Rechercher

Pittsburgh : L’infirmier juif qui a soigné Bowers invoque « l’amour face au mal »

Dans un post passionné sur Facebook, Ari Mahler explique que soigner le tireur a fait partie de son travail qui exige "de la compassion et de l'empathie par-dessus tout"

Un agent du FBI et une ambulance derrière le cordon de la police aux abords de la synagogue Tree of Life, à gauche, après la fusillade qui a fait 11 morts dans le quartier de Squirrel Hill de Pittsburgh, le 27 octobre 2018 (Crédit :  Brendan Smialowski / AFP)
Un agent du FBI et une ambulance derrière le cordon de la police aux abords de la synagogue Tree of Life, à gauche, après la fusillade qui a fait 11 morts dans le quartier de Squirrel Hill de Pittsburgh, le 27 octobre 2018 (Crédit : Brendan Smialowski / AFP)

L’un des infirmiers qui a pris en charge le tireur présumé de la synagogue de Pittsburgh, Robert Bowers, s’est fait connaître sur les réseaux sociaux.

Ari Mahler a écrit un post passionné samedi soir sur Facebook.

« Je suis l’infirmier juif… Oui, cet infirmier juif-là. Le même dont les gens parlent dans la fusillade de Pittsburgh qui a fait onze morts. L’infirmier en traumatologie des urgences qui a pris soin de Robert Bowers, celui qui a hurlé ‘Mort à tous les Juifs’ alors qu’il était amené sur un chariot à l’intérieur de l’hôpital. L’infirmier juif qui s’est précipité dans une salle pour lui sauver la vie », a écrit Mahler en introduction de sa publication.

« Pour être honnête, je ressens une certaine nervosité à partager ça, je sais seulement que je me sens seul et que le paradoxe d’entendre ainsi parler de moi me paraît injuste si je ne dis pas maintenant, moi, ce que j’ai à dire », a-t-il continué.

Mahler a été l’un des trois infirmiers et médecins juifs à s’occuper de Bowers à son arrivée à l’hôpital général Allegheny. Ce dernier avait été blessé par des tirs au cours d’une fusillade avec la police après qu’il a tué 11 fidèles de la congrégation Tree of Life, le 27 octobre.

Fils d’un rabbin, Mahler a reconnu avoir « beaucoup souffert de l’antisémitisme » lorsqu’il était enfant, avec notamment des croix gammées sur son casier et des dessins le montrant, aux côtés de sa famille, être emmené vers les chambres à gaz. Et, a-t-il ajouté, il n’a parlé à personne de cette haine anti-juive subie.

Mahler a noté qu’on parlait de lui dans les médias locaux, nationaux et internationaux, s’étonnant dans son post que « le fait que j’ai fait mon travail, un travail qui exige de l’empathie et de la compassion par dessus tout, devient digne d’intérêt parce que je suis juif. Et c’est d’autant plus le cas que mon père est rabbin ».

Photo du permis de conduire de Robert Bowers, meurtrier présumé de la synagogue de Pittsburgh. (DOT de Pennsylvanie)

Le président de l’hôpital, le docteur Jeffrey Cohen, a raconté au Pittsburgh Tribune Review après l’attaque que Mahler, qu’il n’avait pas nommé, avait éclaté en sanglots peu après avoir soigné Bowers. « Je lui ai dit combien j’étais fier de lui. Il est retourné chez lui et il a embrassé ses parents », a dit Cohen au journal.

Mahler a indiqué dans sa publication sur Facebook qu’il n’avait pas vu le mal incarné dans le regard de Bowers mais plutôt « un manque clair de profondeur, d’intelligence et une confusion palpable ».

Il a expliqué que Bowers « m’a remercié de l’avoir sauvé, de lui avoir montré de la bonté et de l’avoir traité comme je traite tous les autres patients ».

Mahler a expliqué ne pas avoir dit à Bowers qu’il était juif. « J’ai choisi de ne rien dire. Je voulais qu’il ressente ce que c’est que la compassion. J’ai choisi de lui montrer de l’empathie. J’ai eu le sentiment que la meilleure manière de rendre hommage à ses victimes, c’était qu’un juif lui prouve qu’il avait tort », a-t-il écrit.

Il a noté avoir agi « par amour ».

La population rend hommage aux 11 personnes tuées le 27 octobre 2018, devant un mémorial de fortune à l’extérieur de la synagogue Tree of Life, dans le quartier Squirrel Hill de Pittsburgh, le jeudi 1er novembre 2018. (Crédit : AP Photo/Gene J. Puskar)

« L’amour, quand il est en action, est plus puissant que les mots et l’amour, face au mal, donne de l’espoir. Il démontre l’humanité. Il réaffirme pourquoi nous sommes tous là. Le sens de la vie, c’est de donner une signification à la vie et l’amour est la force ultime à relier tous les individus », a écrit Mahler. « Je me moque de ce que pense Robert Bowers mais vous, qui lisez ceci, l’amour est le seul message que je souhaite inscrire en vous ».

Depuis qu’il a été posté dans la soirée de samedi, le message a été partagé presque 59 000 fois et aimé plus de 84 000 fois. La majorité des commentaires ont qualifié son rédacteur de « fort » et de « sidérant », le remerciant d’avoir partagé ses pensées et son message d’amour.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...