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On manque d’abris, on ne peut garantir la sécurité des pèlerins, dit la maire d’Ouman

Selon Iryna Pletnyova, le sort des pèlerins relève de sa responsabilité, les habitants, eux, disent espérer la visite des hassidim de Breslev et d’autres pèlerins

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Iryna Pletnyova, maire d'Ouman (Crédit : Capture d'écran/Uman media YouTube)
Iryna Pletnyova, maire d'Ouman (Crédit : Capture d'écran/Uman media YouTube)

Ouman, Ukraine – Un jour après que le ministère des Affaires étrangères d’Israël a tenté de dissuader les pèlerins juifs de se rendre à Ouman en lançant un nouvel avertissement aux voyageurs, la maire de la ville a souligné qu’elle n’était pas en mesure de garantir la sécurité d’éventuels visiteurs.

« Nous devons pouvoir garantir la securité des visiteurs », a déclaré Iryna Pletnyova au Times of Israel mardi. « Et pour l’instant, il n’y a pas assez d’abris anti-bombes dans la zone où se tiennent normalement les festivités. Nous ne pouvons hélas pas garantir la sécurité absolue des pèlerins s’ils viennent ici. »

Rabbi Nahman de Breslev était un maître hassidique du 18e siècle et le fondateur du mouvement hassidique de Breslev. Ouman, où se trouve la tombe du rabbin, accueille normalement quelque 30 000 visiteurs pour la fête de Rosh HaShanah, la plupart venant d’Israël, mais d’autres pèlerins affluent aussi des différentes communautés juives du monde entier.

Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine en est à son cinquième mois, Kiev et Jérusalem ont indiqué qu’elles préféraient que les voyageurs juifs évitent leur pèlerinage cette année. Mais elles n’ont pas encore déterminé la meilleure façon de convaincre les hassidim de Breslev et les autres de renoncer à venir.

« En raison de la guerre et des combats entre les forces russes et ukrainiennes, le ministère des Affaires étrangères demande aux citoyens israéliens de s’abstenir de se rendre sur le territoire ukrainien, y compris à Ouman et dans ses environs », peut-on lire dans l’avertissement aux voyageurs israéliens de lundi soir. La déclaration soulignait le danger que représentaient les tirs de roquettes et les attaques aériennes sur l’Ukraine.

De son côté, Kiev tente de dissuader les pèlerins juifs à ce stade. Au début du mois, l’ambassade d’Ukraine en Israël a publié une déclaration indiquant qu’en raison de la guerre en cours, les touristes étaient interdits dans le pays et que les célébrations du nouvel an juif, qui tombe cette année fin septembre, restaient « incertaines ».

Les frontières terrestres sont en revanche toujours ouvertes aux étrangers, bien qu’ils doivent justifier le but de leur visite et être prêts à fournir des preuves de leurs projets.

Des fidèles juifs prient sur la tombe de Rabbi Nahman de Breslev à Ouman, le 25 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

L’ambassadeur ukrainien en Israël, Yevgen Korniychuk, a déclaré aux médias ultra-orthodoxes que le pays « ne peut pas garantir la sécurité des pèlerins » en raison de l’offensive russe, et a demandé à la communauté ultra-orthodoxe de plutôt « prier pour la victoire de l’Ukraine. »

« Pour que les festivités aient lieu, nous devons nous assurer de la sécurité de tous, et pour le moment, nous ne pouvons pas garantir qu’il n’y aura pas de tirs de roquettes sur Ouman », a déclaré Pletnyova, la maire d’Ouman.

D’après les informations reçues de la communauté juive, Pletnyova dit s’attendre à voir arriver un nombre important de visiteurs à l’approche de Rosh HaShanah, malgré tout.

« Ils n’ont pas peur des bombardements », a déclaré la maire. « Mais si quelque chose devait mal tourner, ils chercheraient le responsable, et le chef de la ville serait l’une des personnes à blâmer. »

Selon Mme Pletnyova, la ville doit soit construire davantage d’abris, soit limiter le nombre de visiteurs.

L’ambassadeur d’Israël en Ukraine, Michael Brodsky (à gauche), parle à Lazar Berman du Times of Israel à Kiev, le 20 juillet 2022 (Crédit : Ambassade d’Israël en Ukraine)

L’envoyé d’Israël en Ukraine a déclaré au Times of Israel la semaine dernière que Jérusalem n’avait fait aucune demande à Kiev concernant le pèlerinage.

« Quelle que soit leur décision, nous nous y conformerons », a déclaré Michael Brodsky, s’exprimant depuis son hôtel à Kiev avant de retourner en Pologne. « Et, bien sûr, nous comprenons leurs préoccupations ».

« Pour l’instant, ils n’ont rien finalisé. Ils veulent empêcher les pèlerins de venir cette année, pour leur propre sécurité », a déclaré Brodsky.

Brodsky en a profité pour indiquer sans ambiguïté les positions d’Israël sur la question : « En circonstances normales, nous nous engageons à assurer la sécurité des Israéliens. Mais vu les circonstances actuelles, l’ambassade ne sera pas en mesure de fournir de services consulaires ou autres.

« Nous leur conseillons vivement de ne pas venir cette année, pour leur propre sécurité ».

On nous a dit que c’était calme

Malgré les avertissements, un petit nombre d’Israéliens voyage tout de même le voyage vers la ville du centre de l’Ukraine.

Des enfants israéliens jouent à Ouman, le 25 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

« On nous a dit que c’était possible de venir », a déclaré une femme de Hod Hasharon qui a demandé de ne pas être identifiée.

