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Qassem Soleimani dit avoir réchappé, avec Nasrallah, à un raid israélien en 2006

Le chef des Gardiens de la Révolution a donné une interview rare, semblant destinée à l'afficher comme étant au sommé de la hiérarchie iranienne aux côtés de l'ayatollah Khamenei

Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qod dans une interview à la télévision iranienne, le 1er octobre 2019. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qod dans une interview à la télévision iranienne, le 1er octobre 2019. (Crédit : capture d'écran YouTube)

La télévision d’Etat iranienne a diffusé mardi soir un entretien exclusif avec le général de division Ghassem Soleimani, un haut commandant des Gardiens de la Révolution, consacré à sa présence au Liban lors du conflit israélo-libanais de l’été 2006, dans lequel il a affirmé avoir été visé, avec le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, par un avion israélien.

L’entretien est présenté comme la première interview du général Soleimani, homme de l’ombre à la tête de la force Qods, chargée des opérations extérieures – notamment en Irak et en Syrie – des Gardiens, l’armée idéologique de la République islamique.

Soleimani a décrit son rôle dans la supervision des combats contre Israël depuis Beyrouth pendant la Seconde guerre du Liban il y a treize ans, et a précisé qu’il rendait compte à Téhéran quotidiennement et qu’il était en contact permanent avec Khamenei.

Au cours des quelque 90 minutes d’entretien diffusées sur la première chaîne de la télévision d’Etat, le général Soleimani explique avoir passé au Liban, avec le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, l’essentiel de ce conflit ayant duré 34 jours.

Le général a dit être entré au pays du Cèdre au tout début de la guerre à partir de la Syrie avec Imad Moughnieh, haut commandant militaire du Hezbollah (tué en 2008 dans une opération attribuée à Israël et à la CIA) considéré par le groupe terroriste chiite comme l’artisan de la « victoire » contre Israël lors de ce conflit ayant fait 1 200 morts côté libanais et 160 côté israélien.

Dans l’entretien, l’officier ne mentionne pas la présence d’autres Iraniens. Il livre le récit d’une expérience avant tout personnelle, au contact de Moughnieh et de M. Nasrallah.

Il raconte comment, pris sous des bombardements israéliens sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, il a évacué avec Moughniyeh le cheikh Nasrallah de la « chambre d’opérations » où il se trouvait, et que les Israéliens « surveillaient chacun de ses gestes ».

Il a raconté avoir emmené Nasrallah dans un second immeuble, et peu après l’avoir atteint, des bombardement israéliens auraient explosé non loin.

Imad Mughniyeh, commandant du Hezbollah tué en 2008. (Crédit : CC BY-SA, Wikimedia Commons)

« Nous avions le sentiment que ces deux bombardements allaient être suivis par un troisième… alors nous avons décidé de sortir de l’immeuble. Nous n’avions pas de voiture et tout était silencieux, il n’y avait que les avions du régime israélien qui survolaient Dahiyeh », a-t-il relaté.

Selon son récit, lui et Moughniyeh font passer le chef du Hezbollah cette nuit-là d’abri en cachette avant de revenir tous deux à leur centre de commandement.

Un analyste pour la Treizième chaîne israélienne a déclaré que la diffusion de cette interview avait pour but d’envoyer au monde musulman le message qu’il n’y aura pas de capitulation face à l’Occident, aux Etats-Unis et à Israël. Soleimani, chargé des opérations extérieures, a également semblé s’afficher comme étant au sommet de la hiérarchie iranienne aux côtés de l’ayatollah Ali Khamenei.

La publication de l’interview, réalisée par le bureau de l’ayatollah Khamenei, survient quelques jours après la publication, par ce même bureau, d’une photo inédite montrant Hassan Nasrallah « au-côté » de M. Khamenei et du général Soleimani et accréditant l’idée d’une rencontre récente entre les trois hommes à Téhéran.

Une image publiée sur le site officiel d’Ali Khamenei le 25 septembre, montrant Khamenei, le chef suprême de l’Iran, à gauche, aux côtés du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, au centre, et du commandant de la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique Qassem Soleimani. (Crédit : Khamenei.ir)

Le général de division Hossein Salami, commandant en chef des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique d’Iran, a déclaré que la destruction d’Israël « n’est plus un rêve mais un but à portée de main ».

Au terme des 40 premières années « de la Révolution islamique, nous sommes parvenus à atteindre la capacité pour détruire le régime sioniste imposteur », a déclaré le général Salami, cité par Sepahnews, le site officiel des Gardiens.

« Dans la deuxième phase (de la Révolution), ce régime sinistre doit être éliminé de la carte et ceci n’est plus un idéal ou un rêve, mais un but à portée de main », a-t-il ajouté.

Hossein Salami, commandant des Gardiens de la révolution iraniens. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Plus tôt dans la journée de mardi, Soleimani a affirmé que l’Iran avait « vaincu » l’armée américaine devant le monde entier, selon des propos rapportés par l’agence de presse Tasnim.

Le chef de la force Qods faisait probablement référence au drone américain abattu par Téhéran en juin. Le président américain Trump avait donné son accord pour une frappe de représailles avant de l’annuler in extremis.

Soleimani, qui s’est exprimé devant des commandants des Gardiens de la révolution, a également déclaré qu’ils avaient « ouvert la voie » à la défaite des ennemis de la nation dans la région.

La tension est à son comble dans le Golfe persique depuis le mois dernier, quand Trump a abandonné unilatéralement l’accord sur le nucléaire signé en 2015 entre  cinq puissances et l’Iran et a restauré des sanctions qui ont paralysé l’économie iranienne. L’Iran a réagi en se dégageant de ses engagements et l’armée militaire a déployé des renforts dans la région.

Un attaque sur une infrastructure pétrolière en Arabie saoudite a également attisé ces tensions.

Les rebelles Houthis ont revendiqué cette attaque mais les Etats-Unis ont conclu qu’elle impliquait des missiles iranien et estimé qu’il s’agissait d’un « acte de guerre ».

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