Place Rabin, le centre et la gauche dénoncent “une politique de haine”
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'Ceux qui travaillent pour la paix ne sont pas des traîtres'

Place Rabin, le centre et la gauche dénoncent “une politique de haine”

Au rassemblement pour Yitzhak Rabin, un ministre du Likud a été hué, tandis que des personnalités de l'opposition mettent en garde contre l'animosité qui a conduit à l'assassinat

Rassemblement commémorant les 23 ans de l'assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin sur la place Rabin à Tel Aviv le 3 novembre 2018 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Rassemblement commémorant les 23 ans de l'assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin sur la place Rabin à Tel Aviv le 3 novembre 2018 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Lors du rassemblement annuel célébré depuis 23 ans pour commémorer l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, les dirigeants de la gauche et du centre ont critiqué l’utilisation systématique par le gouvernement de la rhétorique “d’incitation” et de “terreur”, la persécution des rivaux politiques pour marquer des points politiques, au prix de la division du pays.

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté au rassemblement sur la place Rabin à Tel Aviv.

La cheffe de l’opposition, Tzipi Livni, a déclaré à la foule que “l’histoire se répète”, la gauche étant à nouveau la cible de la haine de la droite et du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

“Il suffit de lire les messages du Premier ministre, de visionner ses vidéos, d’écouter ses discours, de lire ses propos violents : [les idéologies] qui accusent ceux qui pensent différemment de trahison ou de mettre en danger la nation.”

“Ceux qui travaillent pour la paix ne sont pas des traîtres”, a-t-elle déclaré. “C’était vrai à l’époque et c’est vrai aujourd’hui.”

Le chef de l’Union sioniste, Avi Gabbay, a déclaré : “Rabin a choisi la paix et combattu le Hamas. Netanyahu a renoncé à la paix et a capitulé devant le Hamas.”

Le chef de l’Union sioniste, Avi Gabbay, prend la parole lors d’un rassemblement célébrant les 23 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, sur la place Rabin de Tel Aviv le 3 novembre 2018. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Lui aussi a accusé le Premier ministre de mener une “politique de haine”.

“Nous en avons assez des campagnes de peur incessante, de la diffamation contre la police et le chef d’état-major de l’armée israélienne, contre le président, contre les médias, contre la Cour suprême. Nous en avons assez accusé de la culpabilisation et de la désignation des traîtres”, a-t-il déclaré. “Un gouvernement qui encourage la haine entre frères n’est pas un destin.”

La responsable du Meretz, Tamar Zandberg, a qualifié le meurtre de Rabin de “meurtre politique le plus réussi de l’histoire… ça a réussi. Mission accomplie. La paix a été détruite.”

« Netanyahu », a-t-elle déclaré, “a transformé l’incitation en outil principal pour quitter le camp de la paix vaincu, contrôlé, écrasé… La plus grande réalisation de Netanyahu n’est pas d’avoir 30 ou 40 sièges à la Knesset, c’est d’enseigner au public israélien qu’il n’y a rien à rêver ni à espérer. Cette guerre est notre destin. Ceux qui veulent la paix sont des idiots, des naïfs ou des traîtres.”

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, a adopté un ton plus conciliant : “Il y a des extrémistes à droite et à gauche. Nous sommes obligés de leur tenir tête. Mais tous ceux qui pensent différemment ne constituent pas une menace extrême ou existentielle. Tous ceux qui pensent différemment ne sont pas des ennemis. La droite dans son ensemble n’a pas assassiné Rabin. La gauche dans son ensemble n’est pas à blâmer pour les attaques terroristes.”

Yair Lapid, président de Yesh Atid, prend la parole lors d’un rassemblement commémorant les 23 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, sur la place Rabin de Tel Aviv le 3 novembre 2018. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Lapid a toutefois mis en garde contre une politique de “noir et blanc, nous et eux, bons et méchants. La haine, la peur et la violence sont devenues des outils politiques. Je me sens obligé de tirer la sonnette d’alarme lorsque le gouvernement dit que ceux qui pensent différemment sont des traîtres et des complices de l’ennemi, cela nous conduit sur une voie dangereuse. Ça doit s’arrêter.”

Un haut responsable de droite a également pris la parole lors du rassemblement – le ministre Tzachi Hanegbi du Likud. Hanegbi, que beaucoup à gauche voient comme complice de l’incitation à l’assassinat de Rabin, a été sifflé tout au long de son discours.

Le ministre a déclaré que l’assassin Yigal Amir “voulait tuer l’homme pour tuer une politique, même au prix de tuer la démocratie et d’une guerre civile.”