« Des gens qui ont voyagé avant nous nous ont dit que c’est relativement calme ici », a déclaré la femme, alors qu’elle et son mari Oded regardaient leurs enfants courir dans un parc de jeux de la rue Pushkin, au cœur du quartier juif d’Ouman. « Il y a des sirènes. Nous voulions vraiment aller sur la tombe, alors… »

La famille a pris l’avion pour la Moldavie et, par l’intermédiaire d’une agence de voyage, s’est arrangée pour qu’un chauffeur les amène à Ouman. Il est difficile de se rendre en Ukraine d’un point de vue logistique, car les compagnies aériennes n’assurent plus de vols commerciaux dans le pays. La seule façon d’entrer dans le pays est de passer par une frontière terrestre, de prendre le train ou un bus. La frontière moldave est la voie la plus rapide vers Ouman.

Le couple prévoit de rentrer en Israël avant Rosh HaShanah.

Lorsqu’ils ont appris que c’était la première fois que je me trouvais à Ouman, ils sont passés à l’action.

« Assurez-vous de réciter le Tikkun HaKlali », a dit la femme, en référence à un ensemble de 10 Psaumes compilés par le rabbin Nahman qui, selon les fidèles de Breslev, expient tous les péchés. « Vous êtes déjà allés au mikveh ? » a demandé Oded, indiquant le chemin vers un bain rituel bien entretenu dans un hôtel voisin.

À l’intérieur du bâtiment qui entoure la tombe, un jeune homme dirige un groupe d’enfants dans des prières endiablées. Dans la pièce où se trouve la tombe elle-même, une vingtaine de fidèles prient en silence, mangent, étudient le Talmud et somnolent.

Une sirène de raid aérien retentit, déclenchée par un missile russe tiré depuis la mer Noire en direction de Kharkiv, mais elle est accueillie par une apathie totale par les personnes présentes dans le bâtiment.

Des fidèles juifs prient et font la sieste sur la tombe de Rabbi Na’hman de Breslev à Ouman, le 25 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Un jeune hassid de Breslev de Beit Shemesh, à la voix douce, qui a également demandé à ne pas être nommé, est arrivé à Ouman le jour même avec un groupe d’amis. Il prévoit de n’y rester que quelques jours.

« Je n’ai pas peur », a-t-il insisté.

Son groupe, qui a atterri à Iasi, en Roumanie, a été retenu pendant huit heures à la frontière par des gardes ukrainiens. « Mettez-vous sur le côté, nous ont-ils dit. Ils ne nous ont pas dit pourquoi », raconte-t-il.

Le jeune homme a indiqué que des membres de sa communauté avaient l’intention de faire le pèlerinage cette année. « Il y a un groupe qui va venir. Mais il y a des gens qui ont peur, il y a des personnes âgées. Bien sûr, ce ne sera pas comme chaque année, mais les gens viendront quand même. »

Il a ajouté qu’il ne savait rien au sujet des alertes aux voyageurs.

« Bien sûr, nous voulons que les gouvernements disent qu’ils veulent que nous venions », a-t-il dit.

Une protection divine ?

Dans un magasin situé en face de la tombe du maître hassidique, Angelica Levitsky, originaire de la région d’Abkhazie en Géorgie et propriétaire joviale d’un magasin d’articles judaïca, discutait en russe avec une femme qui disait descendre du rabbin Nahman.

« Nous espérons que les gens viendront pour Rosh HaShanah », a déclaré Levitsky, 51 ans. « Nous espérons vraiment que les gens viennent, parce que s’ils prient ici, cela aidera l’Ukraine ».

Angelica Levinsky dans sa boutique à Ouman, le 25 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Son mari Sergey, un juif né à Cracovie dont le frère Igor est tombé en 2015 en combattant les Russes, se bat actuellement dans le Donbas. Au début de la guerre, elle et sa fille ont fui à Netanya pour rester chez des proches.

« Avant le début de la guerre, poursuit-elle, des enfants juifs de toute l’Ukraine avaient été amenés ici pour prier pour l’Ukraine, et on a dit que cela avait aidé à retarder la guerre. »

Selon Mme Levinsky, les habitants espèrent que les Juifs viendront cette année encore, car ils pensent que cela leur apporte la sécurité.

« Ils pensent que les Russes n’attaqueront pas », a-t-elle expliqué.

Les résidents locaux non juifs ont exprimé le même sentiment.

« Nous pensons qu’Ouman est plus sûr grâce à la présence juive », a déclaré Dmytro, un ouvrier du bâtiment qui savoure une bière et une cigarette près d’un étang en contrebas de la rue Pushkin. « Parce que Dieu nous aide, que ce soit Jésus, Allah ou le rabbin Nachman. Peu importe qui c’est, nous nous sentons protégés ici. »

« Et en raison de la grande communauté juive ici, nous sommes plus en sécurité, parce que les Russes n’oseront pas attaquer la communauté juive », a-t-il poursuivi. Il a ensuite fait étalage de ses connaissances considérables en matière de jurons en hébreu.

Dmytro (L) prend un verre et fume près d’un étang à Ouman, le 25 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Les dirigeants de la communauté juive d’Ouman ont insisté sur le fait qu’Ouman est loin des lignes du front et qu’un arrangement sécurisé pouvait être trouvé pour le pèlerinage.

Même au plus fort des restrictions de voyage imposées par le COVID en 2020, les pèlerins ultra-orthodoxes ne s’étaient pas laissé décourager et avaient tenté d’entrer dans le pays, et ce malgré les avertissements du ministère de la Santé. Des milliers d’Israéliens s’étaient rendus en masse en Ukraine avant que Kiev ne ferme ses frontières en septembre pour éviter une épidémie.

Après la fermeture, des milliers d’autres s’étaient rendus en Biélorussie voisine pour tenter de franchir la frontière avec l’Ukraine, mais avaient été bloqués par les autorités locales.

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