Que faire quand les gens qui essaient de vous tuer vivent dans le quartier ?
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Opinion

Que faire quand les gens qui essaient de vous tuer vivent dans le quartier ?

Au final, la seule façon de contrecarrer les gens décidés à tuer, avec les esprits empoisonnés par le racisme et l’extrémisme religieux, est de stopper le flot de toxicité

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Cette photo, partagé sur Twitter, dit : "Ceci est la voie,  l'Intifada al-Aqsa" (Crédit : Twitter)
Cette photo, partagé sur Twitter, dit : "Ceci est la voie, l'Intifada al-Aqsa" (Crédit : Twitter)

Que faire lorsque les gens qui essaient de vous tuer vivent dans le quartier situé en bas de la rue ? Ou lorsqu’ils vivent dans le même village, comme cet homme charmant avec lequel votre fils travaille ? Ou lorsqu’ils travaillent pour la compagnie téléphonique à laquelle vous êtes abonné ?

Quand ils essaient de tuer n’importe qui, des soldats et des policiers en uniforme, des Juifs orthodoxes, tous les passagers d’un bus de ville ?

Quand ils ciblent les hommes, les femmes et les enfants.

Lorsque ce sont des hommes, des femmes et des enfants ?

Lorsque leurs chefs, politiques, spirituels, enseignants, leur mentent à notre sujet, mentent sur l’histoire, sur nos ambitions ?

Lorsque certains de leurs dirigeants leur disent qu’ils iront au paradis s’ils meurent en nous tuant ?

Lorsque (parfois) ils se mentent à eux-mêmes sur les assassinats qu’il perpétuent, prétendant que c’est nous qui nous nous levons pour les tuer, affirmant que nous attaquons de sang-froid leurs assaillants à la bombe ou au couteau, augmentant ainsi le cercle des tueurs potentiels aigris ?

Lorsqu’ils se mentent (parfois) à eux-mêmes sur qui ils tuent, affirmant faussement dans des échanges largement diffusés sur les réseaux sociaux, par exemple, que Naama Henkin, qui a été abattue avec son mari en Cisjordanie il y a deux semaines, a été délibérément ciblée parce qu’elle avait insulté le prophète, qualifiant Mahomet de cochon, lors d’une visite sur le mont du Temple cet été ?

Quand tout ce dont ils ont besoin pour tuer est un couteau, un tournevis et un esprit rempli à ras bord de poison ?

Et lorsque le poison leur est servi par presque toutes les chaînes de télévision qu’ils regardent, et par des horribles posts sur les profils Facebook de leurs pairs et de leurs modèles ?

Que faire ?

D’abord, reconnaître l’ampleur du problème.

Après des décennies de diabolisation sans relâche et de délégitimisation de l’État juif recréé, les dirigeants palestiniens ont produit une génération dont beaucoup d’individus sont remplis de haine, et sont tellement convaincus de l’impératif de tuer, qu’aucune autre considération, y compris la grande probabilité qu’ils mourront dans l’attaque, ne les empêche de chercher à assassiner des Juifs.

La fausse affirmation avancée par le Hamas, la Branche Nord du Mouvement islamique en Israël, le Fatah et beaucoup d’autres, à savoir que les Juifs ont l’intention de prier sur le mont du Temple, une place de sainteté unique pour les Juifs, mais dont le lien juif a été effacé par le narratif palestinien, a évidemment entraîné une nouvelle vague de jeunes Palestiniens pour « protéger Al-Aqsa », en les incitant à mener des actions meurtrières contre n’importe quelle cible juive en utilisant n’importe quelle arme.

Les attentats à la bombe de la Seconde Intifada ont été menés par des Palestiniens de Cisjordanie, le massacre a été très fortement réduit lorsqu’Israël a construit la barrière de sécurité.

Le terrorisme d’aujourd’hui est essentiellement mené par des Arabes de Jérusalem Est, dont certains possèdent des cartes d’identité israéliennes bleues.

La négligeance relative, témoignée à l’égard de Jérusalem depuis 1967 par un Israël qui a étendu les frontières municipales de la ville mais qui a visiblement échoué à assurer quelque chose qui ressemblerait à de l’égalité entre les quartiers juifs et arabes, a seulement rendu le développement des mensonges et des incitations à la haine encore plus facile.

Dans un Israël où les Juifs et les Arabes mènent une existence intimement liée, ce nouveau niveau de danger potentiel dans chaque rencontre banale rend la vie du quotidien cauchemardesque.

Deuxièmement, s’attaquer au problème dans toutes les sphères où il est exacerbé

En d’autres termes : arrêter les prêcheurs de la haine.

Demander à Facebook de fermer les pages où elle prolifère, et retrouver les personnes derrières ces pages. Contrôler le sentiment haineux sur les réseaux sociaux de façon plus efficace ; plusieurs terroristes ce mois-ci n’ont pas dissimulé leurs intentions meurtrières. Bien au contraire, certains vont le diffuser sur les réseaux sociaux.

Expliquer clairement, sur ces principaux réseaux sociaux, en arabe, qu’Israël n’a pas l’intention de changer le statu quo sur le mont du Temple. Impliquer le roi Abdallah de Jordanie. Impliquer n’importe qui pouvant dénoncer avec crédibilité le mensonge incendiaire relayé à tort sur Al-Aqsa.

Renforcer la sécurité, bien sûr, comme Israël le fait déjà, mais savoir qu’il ne peut pas y avoir de prévention totalement hermétique pour prévenir de ce genre d’attaques.

