Pour le blogueur arabe israélien aux vidéos d’une minute, le temps presse
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Pour le blogueur arabe israélien aux vidéos d’une minute, le temps presse

Il parcourt le globe. Nuseir Yassin, diplômé de Harvard et originaire d'Arraba en Basse Galilée, trouve un bel exutoire dans les vidéos qu'il poste sur sa page Daily Nas

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Nuseir Yassin, créateur des vidéos d'une minute Nas Daily à une rencontre de réseautage organisée à Tel Aviv (Autorisation:  Nuseir Yassin)
Nuseir Yassin, créateur des vidéos d'une minute Nas Daily à une rencontre de réseautage organisée à Tel Aviv (Autorisation: Nuseir Yassin)

Nuseir Yassin n’aime pas perdre son temps. Yassin, 25 ans, originaire de la ville d’Arraba, en base Galilée, aime dire qu’il en est à « 32 % », pour cette fraction de l’existence qu’il a d’ores et déjà vécue. Il vend même des tee-shirts gris avec le sigle 32 %, petite ligne du temps.

Et c’est bien pour ça que Yassin, qui voyage actuellement à travers le monde, a voulu relever un défi personnel : réaliser une vidéo d’une minute chaque jour de son périple, partout sur le globe.

Ayant fait le buzz sur sa page ‘Nas daily’ sur Facebook en raison de ses vidéos quotidiennes, Yassin est récemment revenu en Israël, au 315e jour de son voyage, et à sa grande surprise, a trouvé difficile de réaliser des vidéos à
l’endroit où il est né.

« Je pensais que cela serait beaucoup plus facile ici en Israël », s’exclame Yassin. « Mais j’étais à côté de la plaque, c’est vraiment dur. Je ne me donne qu’une seule chance quand je fais une vidéo et parce que j’ai conscience du conflit en Israël, ça rend les choses difficiles. Une minute, c’est très court pour tout dire ».

C’est un dur aveu pour Yassin, diplômé de Harvard qui possède – outre un anglais presque sans accent et un charme certain, un instinct qui le pousse intensément vers la réussite.

Nuseir Yassin, de Nas Daily, devant, et sa famille réunie à Arraba, la ville arabe où il est né et où il a grandi (Autorisation Nuseir Yassin)
Nuseir Yassin, de Nas Daily, devant, et sa famille réunie à Arraba, la ville arabe où il est né et où il a grandi (Autorisation Nuseir Yassin)

Il a commencé à faire des vidéos après avoir quitté un emploi bien rémunéré d’ingénieur logiciel à PayPal, il a alors décidé de voyager à travers le monde. Prévoyant de documenter son voyage quotidiennement – il a acheté un équipement vidéo coûteux, un drone et s’est préparé à enregistrer ses expériences.

« Je n’aurais jamais pensé que l’histoire de ma vie vaudrait un blog », explique Yassin. « Je ne suis qu’un gamin de 25 ans ».

Personne n’a regardé ses 150 premières vidéos. Personne ne s’est préoccupé de son retour en Israël au 200e jour de son circuit non plus.

C’est sa vidéo sur les repas à bas coût en Thaïlande (au 270e jour) qui a engrangé 25 millions de vues et qui lui a rapporté 250 000 abonnés. Puis son séjour aux Philippines l’a fait devenir une célébrité sur Facebook pour sa vidéo, au 298e jour, sur la vie à prix réduit dans le pays – intitulée en anglais « How Cheap is the Philippines ».

HOW CHEAP IS THAILAND?!

Everyone wants to travel….and EVERYONE thinks it's expensive. So I made this video about a normal day with friends in Bangkok 😉 LIKE Nas Daily on Facebook!@NasDaily for lots of snapchats and insta!PS: the resort is called Prince Palace Hotel and I found the deal on Expedia, and my drone is DJI Phantom 4. And none of this stuff is sponsored. 🙂

Posted by Nas Daily on Tuesday, 3 January 2017

« Je pense que je suis en train d’apprendre comment faire de meilleures vidéos », explique Yassin. « Mes sujets sont dorénavant plus pertinents. C’est toute la différence entre moi achetant un café ou moi disant combien peut coûter un café ».

