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Pour fuir la canicule à Bagdad, la « fraîcheur » du fleuve ou de la patinoire

"À la maison, il n'y a pas d'électricité. Si je veux me laver, l'eau est brûlante", déplore un ouvrier de 21 ans ; certains ont la chance de pouvoir se baigner tous les jours

Des jeunes nageant pour se rafraîchir dans les eaux de l'Euphrate en Irak pendant une vague de chaleur, dans le district d'al-Hindiyah à l'est de Karbala, le 7 juin 2024. (Crédit : Karar Jabbar/AFP)
Des jeunes nageant pour se rafraîchir dans les eaux de l'Euphrate en Irak pendant une vague de chaleur, dans le district d'al-Hindiyah à l'est de Karbala, le 7 juin 2024. (Crédit : Karar Jabbar/AFP)

Quasi-quotidiennement, l’Irakien Moussa Abdallah, peintre en bâtiment, vient se baigner dans le fleuve à Bagdad, petite parenthèse de fraîcheur pour oublier les délestages électriques à la maison et l’eau pratiquement bouillante qui coule de ses robinets, en plein été caniculaire.

« On est jeune, on veut passer un bon moment. Où pouvons-nous aller ? », confie à l’AFP l’ouvrier de 21 ans sur les berges du Tigre, traces de peinture blanche sur les tempes et sur son tee-shirt manches longues.

« À la fin de la journée, je suis en sueur et je suis éreinté, à cause du soleil », lance-t-il. « À la maison, il n’y a pas d’électricité. Si je veux me laver, l’eau est brûlante. »

Chaque été, ce sont les mêmes doléances pour une majorité écrasante des 43 millions d’Irakiens, qui doivent supporter des températures caniculaires, dépassant régulièrement les 50°C, et un vent chaud enveloppant, tel un sèche-cheveux, persistant même la nuit.

Face à des phénomènes climatiques extrêmes, même la climatisation à la maison devient un luxe.

Car l’électricité publique est coupée durant de longues heures, et les générateurs de quartiers ne sont pas toujours fiables, dans un pays pourtant riche en pétrole mais aux infrastructures ravagées par des décennies de conflits et des politiques publiques défaillantes.

Un homme portant un enfant sur ses épaules utilisant une corde pour sortir de l’eau d’un canal du Tigre au troisième jour de la fête musulmane de l’Aïd al-Adha, à Bagdad en pleine canicule, le 18 juin 2024. (Crédit : Ahmad al-Rubaye/AFP)

Et tandis que Abdallah remet ses sandales, Rachid al-Rached enlève son tee-shirt pour plonger dans l’eau, où deux baigneurs sont en train de se laver les cheveux au savon.

« À la maison il fait chaud, je ne peux pas y rester de longs moments. L’électricité publique est déficiente », ajoute l’adolescent, éboueur à 17 ans.

Pour échapper à la fournaise, « je me baigne tous les jours, dix minutes ou un quart d’heure ».

« L’été arrive plus tôt »

Ailleurs sur le fleuve, une navette fluviale fait sortir de l’eau une dizaine de baigneurs. « Quand on les fait partir, ils reviennent », déplore un policier, assurant agir ainsi pour prévenir les noyades.

Sur son téléphone, il exhibe le corps d’un garçon de 11 ans, retrouvé quasiment 48 heures après avoir péri dans l’eau.

Si le fleuve, malgré les dangers, offre l’avantage de la gratuité, ceux qui ont les moyens peuvent débourser un peu plus de dix dollars pour une après-midi en famille ou entre amis à l’Aqua park de Bagdad.

« Cette année l’été est arrivé plus tôt, on a plus de visiteurs », confirme à l’AFP un membre de l’administration, Ali Youssef. « Les gens viennent après le travail ou l’école. »

Maitham Mahdi, fonctionnaire de 31 ans, en est à sa deuxième visite du mois. « Je pense venir beaucoup pendant l’été », ajoute le trentenaire, en maillot de bain et débardeur marron à sa sortie de la piscine couverte.

Lui aussi se plaint de l’électricité à la maison. « On vient ici pour avoir un peu de fraîcheur », dit-il.

Précipitations en baisse, températures en hausse et désertification galopante : l’Irak est considéré par l’ONU comme un des cinq pays au monde les plus exposés à certains effets du dérèglement climatique.

Le pays vient de traverser quatre années de sécheresse, marquées par des pénuries d’eau et une chute drastique du débit des fleuves. Mais cet hiver a été plus clément et les responsables se sont réjouis de pluies généreuses qui, espèrent-ils, devraient soulager le pays en été.

« Vagues de chaleur »

Pourtant le thermomètre grimpe déjà, et les services météorologiques prévoient cette semaine 50°C à Bagdad et dans les villes du sud, comme Bassora ou Nassiriya.

Avec le « climat semi-désertique » d’Irak, le pays s’attend à des « vagues de chaleur » particulièrement dans le Sud, confirme à l’AFP le directeur des services météorologiques Amer al-Jaberi, estimant que ces phénomènes qui vont en s’intensifiant sont aussi le résultat du « changement climatique ».

Dans un des centres commerciaux à la climatisation ronronnante ayant fleuri ces dernières années à Bagdad, une patinoire couverte, la seule de la capitale, attire les jours de grande affluence jusqu’à 100 visiteurs, indique à l’AFP Sajjad Mohamed, moniteur de 25 ans.

Des Irakiens à la patinoire du centre commercial Zayouna, dans la capitale Bagdad, le 16 juin 2024. (Crédit : Ahmad al-Rubaye/AFP)

Luxe ultime : « 24 heures sur 24, l’électricité ne s’éteint pas, il y a un système de refroidissement » pour la glace, s’enorgueillit-il.

Abbas, 26 ans, a découvert ce passe-temps en Turquie. Rentré en Irak, il le poursuit avec assiduité.

« Quand on finit le travail l’après-midi, c’est soit rentrer à la maison, soit aller dans des centres commerciaux et dans d’autres endroits où il fait froid », confie-t-il.

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