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Préhistoire en Israël : Des chercheurs retracent la transition vers la vie agricole

Une étude s'est penchée sur des végétaux préhistoriques, dans la vallée de Hula, pour élaborer le modèle du climat et des pluies qui ont donné naissance à la société agricole

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le professeur Gonen Sharon. (Crédit : Tel-Hai College)
Le professeur Gonen Sharon. (Crédit : Tel-Hai College)

L’examen en Israël de végétaux de l’ère préhistorique, datant de la fin de l’âge de glace, a révélé des informations déterminantes sur la manière dont les êtres humains ont effectué leur transition de chasseurs-cueilleurs à la formation d’implantations et de communautés agricoles, disent les chercheurs.

L’étude, qui a été effectuée par l’université de Tel Aviv et par le Tel Hai College, s’est intéressée à la propagation de la flore au cours d’une période critique de développement des sociétés humaines remontant à il y a 20 000 à 10 000 ans, ont fait savoir les deux institutions d’enseignement dans un communiqué, émis mardi.

En élaborant le tout premier modèle en son genre du changement climatique dans la région de la terre d’Israël à ce moment-là, les chercheurs ont découvert qu’il avait eu « une influence significative sur la transition d’une société nomade de chasseurs-cueilleurs à une société d’implantation, au mode de vie agricole ».

Ils ont aussi glané les premières informations sur l’histoire de la flore régionale et sur sa réponse au changement climatique – ce qui, pensent-ils, pourrait aider à préserver les plantes locales, ainsi qu’à préparer les futurs changements.

« Il n’y a aucun doute sur le fait que ces connaissances pourront aider à préserver les variétés d’espèces végétales et à relever les défis climatiques actuel et futur », estime Dafna Langgut du département d’archéologie et du musée Steinhardt d’histoire naturelle de l’université de Tel Aviv.

L’étude a été publiée, le mois dernier, dans le journal scientifique Quaternary Science Reviews par Langgut; par le professeur Gonen Sharon, chef du programme de maîtrise en études de Galilée au sein du Tel-Hai College et par Rachid Cheddadi, expert de l’évolution et en paléo-écologie à l’université de Montpellier, en France.

La docteure Dafna Langgut.(Crédit : Université de Tel Aviv/Sasha Flit)

Le travail a été réalisé sur le site archéologique des Dureijat de la vallée du Jourdain qui se situe sur les rives du Lac Hula, une réserve d’eau ressemblant à un marécage qui attirait les êtres humains dans les temps préhistoriques.

Les « conditions de préservation exceptionnelles » du site, qui avaient permis à ses premiers résidents de s’adonner à la pêche, ont permis aussi de conserver des espèces botaniques de l’époque – ce qui a rendu possible l’identification des plantes qui poussaient, il y a 10 000 à 20 000 ans, dans la vallée de Hula, explique le communiqué.

Au cours de cette période, appelée l’Epipaléolithique, deux événements profonds dans l’Histoire du monde étaient arrivés dans la région : la transition de sociétés nomades à des sociétés sédentarisées et des changements climatiques prononcés.

« Au tout début, les êtres humains étaient organisés en petits groupes de chasseurs-cueilleurs qui évoluaient dans la zone », dit Sharon. « Ensuite, il y a environ 15 000 ans, nous assistons à un changement significatif du mode de vie : l’apparition d’une vie sédentarisée dans les villages et des processus tout aussi spectaculaires qui se trouvent à leur apogée pendant le Néolithique, la période qui suit. C’est l’époque où surviennent les changements les plus spectaculaires de l’histoire humaine – avec la transition vers un mode de vie agricole qui a façonné le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui ».

Les chercheurs ont réalisé un modèle climatique de la région sur la base des changements qui ont été identifiés dans la propagation des espèces végétales, produisant une image des fluctuations de températures qui étaient différentes de celles d’aujourd’hui.

« Leurs caractéristiques exactes restaient indéterminées jusqu’à aujourd’hui », note Langgut.

Le professeur Gonen Sharon. (Crédit : Tel-Hai College)

Les chercheurs ont établi qu’il y avait eu « une instabilité climatique, des fluctuations intenses et une baisse considérable des températures » qui était allée jusqu’à 5 degrés Celsius ainsi qu’un « phénomène surprenant qui a été découvert », selon le communiqué.

Les pluies, en moyenne, n’étaient que légèrement moins importantes que ce qu’elles sont aujourd’hui mais les précipitations tombaient toute l’année, ce qui aidait à la croissance annuelle des végétaux.

« Les cueilleurs qui ont vécu à cette période avaient une importante variété de plantes à disposition pendant toute l’année », expliquent les chercheurs. « Cette variété leur a appris à connaître les végétaux avant qu’ils ne les domestiquent ».

Les conclusions de l’étude, disent-ils, « aident à mieux comprendre les changements environnementaux qui ont eu lieu à la veille de la transition vers l’agriculture et la domestication des animaux. »

Même s’il a été vidé volontairement pendant le 20e siècle, le lac, qui fait partie de la réserve naturelle de la vallée de Hula, a été depuis partiellement re-rempli.

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