Quand une crèche de Ramat Gan découvre que les parents d’un enfant sont gays…
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Quand une crèche de Ramat Gan découvre que les parents d’un enfant sont gays…

La directrice pratiquante dit avoir besoin de temps pour "digérer ce fait que nous parlons ici de deux pères"

Elad Musaev Kazaz, à droite, en compagnie de son conjoint et de son fils (Capture d'écran/Douzième chaîne)
Elad Musaev Kazaz, à droite, en compagnie de son conjoint et de son fils (Capture d'écran/Douzième chaîne)

Une crèche de Ramat Gan a annulé la réservation d’une place au sein de sa garderie pour un bébé de quatre mois après avoir découvert que celui-ci avait des parents homosexuels, a fait savoir la Douzième chaîne, lundi.

Elad Musaev Kazaz et son conjoint, qui n’a pas été identifié dans le reportage, sont les parents d’un enfant né d’une GPA, un processus qui a duré trois ans, a-t-il raconté devant les caméras.

Quand le bébé a eu quatre mois, Elad Musaev Kazaz s’est présenté pour l’inscrire à une crèche de cette ville adjacente à Tel Aviv.

« J’ai dit à la directrice que j’étais vraiment angoissé à l’idée de ne pas trouver de place en garderie l’année prochaine et j’ai demandé à ce qu’une place nous soit réservée, et elle m’a répondu : ‘Je vous en réserve une’, » a-t-il ajouté.

Deux mois après avoir établi le premier contact avec la crèche, les employés de cette dernière ont posé des questions au jeune père sur son fils. Il leur a alors dit que l’enfant était né d’une mère porteuse aux États-Unis.

Elad Musaev Kazaz a expliqué à la directrice de la garderie que son fils avait deux pères, ce qui a paru la surprendre – selon des enregistrements de la conversation qui a été diffusée par la Douzième chaîne.

La directrice lui a alors dit : « Je vais maintenant vous dire quelque chose, à cœur ouvert… Je suis une personne pratiquante sur le plan religieux ».

« J’ai besoin de digérer ce fait que nous parlons ici de deux pères », a-t-elle ajouté.

Elad Musaev Kazaz lui a ensuite demandé si la crèche était religieuse, une question à laquelle elle a répondu que « l’établissement n’est pas religieux mais, en revanche, les employés le sont et moi-même, j’ai besoin de réfléchir et de digérer tout ça ».

Elad Musaev Kazaz, qui clame que son fils a été refusé dans une crèche parce qu’il est né par une GPA et qu’il est l’enfant d’un couple homosexuel (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Un peu plus tard dans la journée, la gérante a affirmé qu’en tant que femme religieuse, elle se trouverait dans l’incapacité de communiquer avec des hommes de manière continue et qu’elle parlait habituellement avec les mères des enfants confiés aux soins de sa garderie.

« Je dois vous dire que c’est un peu difficile pour moi de penser ça mais d’accord, c’est votre décision. Cela fait deux mois déjà que nous échangeons et que je vous dis que j’ai besoin d’une place en crèche – et aujourd’hui, alors que je viens inscrire mon fils, voilà que je ne peux plus le faire parce que tout à coup, vous avez compris que nous étions des parents et un couple homosexuels », s’exclame le père dans l’enregistrement.

« Cela ressemblait vraiment à une excuse, comme s’il avait fallu quelques heures à cette femme pour réfléchir à la légitimité de ne pas nous accepter au sein de la garderie », a-t-il indiqué à la chaîne.

« J’ai été blessé. Je suis vraiment blessé », a-t-il confié. « J’ai serré mon fils contre moi pendant tout ce temps, comme si je parlais à son cœur, je l’ai regardé sans discontinuer et je me suis promis de le défendre et de le protéger ».

Il a expliqué que lui et son conjoint avaient déménagé à Ramat Gan, une banlieue relativement laïque et favorisée de Tel Aviv, pour éviter les discriminations et vivre aux abords d’une communauté LGBTQ bien établie.

En réponse au reportage, la crèche a dit à la Douzième chaîne que « la gérante de cette crèche est religieuse pratiquante. La directrice s’adresse aux mères – lors des réunions de parents, lors des fêtes, pour les communications et pour les instructions. La crèche accueille actuellement un bébé formidable qui a deux mères. La directrice n’a pas apporté de réponse négative, et on lui a parlé avec agressivité quand elle a tenté d’expliquer la complexité de la situation ».

La chef de l’organisation Aguda — le groupe de travail LGBT israélien, Hila Peer, a qualifié l’incident de « preuve » des discriminations continues au sein de l’État hébreu.

« L’incident nous rappelle à tous que même aujourd’hui, les discriminations contre les LGBTQ continuent et que nous devons tous nous battre pour obtenir nos droits et l’égalité. Nous ne tolérerons pas une réalité où des couples subissent une discrimination uniquement en raison de leur orientation sexuelle », dénonce-t-il.

Au mois de février, la Haute Cour de justice a rejeté une loi qui empêchait les hommes célibataires et les couples homosexuels d’avoir recours à la gestation pour autrui pour avoir des enfants, demandant à la Knesset d’adopter une nouvelle législation d’ici un an. Un résumé de la décision rendue public par la Haute Cour estimait que les lois actuelles sur la GPA « violent de manière disproportionnée le droit à l’égalité et le droit à la parentalité de ces groupes, et elles sont illégales ».

Cette décision avait été prise à l’unanimité par un panel de cinq juges.

La législation actuelle n’ouvre la GPA qu’aux couples hétérosexuels ou aux femmes célibataires dans l’incapacité d’avoir un enfant.

Ces dernières années, les tentatives d’élargissement de l’accès à la GPA aux membres de la communauté LGBTQ se sont heurtées à l’opposition véhémente des partis politiques ultra-orthodoxes.

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