Selon des tests initiaux, 200 000 Israéliens auraient eu la COVID-19 – étude
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Selon des tests initiaux, 200 000 Israéliens auraient eu la COVID-19 – étude

Les échantillons de 1700 tests sérologiques suggèrent que le vrai bilan serait 10 fois plus important que le nombre confirmé et mettent en lumière l'inégalité hommes/femmes

Un travailleur de santé prélève du sang sur un malade pour un test d'anticorps à la COVID-19 au Volusia County Fairgrounds de DeLand, en Floride, le 5 mai 2020. (Crédit : AP Photo/John Raoux)
Un travailleur de santé prélève du sang sur un malade pour un test d'anticorps à la COVID-19 au Volusia County Fairgrounds de DeLand, en Floride, le 5 mai 2020. (Crédit : AP Photo/John Raoux)

Une série initiale de tests sérologiques – ce sont les premiers à être réalisés sur le territoire israélien – indique qu’environ 200 000 Israéliens, soit 2,5 % de la population, aurait eu le coronavirus – soit plus de dix fois le nombre de patients confirmés, a fait savoir un rapport mardi.

Les tests d’anticorps sont considérés comme déterminants pour établir le nombre de personnes qui ont d’ores et déjà été atteintes par la maladie, ce qui permet de mieux comprendre sa propagation et de prévoir les politiques les mieux adaptées possibles en amont d’une possible deuxième vague.

Les résultats indiquent un taux d’infection bien supérieur à ce qui avait été précédemment pensé – les estimations du ministère de la Santé et du Conseil de sécurité nationale avaient fixé ce taux à pas plus de un pour cent de la population – mais il est encore très largement inférieur aux 60 % qui seraient nécessaires pour assurer une immunité de groupe.

Ils indiquent également une probabilité bien plus grande que ce qui était pensé, dans le passé, de développer une forme asymptomatique de la maladie.

Ils révèlent aussi que le taux d’hommes ayant contracté le virus représente plus du double du taux de femmes touchées – un écart entre les sexes bien plus grand que ce qu’indiquaient les cas confirmés.

Cette série de 1 700 tests a été menée par une équipe du ministère de la Santé avec à sa tête le professeur Daniel Cohen, président de l’Ecole de santé publique au sein de l’université de Tel Aviv, avec l’aide des services du Magen David Adom. Les personnes dépistées ont formé un échantillon représentatif de la population en termes d’âge, de sexe et de lieu de résidence, a noté le quotidien Haaretz dans un reportage paru mardi.

Un membre de l’équipe médicale du Magen David Adom, portant un équipement de protection, manipule un test de coronavirus effectué sur un patient à Jérusalem, le 17 avril 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Les tests d’anticorps sont différents des tests nasopharyngés qui sont actuellement utilisés pour dépister les infections actives. Les tests recherchent des protéines sanguines appelées anticorps, que le corps produit plusieurs jours ou semaines après avoir lutté contre l’infection. La majorité utilise un échantillon de sang, obtenu par une piqûre, qui est alors placé sur une bandelette réactive.

Ce genre de test peut révéler si une personne a eu la COVID-19 au cours d’un passé récent – ce qui, selon les experts, offre une forme de protection face à la maladie.

Mais des études sont encore en cours pour déterminer quel niveau d’anticorps serait nécessaire pour garantir l’immunité. La durée de cette immunité ou la capacité, pour les personnes dotées d’anticorps, à rester contaminantes pour autrui restent encore inconnues.

La fiabilité des tests s’établirait entre 95 % et 98 %. Ils ne précisent pas si l’individu concerné a encore le coronavirus ou s’il est guéri.

Pour la majorité des virus, la présence d’anticorps offre une immunité face aux infections futures. Néanmoins, et au vu d’informations portant sur des réinfections à la COVID-19, il faudra faire plus de recherches pour savoir quel est le niveau de protection accordé par les anticorps ainsi que la durée de cette immunité.

« Les données issues des tests sont généralement similaires aux informations que nous avons constater ailleurs », explique Cohen à Haaretz. « Par exemple, nous avons constaté qu’il y avait un taux d’exposition plus élevé pour les hommes que pour les femmes. Parmi les hommes, le taux d’infection s’élève à 1,2 % contre 2,6 % pour les femmes ».

Ces taux d’infection impliqueraient que presque 70 % des Israéliens ayant attrapé le coronavirus sont des hommes. Pourtant, parmi les cas confirmés, seulement 55 % des malades étaient des hommes.

Des données recueillies à l’international ont enregistré des taux d’infection des hommes seulement légèrement supérieurs à ceux des femmes – même si la maladie semble frapper plus gravement les hommes que les femmes.

