Israël en guerre - Jour 202

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Interview

Rencontre avec le président du Labour Friends of Israel, en visite dans le pays

Après l'antisémitisme sous l'ère Corbyn, Steve McCabe dit que le parti d'opposition soutient à nouveau Israël - mais il s'inquiète face à la nouvelle coalition

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président du groupe britannique Labour Friends of Israel, le député vétéran Steve McCabe, à gauche, donne un livre signé par le chef de sa formation, Keir Starmer, au président Isaac Herzog, le 6 février 2023. (Crédit : Labour Friends of Israel)
Le président du groupe britannique Labour Friends of Israel, le député vétéran Steve McCabe, à gauche, donne un livre signé par le chef de sa formation, Keir Starmer, au président Isaac Herzog, le 6 février 2023. (Crédit : Labour Friends of Israel)

Alors que le parti du Labour continue à combattre l’antisémitisme dans ses rangs, un groupe de députés Travaillistes effectue actuellement une visite de cinq jours au sein de l’État juif. Objectif de cette délégation : Réaffirmer le soutien traditionnel apporté par le parti d’opposition de gauche britannique à Israël.

« Le Labour est revenu à son positionnement traditionnel, celui d’un très bon ami et d’un soutien de l’État d’Israël », explique le député Steve McCabe, le président du groupe Labour Friends of Israel, au Times of Israel lors d’une matinée pluvieuse à Jérusalem, mardi. « Un gouvernement Travailliste placé sous la houlette de Keir Starmer ferait de ce soutien une très importante priorité et le peuple israélien pourrait compter sur lui ».

Depuis qu’il a succédé à Jeremy Corbyn au poste de chef du Labour, en avril 2020, Starmer a cherché à remodeler l’image publique du parti d’opposition et d’en déraciner ses éléments antisémites. Le parti Travailliste britannique de l’ère Corbyn avait été accusé de laisser l’antisémitisme proliférer dans ses rangs et un groupe de veille de l’État l’avait reconnu coupable de discrimination. Corbyn lui-même avait été accusé de haine anti-juive et il avait été suspendu de la formation en octobre 2020 suite à son refus de revenir sur des propos qu’il avait tenus – il avait dit que l’ampleur de l’antisémitisme au sein du Labour, sous sa direction, était largement exagérée par ses adversaires.

« Il y a quelque chose qui est devenu réellement manifeste au cours des élections de 2019 – c’est que les électeurs ordinaires en Grande-Bretagne, des gens qui n’étaient pas Juifs, ont été eux aussi très choqués par ce qu’a pu faire Corbyn », affirme McCabe.

Le parti Travailliste, l’une des deux principales formations britanniques, a perdu quatre scrutins d’affilée – avec notamment une récente raclée infligée par les Conservateurs où le Labour a enregistré sa pire performance depuis les années 1930.

David Lammy (2 à droite), membre du Parti travailliste britannique, se joint aux membres de la communauté juive qui manifestent contre le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du parti travailliste devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres le 26 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

« Je suis devenu le président du groupe Labour Friends of Israel après le scrutin de 2019, largement parce que j’avais été horrifié par les dégâts commis par Corbyn au Labour et par la manière dont il avait permis à l’antisémitisme de prospérer sans encombre », explique McCabe dans un anglais teinté d’un accent typique de Glasgow. « Je voulais faire quelque chose qui ait du sens, quelque chose de constructif pour changer tout cela ».

Il note qu’il a vu des électeurs juifs, qui s’étaient détournés de la formation sous l’ère Corbyn, revenir au bercail depuis que Starmer a pris les rênes du parti et qu’il a lancé sa campagne contre l’antisémitisme qui fleurissait au sein de la faction.

Les membres du parti du Labour en visite à Yad Vashem, le 6 février 2023. (Crédit : Labour Friends of Israel)

C’est en partie pour cela que la délégation a fait ce voyage – le plus important qui ait été organisé par Labour Friends of Israel depuis plus de dix ans. Ses membres ont rencontré le président Isaac Herzog, la cheffe d’Avoda, Merav Michaeli, des leaders du secteur technologique et ils se sont rendus sur la frontière de Gaza, entre autres destinations.

Le groupe s’est aussi entretenu avec le Conseiller à la sécurité nationale Tzachi Hanegbi à Jérusalem, lundi.

McCabe explique que son groupe s’inquiète « de certains éléments » du nouveau gouvernement de Benjamin Netanyahu et qu’il en a fait part directement à Tzipi Hotovely (Likud), l’ambassadrice israélienne au Royaume-Uni.

« C’est difficile d’imaginer d’autres gouvernements intégrer certaines personnalités telles que celles qui siègent dans ce gouvernement là », ajoute-t-il, « ou de voir quelqu’un comme [le ministre de la Sécurité nationale Itamar] Ben Gvir en charge de la police au vu du passé qui est le sien. Ce qui est frappant pour moi chez lui, c’est qu’il est ce genre de personne que je ne souhaiterais personnellement pas particulièrement compter dans mon entourage ».

