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Santé psychique en Israël : Le lourd tribut payé par les jeunes pendant la pandémie

Une enquête révèle que le nombre de jeunes en quête d'une hospitalisation psychiatrique à doublé; un syndicat réclame plus de ressources

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Photo d'illustration : Un enfant anxieux. (Crédit : iStock via Getty Images)
Photo d'illustration : Un enfant anxieux. (Crédit : iStock via Getty Images)

Deux années de pandémie de COVID-19 ont lourdement pesé sur les plus jeunes, avec un nombre d’enfants en quête d’une hospitalisation pour une prise en charge psychiatrique qui a été multiplié par deux pendant l’épidémie, a fait savoir un rapport diffusé mardi par le syndicat israélien des Travailleurs sociaux.

Le rapport a été établi sur la base des témoignages de 458 travailleurs sociaux dans tout le pays. Il indique que ces derniers ont remarqué une augmentation dramatique du nombre de jeunes en état de détresse psychique et que face à ce phénomène, les services psychiatriques sont dans l’incapacité de répondre à la demande. Ainsi, de nombreux jeunes doivent attendre de longs mois avant d’être soignés.

Parmi les travailleurs sociaux, 76 % font état d’une hausse du nombre de jeunes souffrant d’anxiété et de dépression, et 67 % évoquent une augmentation des actes d’automutilation. 44 % signalent une augmentation du nombre de suicides chez les mineurs – tentatives de suicide comprises. Plus des deux tiers, 69 %, font savoir que les difficultés émotionnelles ou mentales se sont renforcées chez les jeunes.

Presque tous les travailleurs sociaux, 93 %, notent également un allongement significatif de la période d’attente avant une prise en charge psychiatrique depuis le début de l’épidémie de coronavirus, au début de l’année 2020. 45 % des jeunes patients disent avoir dû attendre un mois pour être hospitalisés, une période qui s’est étendue à trois mois pour 25 % d’entre eux. Selon 32 % des travailleurs sociaux, les jeunes doivent attendre 3 à 6 mois l’émission d’un diagnostic psychiatrique, tandis que
25 % ont indiqué que cette attente avait dépassé les six mois. Pour les jeunes en quête de soins psychiatriques dans un dispensaire local, cette attente peut être de six mois à un an, ont déclaré 41,5 % des travailleurs sociaux.

Dans le domaine très spécifique des troubles alimentaires, 45 % des travailleurs sociaux ont expliqué que les jeunes devaient attendre au moins un mois avant d’être pris en charge et 35 % ont indiqué que la période d’attente avait été de plus de six mois pour les jeunes dont ils s’occupaient.

Inbal Hermoni, présidente du syndicat des Travailleurs sociaux, a expliqué que la coopération entre les ministres de la Santé, des Affaires sociales, de l’Éducation et des Finances « ne fonctionne pas suffisamment bien à ce jour », a fait savoir le journal Dvar.

Capture d’écran d’une vidéo d’Inbal Hermoni, présidente de l’Union israélienne des travailleurs sociaux. (YouTube)

Elle a critiqué la manière dont sont prises les décisions, constatant leur décalage avec les besoins constatés sur le terrain.

Hermoni a vivement recommandé de prévenir une nouvelle détérioration de la santé mentale des plus jeunes en lançant un programme qui viserait à identifier les enfants souffrant de problèmes psychiques et à leur fournir des soins initiaux, de créer des soins accessibles dans les communautés et de réduire les temps d’attente avant une prise en charge. Elle a aussi réclamé « un investissement massif de ressources ».

Le ministère de la Santé a indiqué que la période d’attente en vue d’un traitement avait augmenté pour toutes les catégories de la population pendant la pandémie de COVID, quoique encore davantage pour les enfants et les jeunes, selon des informations parues sur le site Ynet.

Le ministère a expliqué avoir trouvé un accord avec le ministère des Finances, qui permettra d’élargir les services de soins psychiatriques avec un financement particulier pour les caisses de santé. Il a précisé que les détails de cet accord seraient rendus publics dans un avenir proche. Il y a des discussions en cours avec le ministère des Finances pour augmenter le nombre de lits, a noté Ynet, et après approbation d’un financement supplémentaire, certains d’entre eux seront consacrés tout spécialement aux jeunes atteints de troubles alimentaires.

Cette étude sur les travailleurs sociaux survient alors qu’Israël est actuellement aux prises avec la cinquième vague de coronavirus qui entraîne des records sans précédent de nouveaux cas quotidiens. De leur côté, les dirigeants – et notamment le Premier ministre Naftali Bennett – demandent aux citoyens de se préparer à des chiffres encore plus élevés.

Il y a presque 40 000 élèves actuellement infectés par la COVID-19 et presque 85 000 personnels du secteur de l’enseignement et élèves se trouvent en quarantaine suite à une contamination ou à un contact avec un porteur confirmé du coronavirus, selon le ministère de l’Éducation. Le ministère reste déterminé à maintenir les écoles ouvertes dans la mesure du possible, plutôt que d’ordonner la fermeture des établissements et un passage à l’apprentissage à distance, comme cela avait été le cas en 2020 et en 2021.

Ran Cohen, principal d’une école de Tel Aviv, a déclaré au micro de la Radio militaire, mardi, que la fermeture des écoles « serait une catastrophe et, en pratique, un retour au désastre que nous avons connu au cours des dix-huit derniers mois », quand le système de l’éducation israélien avait été fermé pendant des périodes prolongées et que les élèves et les professeurs avaient dû se tourner vers l’enseignement à distance.

« Les enfants qui sont revenus, après le confinement, n’étaient pas les mêmes que ceux que nous connaissions », a-t-il ajouté.

La classe d’une école élémentaire vide après le début du confinement national visant à lutter contre l’épidémie de coronavirus à Tel Aviv, en Israël, le 17 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Liat Dotan, psychologue de l’éducation, a dit au micro de la station de radio que les problèmes de comportement des enfants sont devenus très nombreux – avec notamment des pensées suicidaires – en résultat de la pandémie de coronavirus et des mesures prises pour réduire la propagation de la COVID-19.

« Nous appelons ce phénomène le tsunami post-confinement », a-t-elle expliqué. « Les enfants doivent autant que possible pouvoir s’ancrer en termes de sécurité et d’appartenance, ce qui nécessite des initiatives visant à revenir à la normalité du quotidien », a-t-elle continué.

Toutefois, lundi, Ran Erez, de l’Association des enseignants du secondaire, a envoyé un courrier à Bennett réclamant un retour à l’enseignement à distance pour les collèges et les lycées, accusant le gouvernement d’avoir perdu le contrôle de la pandémie.

Tout en reconnaissant les désavantages présentés par les cours délivrés via l’application Zoom, Eretz a mis en garde contre une situation ce qu’il a qualifiée « d’anarchique » et de « chaotique », ajoutant que dans ce contexte, l’apprentissage en distanciel était « un moindre mal ».

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