tête des ministères de l’Agriculture et de la Coopération régionale, Tzachi Hanegbi — ont annoncé qu’ils ne se rendraient pas à l’événement, ayant été snobés par le Premier ministre.

« Ce manque de respect ne me concerne pas seulement moi, mais il est un crachat au visage des 130 000 membres du Likud qui m’ont choisi parmi les dix premiers au sein du parti », a déclaré Dichter à ses proches après que Netanyahu l’a informé qu’il n’obtiendrait pas de portefeuille au sein du nouveau gouvernement. « Je n’ai même pas eu droit à la simple courtoisie d’un semblant de réunion » avec Netanyahu, a expliqué Dichter au cours d’un entretien télévisé.

« À l’heure qu’il est, quelques minutes avant la prestation de serment du gouvernement, je n’ai pas encore été invité à des discussions sur le nouveau gouvernement. J’en déduis que je ne suis pas indispensable à la Knesset ce soir », a commenté Hanegbi.

Sous les termes de l’accord de coalition qui a été signé le mois dernier entre le Likud et Kakhol lavan, le nouveau gouvernement comptera initialement au moins 32 ministres – des portefeuilles qui seront divisés à égalité entre les blocs de Netanyahu et de Gantz – avant de passer à 36 ministres dans six mois. Il s’agira du gouvernement le plus grand de toute l’histoire de l’Etat juif.

Netanyahu a signé des accords de coalition, mercredi soir et jeudi matin, avec ses alliés ultra-orthodoxes de longue de Yahadout HaTorah et de Shas, ainsi que le parti Gesher de droite.

Le leader de Shas Aryeh Deri restera ministre de l’Intérieur dans le cadre de son accord avec le Likud. Deri a aussi annoncé mercredi que le rabbin Yaakov Avitan, membre du conseil municipal d’Ashkelon et du parti Shas qui n’a pas été élu député, deviendra ministre des Affaires religieuses. Yaakov Litzman, numéro un de la formation Yahadout HaTorah, est pour sa part nommé à la tête du ministère du Logement.

La responsable de la formation Gesher, Orly Levy-Abekasis, a elle aussi signé un accord de coalition avec Netanyahu. Elle a été nommée ministre de l’Autonomisation et de la promotion des communautés, une fonction qui vient d’être créée.

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