Rechercher

Rabat et Ankara influencent trop l’islam en Belgique, selon un ministre

Le ministre de la Justice a déploré l'absence de réformes à la tête de l'Exécutif des musulmans de Belgique et a menacé de ne plus le reconnaître comme interlocuteur

Vincent Van Quickenborne, au Forum économique mondial de Dalian, en Chine, en 2009. (Crédit : World Economic Forum / Natalie Behring / CC BY-SA 2.0)
Vincent Van Quickenborne, au Forum économique mondial de Dalian, en Chine, en 2009. (Crédit : World Economic Forum / Natalie Behring / CC BY-SA 2.0)

Le ministre belge de la Justice a déploré vendredi l’absence de réformes à la tête de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), principal organe représentatif de ce culte, jugé trop perméable aux influences du Maroc et de la Turquie, et menacé de ne plus le reconnaître comme interlocuteur.

Vincent Van Quickenborne, dont le portefeuille inclut la gestion des cultes, a annoncé avoir entamé la procédure visant à retirer à cette instance son statut d’interlocuteur officiel de l’Etat.

Concrètement, ne plus reconnaître l’EMB « signifierait que nous ne subventionnerons plus cet organisme (à hauteur de 600 000 euros par an actuellement, ndlr), et que son rôle disparaîtra », a expliqué ce libéral flamand à la radio publique néerlandophone Radio 1.

Le ministre accuse l’EMB de n’être « pas représentatif de tous les musulmans de Belgique » et d’ignorer les appels à s’ouvrir aux jeunes, dans le renouvellement en cours de ses instances dirigeantes.

La Grande Mosquée et Centre islamique et culturel de Belgique, à Bruxelles. (Crédit : Wikimedia)

Dans ce processus prévaut « une logique de mosquées », c’est-à-dire que seuls les responsables musulmans exerçant déjà dans une mosquée, souvent âgés, peuvent prétendre à siéger dans le principal organe de direction de l’EMB, a expliqué à l’AFP un porte-parole du ministre.

A cela s’ajoute une conception « ethnique » des responsabilités favorisant les imams marocains et turcs, selon la même source. La communauté musulmane en Belgique est historiquement très majoritairement issue de ces deux pays.

« Après trois ou quatre générations (d’immigrés), réserver encore le droit de postuler à un Turc ou un Marocain, ça ne va pas, ça ouvre la porte à l’ingérence », a déploré ce porte-parole. « C’est vraiment néfaste pour le développement d’un islam moderne dans ce pays », a-t-il insisté.

La décision du ministre est « inacceptable », a dénoncé le président de l’EMB Mehmet Üstün, joint par l’agence de presse Belga. Un de ses proches s’est étonné que M. Van Quickenborne s’exprime dans les médias avant d’avoir prévenu l’organisation. Le ministre a dit avoir déjà lancé deux avertissements depuis 2020.

Seul un arrêté royal pourra acter le retrait à l’EMB de sa « reconnaissance » par l’Etat belge. La procédure prévoit que les dirigeants puissent s’expliquer une fois avertis des intentions du gouvernement.

Mehmet Üstün est dans le collimateur de la Sûreté de l’Etat, le service de renseignement en Belgique, d’après une récente enquête de la chaîne flamande VRT. Le président de l’EMB dirige une mosquée dans le Limbourg qui a été accusée de propager des « idées extrémistes » dans cette province néerlandophone limitrophe des Pays-Bas, des accusations vivement contestées par l’intéressé.

Par ailleurs, en octobre 2021, le gouvernement belge avait retiré son droit de séjour en Belgique à un imam marocain de Molenbeek accusé d' »extrémisme » et d' »ingérence ».

Dans ce pays de 11,5 millions d’habitants, la communauté musulmane compte entre 600 000 et 800 000 membres, selon les sources.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...