Inévitablement, des efforts pour un changement plus stratégique contre le dilemme, datant de 48 années, de ce qu’Israël veut et a besoin de faire avec Jérusalem Est en particulier, et les Palestiniens en général.

Il est impardonnable que les quartiers arabes de la ville aient des décennies de retard par rapport aux quartiers juifs dans chaque domaine des services de la ville – à l’éducation en passant par les opportunités d’emploi.

Mais dans certains quartiers, traiter les inégalités s’avère tout simplement impossible. Physiquement impossible. Des officiels municipaux juifs prendraient des risques physiques pour leur vie s’ils devaient mettre le pied dans le camp de réfugiés de Shuafat.

Reprendre le contrôle de ces zones à l’Autorité palestinienne, dont le chef Mahmoud Abbas insiste pour que tout le territoire de Jérusalem capturé par Israël en 1967 fasse partie d’un État palestinien, devient encore moins possible vu qu’il est encore plus extrême dans ses déclarations et puisque la population arabe palestinienne constitue de plus en plus une menace.

Au final, la seule façon de contrecarrer les personnes bien déterminées à tuer, avec leurs esprits empoisonnés par le racisme et l’extrémisme religieux, est de réduire le flot de toxicité.

Enseigner différentes leçons à l’école, que les chefs spirituels inculquent différentes priorités et d’autres valeurs, que les dirigeants politiques délivrent d’autres messages, que l’on adopte différentes approches sur les principaux résaux sociaux.

Mais tout cela, bien sûr, reste plus facile à dire qu’à faire.

Un ton différent, une démarche différente, de la part du gouvernement israélien, auraient pu être utiles jusqu’à récemment. Ici encore, nous avons essayé des tons différents et des démarches différentes. Comme l’ancien Premier ministre Ehud Barak l’a dit une fois, c’est peu probable que, lorsque les Juifs dans leurs exils de plusieurs siècles priaient pour un retour à Jérusalem, ils pensaient au camp de réfugiés de Shuafat.

Mais Yasser Arafat a rejeté les accords de paix d’Ehud Barak en 2000, et a préféré à la place, opter pour une seconde Intifada. Et Mahmoud Abbas, huit ans plus tard, a échoué à saisir l’offre d’Ehud Olmert qui consistait à se retirer entièrement de la Cisjordanie (avec des échanges de terre), à diviser Jérusalem, et à renoncer à la souveraineté dans la Vieille Ville.

Et pourtant, nous dirigeons encore les vies de millions de Palestiniens, dont des centaines de milliers sont du côté « sûr » de la barrière que nous construisons pour nous protéger de ce qui s’est maintenant transformé en une autre phase de bain de sang vicieux et futile.

Seule la « résistance » va libérer la Palestine, a toujours fait valoir le Hamas, en citant fièrement la libération des prisonniers extorquée par l’enlèvement de Gilad Shalit et le contrôle de la bande de Gaza qu’il a obtenu en accélérant le retrait d’Israël par le biais d’attaques terroristes et de tirs de roquettes.

Mais en réalité, c’est la « résistance » qui empêche les Palestiniens d’obtenir un Etat.

La plupart des Israéliens veulent se séparer des Palestiniens – veulent arrêter de diriger leur vie, veulent garder un Israël juif et démocratique. Chaque fois, le mot « Résistance » montre aux Israéliens qu’ils oseront faire le pas.

Si Gaza avait été calme et exempt de menaces après le retrait d’Israël en 2005, Ariel Sharon se serait probablement retiré unilatéralement de la plupart de la Cisjordanie.

La prise de contrôle de Gaza par le Hamas, les tirs incessants de roquettes et les fréquents conflits prouvent à Israël qu’il ne pouvait pas risquer un autre retrait semblable – qu’il ne pouvait pas risquer une autre prise de contrôle par le Hamas en Cisjordanie.

La communauté internationale regarde aveuglément un Israël fort – très fort en effet comparés aux Palestiniens – et conclut que le fardeau de prendre le risque de leur accorder la pleine indépendance, repose sur lui.

Mais avec un peu de recul en regardant bien la situation dans son ensemble, à savoir, une perspective qui inclut le Hamas, la montée de l’extrémisme islamique au Moyen-Orient, la menace posée directement par un Iran enhardi et par l’intermédiaire de ses mandataires terroristes, l’antisémitisme et l’hostilité endémique contre Israël dans cette région – cela devrait apparaître comme évident, que par une erreur de calcul, un Israël « fort » peut rapidement se transformer en un État intenable, faible et vulnérable.

Nous pourrions obtenir une meilleure couverture médiatique internationale, mais nous pourrions aussi faire face à la destruction. Les Israéliens ne sont clairement pas sur le point d’accepter cela.

Il y a deux peuples ayant des revendications sur cette terre ensanglantée. Et cela ne mène nulle part. Seule une conciliation, accomplie à contrecœur, va permettre soit à l’un ou à l’autre, soit aux deux peuples de vivre une vie normale. Et c’est ce à quoi n’importe quelle personne travaillant à régler le conflit israélo-palestinien doit aspirer.

Que faites-vous lorsque certains de vos voisins essaient de vous tuer ? Protégez-vous. Arrêtez-les. Faites ce que vous pouvez raisonnablement faire pour aider à créer un climat différent et meilleur – pour modérer vos ennemis. Pendant ce temps, accrochez-vous. Refusez d’être terrorisé. Continuez à vivre. Cela, et ne pas tuer, c’est que qu’on attend de vous.

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