McCabe fait aussi part de sa préoccupation face à la réforme judiciaire qui a été proposée par la nouvelle coalition : « Cela ressemble à une mainmise sur le pouvoir, à une diminution de cet équilibre naturel des pouvoirs qui soutient en partie une société démocratique saine. Je peux dire que je suis anxieux à ce sujet ».

« C’est difficile d’imaginer d’autres gouvernements intégrer certaines personnalités telles que celles qui siègent dans ce gouvernement là. »

La coalition de Netanyahu avance également actuellement une refonte judiciaire radicale qui renforcera le contrôle exercé par le gouvernement sur le système israélien de la justice. Les critiques déclarent qu’avec l’adoption d’autres législations prévues, ces réformes auront un impact sur la démocratie israélienne en bouleversant l’équilibre des pouvoirs, en plaçant presque tous les pouvoirs entre les mains de l’exécutif et en laissant sans défense et sans protection les droits individuels et ceux des minorités. La présidente de la Cour suprême, Esther Hayut, et la conseillère juridique du gouvernement, la procureure-générale Gali Baharav-Miara, ont fait part de leur farouche opposition au projet.

Des Israéliens manifestent contre les projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu de réformer le système judiciaire, à Tel Aviv, Israël, le 4 février 2023. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

« Je suppose qu’il faudra émettre un jugement en fonction de ce qui se passera concrètement à l’avenir », songe McCabe.

S’exprimant avant de se rendre à Ramallah pour y rencontrer des responsables de l’Autorité palestinienne (AP), McCabe n’épargne pas l’AP de ses critiques.

« L’Autorité palestinienne semble faire face à un blocage s’agissant de réfléchir à des initiatives positives ou à des initiatives de paix », regrette McCabe, un député vétéran et ancien travailleur social.

Il ajoute qu’il ne semble pas que le gouvernement de Netanyahu « ait placé la paix au sommet de son agenda » mais il déclare que les Palestiniens ont une grande responsabilité dans la situation.

« Ce sera difficile de savoir comment faire de grandes avancées avant que l’Autorité palestinienne ne fasse un geste garantissant la sécurité d’Israël », estime-t-il.

Le chef du Parti travailliste britannique, Keir Starmer, prononce son discours devant les délégués au troisième jour de la conférence annuelle du Parti travailliste à Liverpool, dans le nord-ouest de l’Angleterre, le 27 septembre 2022. (Crédit : Oli SCARFF / AFP)

Malgré le manque d’avancée vers un accord de paix, McCabe explique avoir beaucoup de choses à dire aux Britanniques de gauche concernant le soutien à la relation unissant le Royaume-Uni à Israël.

« Je dis aux gens que ce qui nous avons en Israël est une économie hi-tech réellement vibrante, qui est susceptible de nous en apprendre beaucoup en matière d’avancées médicales, de technologie médicale, d’énergie verte – des secteurs qui représentent une grande partie dans la stratégie industrielle qui est proposée par le Labour, avec une conversion vers les énergies vertes. Ce qui pourrait entraîner de nouveaux emplois, de nouvelles opportunités au Royaume-Uni », s’enthousiasme-t-il. « Il y a beaucoup à apprendre, beaucoup de choses dont nous pourrions bénéficier ».

Même si le parti Travailliste n’a plus été au pouvoir depuis 2010, McCabe déclare qu’il peut encore apporter son soutien à l’élargissement des liens avec l’État juif. Il fait remarquer le soutien apporté aux discussions portant sur le libre-échange entre les deux pays et les pressions exercées par le Labour pour que le gouvernement inscrive les Gardiens iraniens de la révolution sur la liste des groupes terroristes.

En même temps, lui et les autres parlementaires siégeant au sein du caucus Labour Friends of Israel expliquent être déterminés à garantir que l’antisémitisme sera combattu dans les rangs du parti et dans la société britannique de manière plus générale.

Alors leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn quitte son domicile à Islington, au nord de Londres, le 16 décembre 2019. (Crédit : Isabel Infantes/PA via AP)

« Ce n’est pas quelque chose où vous pouvez cocher la case en disant : ‘Ça, c’est fait’, » dit-il. « Je veux dire que dans la réalité, ce type de racisme antisémite immonde est toujours bien présent. Il est dans toutes les institutions, dans toutes les organisations et le Labour ne fait pas figure d’exception ».

« Il doit y avoir un programme d’éducation constant pour aider les gens à comprendre ce qu’est l’antisémitisme et à comprendre pourquoi si le soutien apporté aux Palestiniens est une chose, il ne doit pas s’associer à une hostilité ouverte à l’encontre d’Israël », continue McCabe.

Il déclare que les adhérents du parti qui n’acceptent pas les principes de ce dernier n’y ont pas leur place. « D’autres personnes seront encore exclues au cours des prochaines années parce que certains ne pourront pas les accepter ou ils choisiront de ne pas le faire », prédit-il.

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