Tzachi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale, prend la parole lors d’un rassemblement commémorant les 23 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, sur la place Rabin de Tel Aviv le 3 novembre 2018. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Hanegbi a déclaré : “Beaucoup de gens, moi y compris, pensent que les [accords d’Oslo] sont une terrible erreur. Nous nous y sommes opposés. Mais lorsque le meurtrier a tué le Premier ministre, chacun de mes partenaires dans ce combat politique légitime a ressenti exactement ce que ressentaient les Israéliens de l’autre côté du spectre politique.”

Il a aussi dénoncé la politique des extrêmes. Le public devrait “choisir ce qui unit plutôt que ce qui divise, la retenue et la modération sur la grossièreté, ne pas céder à une réalité d’un discours superficiel, qui divise, caractéristique notre époque”, a-t-il déclaré.

En dépit de cet accueil hostile, Hanegbi a déclaré plus tard qu’il était heureux d’être venu. “Il était très important que ce que je crois soit énoncé lors de cet événement, fièrement et sans aucune tentative d’influencer le public. Le rassemblement était destiné à réunir et j’ai apporté ma contribution à cette unité.”

Naftali Bennett, leader de HaBayit HaYehudi, réagissant aux sifflements à l’encontre de Hanegbi, a qualifié le rassemblement de “manifestation honteuse de la gauche. La droite n’a pas assassiné Rabin, Yigal Amir l’a fait.”

Rassemblement commémorant les 23 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin sur la place Rabin à Tel Aviv le 3 novembre 2018 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Il a ajouté : “J’en ai assez des fausses accusations de la gauche. Les membres de la droite ne devraient pas assister à un rassemblement qui a pour but de diffamer la droite.”

Netanyahu a tweeté : “Il est regrettable que le rassemblement à la mémoire du Premier ministre Yitzhak Rabin ait été transformé en un rassemblement politique. Ceux qui défendent la liberté d’expression tentent de faire taire ceux qui ne sont pas d’accord avec eux.”

Pour la deuxième année consécutive, le rassemblement était organisé par le mouvement Darkenu, qui se décrit comme un groupe cherchant à “donner du pouvoir à la majorité modérée d’Israël pour qu’elle influence la politique du gouvernement et le discours public”.

L’organisation a déclaré avant le rassemblement qu’elle “mettrait l’accent cette année sur la mise en garde contre une atmosphère de division et d’incitation avant les prochaines élections législatives”.

Soulignant le “discours public violent et incendiaire” qui prévalait avant le meurtre de Rabin il y a 23 ans, Darkenu a déclaré que des élus de tous horizons politiques seraient appelés à “maintenir une rhétorique civilisée”.

Avant le rassemblement, les routes autour de la place ont été fermées dès 17h30. Elles ont été rouvertes vers 23h.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle avec la petite-fille de l’ex-Premier ministre Yitzhak Rabin, Noa Rothman, lors de la cérémonie d’Etat à la mémoire de Rabin, au 23ème anniversaire de son assassinat, le 21 octobre 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Les événements commémorant l’assassinat de Rabin ont déjà donné lieu à des tensions cette année. La petite-fille de Rabin, Noa Rothman, a déclaré lors d’une cérémonie nationale commémorative le mois dernier que les dirigeants israéliens dressaient les camps politiques du pays les uns contre les autres et dénigraient la gauche. Elle a également affirmé à tort qu’un responsable du bureau du Premier ministre actuel avait qualifié son grand-père de “traître”.

Plusieurs politiciens de droite ont qualifié son discours de “politique”, ce qui a provoqué des réactions cinglantes de la part des dirigeants de gauche.

Lors d’une cérémonie, le président Reuven Rivlin s’est également inquiété par rapport à la commémoration de l’assassinat de l’ancien Premier ministre dans la société israélienne et a mis en garde contre les dangers de l’incitation à la violence.

L’extrémiste de droite Yigal Amir a tué Rabin le 4 novembre 1995, à l’issue d’un événement organisé par le Premier ministre à Tel Aviv pour soutenir ses efforts en vue de la paix avec les Palestiniens. Rabin a occupé le poste de chef d’état-major israélien pendant la Guerre des Six Jours en 1967. Il a également occupé les fonctions d’ambassadeur aux États-Unis, de ministre de la Défense et de Premier ministre.

En 1994, il a reçu le prix Nobel de la paix avec le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Shimon Peres, et le président de l’OLP, Yasser Arafat, pour sa participation à la signature des accords de paix d’Oslo.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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