Yassin est allé dans 47 pays et en a présenté 25 sur Nas Daily. Il faut une moyenne d’environ six heures pour tourner le film et de trois heures pour monter la séquence.

Il a également commencé à davantage se concentrer sur ses mots, ou à en utiliser plus, c’est le script de la vidéo qui détermine si « ça passe ou ça casse ».

« Ma narration s’améliore », dit-il.

Quand Yassin s’est présenté à Harvard à l’âge de 19 ans, il était bon élève mais pas le meilleur, raconte-t-il. Il indique que c’est sa dissertation qui a fait pencher la balance en sa faveur. Il a écrit sur les frustrations qu’il vivait, notamment celle de ne pas être en mesure de réaliser ses rêves en raison de ce qu’il était – un arabe israélien, avec toutes les limites liées par son statut.

« Il y avait des choses que je voulais faire et je n’en avais pas l’autorisation en raison de l’endroit où j’étais né », raconte Yassin. Il est le deuxième d’une fratrie de quatre enfants, élevé dans une famille de la classe moyenne, avec un père psychologue et une mère enseignante.

« Je voulais être ingénieur dans l’aérospatiale parce que j’aime vraiment l’espace. Mais je n’étais pas allé à l’armée. Et en Israël, vous devez être un pilote d’une façon ou d’une autre [afin d’étudier l’ingénierie dans le secteur de l’aérospatiale]. Mais c’était impossible pour moi ici. Je voulais simplement m’investir dans ce que j’aime faire, je ne voulais pas penser bombardement, ou Juifs contre Arabes. Je voulais simplement m’amuser ».

Il a été avisé dans ses choix, cherchant les meilleures universités qui offraient des bourses d’études aux étudiants du monde entier. Et il a choisi Harvard parce qu’il a estimé que ses choix ultérieurs ne seraient pas limités, qu’il souhaite devenir politicien ou ingénieur informatique.

C’est là-bas que Yassin a rencontré ses premiers amis israéliens, mais il a préféré rester simplement “Nas”, son surnom – ni Israélien, ni Arabe.

« J’apprécie d’être un esprit libre », dit-il.

D’où l’insatisfaction inhérente qu’il a connue face aux corvées quotidiennes à Paypal et son besoin de voyager et de découvrir le monde.

Au 315e jour de son voyage, Yassin est revenu une fois encore en Israël.

Sa vidéo sur les prix à Tel Aviv a été visionnée un million de fois (au 324e jour), tout comme une séquence attestant de la sécurité en Israël. Récemment, il a passé une journée à Jérusalem, évoquant les moyens de conclure la paix (au 325e jour).

« Je savais que je toucherais une corde sensible », explique Yassin. « Il y a des choses dont je parle avec mes amis, que la vie en Israël coûte cher, ou du niveau de sécurité. Beaucoup de gens pensent que je vis dans une zone de guerre ».

Il veut faire table rase de toutes ces idées. C’est pour cela qu’il ne considère pas ses vidéos comme de simples souvenirs de voyage, mais comme des témoignages bien plus larges et plus introspectifs et ce, même si elles ne durent qu’une minute.

Il invite maintenant ses followers à lui rendre visite à Arraba, à rencontrer sa famille et à réunir Juifs et Arabes. Cet événement aura lieu le samedi 4 mars, lors de la 326ème journée.

Un emploi lui a été offert sur une chaîne de télévision israélienne avec la possibilité de collaborer avec des célébrités, même s’il se refuse à en donner les noms.

Il pense aussi à approcher Amazon ou Netflix, pour rémunérer la création de courts métrages. En fin de compte, dit-il, il sait parfaitement que ses vidéos d’une minute sont « un tremplin pour quelque chose de meilleur ».

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