Les tests initiaux ont aussi révélé que le taux d’infection le plus élevé – 3,6 % – avait été enregistré chez les personnes âgées de 40 à 59 ans. Il s’élève à 0,8 % chez les individus âgés de 0 à 19 ans.

Les Israéliens profitent de la plage de Tel Aviv, le 29 mai 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Au total, et en prenant en considération la taille de l’échantillonnage et la sensibilité du test, les chercheurs ont estimé qu’environ 2 % à 3 % des Israéliens ont été infectés – entre 180 000 et 270 000 personnes.

Une série bien plus importante de 150 000 à 200 000 tests devrait commencer dans les prochains jours. Elle offrira une image plus précise de l’épidémie au sein de l’Etat juif.

Une autre étude va se concentrer sur Bnei Brak qui, début avril, a été la première ville placée sous confinement strict – les résidents n’ayant le droit de quitter les frontières de la municipalité que pour aller travailler dans des industries dites « essentielles » ou pour recevoir des soins médicaux.

Si le directeur-général sortant du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman-Tov, avait annoncé ce programme dès le début du mois de mai, ce dernier a connu des retards et le ministère n’a transmis que peu d’informations sur ce dépistage, son ampleur ou son calendrier.

Ces tests d’anticorps surviennent alors que le pays a connu, au cours de la semaine dernière, une recrudescence des cas de COVID-19, ce qui a fait naître l’inquiétude d’une résurgence du virus et d’une seconde vague possible de la pandémie.

Des officiers de police évacuent des hommes ultra-orthodoxe de la
Yeshiva Ponevezh à Bnei Brak, dans le cadre d’un effort pour faire appliquer le confinement afin de limiter la propagation du virus, le 2 avril 2020. (Flash90)

Le 5 mai, Bar Siman-Tov avait indiqué au New York Times que 100 000 tests sérologiques, obtenus pour un prix avoisinant les 40 millions de dollars auprès de firmes situées aux Etats-Unis et en Italie, étaient prêts à être utilisés par les cliniques de santé de tout les pays dans les deux semaines suivantes.

La Douzième chaîne avait indiqué, pour sa part, que le ministère de la Santé avait acheté deux millions de tests. 250 000, dont la date d’expiration est fixée au début du mois de juillet, sont d’ores et déjà entreposés dans le pays, attendant d’être utilisés.

Ce projet avait été retardé par des désaccords entre responsables de la santé sur la manière de mettre en oeuvre ce plan – notamment concernant la taille de l’échantillonnage au sein de la population, les directives de travail pour les laboratoires et les protocoles de recrutement des personnes qui seraient dépistées.

Le programme sérologique-pilote va se concentrer sur trois groupes : Les familles comptant un cas vérifié en leur sein, les familles sans symptômes vivant dans un bâtiment où vit également une personne ayant attrapé le coronavirus, et une sélection aléatoire de familles et d’individus dans la ville.

Le gouvernement espère qu’en réalisant un dépistage d’une telle ampleur, il sera en mesure de déterminer si l’Etat juif s’approche de l’immunité de groupe ainsi que le niveau de préparation du pays en cas de résurgence du virus.

Le directeur-général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman-Tov, sur un site de testage au coronavirus type drive-in à Tel Aviv, le 20 mars 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Bar Siman-Tov a expliqué que s’il s’avérait qu’un petit pourcentage d’Israéliens seulement avait des anticorps, cela pourrait indiquer une potentielle surcharge du système de santé du pays au cours d’une prochaine épidémie.

Les spécialistes de la santé du monde entier considèrent les tests d’anticorps comme un moyen intéressant pour déterminer de possibles politiques de confinement et comme un outil utile pour contrôler la maladie, même si l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) n’a pas encore déclaré si les anticorps assuraient à leur porteur l’immunité face à une éventuelle réinfection.

Malgré de nombreuses informations faisant état de réinfections – et notamment au moins deux cas en Israël – et en dépit du fait que l’OMS a fait savoir, le mois dernier, qu’il n’y avait aucune preuve que des malades guéris de la COVID-19 et présentant des anticorps étaient protégés contre une seconde infection, la majorité des experts estiment que ces informations sont probablement dues à des problèmes rencontrés avec les tests de dépistage du coronavirus et non à un manque d’immunité face à la maladie.

Certains spécialistes du monde entier – dont un haut-responsable de l’Organisation mondiale de la Santé – ont déclaré que les informations sur des patients réinfectés étaient attribuables à des faux positifs, les tests réagissant à des fragments morts de virus.

L’AFP a contribué à cet article.

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