Shaked : « Le Hamas sacrifie son peuple à des fins politiques »
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Shaked : « Le Hamas sacrifie son peuple à des fins politiques »

Tsahal agit "conformément aux ordres" ; Liberman : les Israéliens ont célébré la vie après la victoire de l'Eurovision, les Palestiniens glorifient la mort

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, assiste à une cérémonie d'assermentation des juges nouvellement nommés à la résidence du président à Jérusalem, le 30 octobre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)
La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, assiste à une cérémonie d'assermentation des juges nouvellement nommés à la résidence du président à Jérusalem, le 30 octobre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Israël n’est pas préoccupé par la perspective d’accusations de crimes de guerre pour ses actions militaires dans la bande de Gaza, a déclaré mardi la ministre de la Justice Ayelet Shaked, un jour après que 58 Palestiniens auraient été tués lors d’affrontements avec les soldats de l’armée israélienne à la frontière.

Les dirigeants palestiniens ont accusé Israël de « massacre » lors des émeutes meurtrières de lundi, et de nombreux pays ont condamné la réaction d’Israël aux manifestations comme étant excessive.

Interrogée au cours d’une interview pour savoir si Israël devrait s’inquiéter des procès devant la Cour pénale internationale à La Haye, Shaked a déclaré que les soldats n’avaient rien fait d’illégal face à la violence des manifestants. « Les soldats de l’armée israélienne se comportent bien, conformément aux ordres de tir à balles réelles », a-t-elle déclaré à la radio de l’armée.

« Les forces de sécurité font du très bon travail et maîtrisent les événements », a-t-elle précisé. « Le Hamas sacrifie son peuple à des fins politiques, mais Tsahal peut gérer la situation. J’espère qu’ils ont compris le message hier et que la situation ne va pas dégénérer. »

Elle a ajouté que si Israël voulait que « la frontière de Gaza soit complètement calme, il n’y avait pas d’autre choix que de reconquérir la bande de Gaza », mais a-t-elle précisé : « Je ne pense pas que cela doive être fait pour le moment ».

Au sujet de la vive critique internationale, Shaked a indiqué : « C’est désagréable, mais nous avons l’habitude, et nous pouvons y faire face ».

D’autres dirigeants et députés israéliens ont défendu la conduite d’Israël et ont imputé la responsabilité du nombre élevé de morts de lundi exclusivement aux Palestiniens.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, a déclaré que la célébration lundi soir à Tel Aviv de la récente victoire de l’Eurovision était un excellent exemple des différences entre les mentalités israéliennes et palestiniennes.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, s’exprime lors d’une cérémonie commémorative de l’Holocauste dans le kibboutz Yad Mordechai, le 12 avril 2018 (Crédit : Flash90)

« Hier, des dizaines de milliers d’Israéliens se sont rassemblés sur la place Rabin de Tel Aviv pour un concert de musique », a-t-il dit sur Twitter. « A Gaza, par contre, des milliers de personnes se sont rassemblées pour infiltrer Israël afin de commettre des actes de terrorisme. C’est la différence entre la culture de vie d’Israël et la culture de mort du Hamas à Gaza. »

Les forces israéliennes se préparaient mardi pour une deuxième journée consécutive de protestations palestiniennes et la perspective qu’elles pourraient s’étendre. Le 15 mai est le point culminant tant attendu des sept semaines de protestations à la barrière frontalière de la bande de Gaza, alors que les Palestiniens commémorent chaque année le déplacement des Arabes palestiniens pendant la guerre de 1948 avec Israël, que les Palestiniens appellent la « catastrophe », ou Nakba.

Lundi a été le jour le plus sanglant du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de Gaza en 2014, avec au moins 58 Palestiniens tués et plus de 2 700 blessés, selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas. Les morts incluaient six mineurs, selon le ministère de la Santé.

Israël a rendu le Hamas responsable de la violence meurtrière, affirmant que le groupe terroriste a encouragé et dirigé les manifestations, qui comprenaient des attaques contre les soldats israéliens et des tentatives de franchir la clôture de la frontière.

Le président de la Commission des affaires étrangères et de la sécurité, le député Likud Avi Dichter, dirige une réunion de la commission à la Knesset, le 30 avril 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Le député Likud Avi Dichter, président de la Commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, a déclaré qu’il pensait que les manifestations n’avaient pas encore atteint leur apogée. « Nous ne voyons pas la situation se calmer », a-t-il indiqué à la radio de l’armée. « Le jour de la Nakba sera le point culminant. »

Il a ajouté : « Nous ne pouvons pas permettre qu’une vague de gens déchaînés franchisse la frontière. »

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, membre du cabinet de sécurité, a averti dans un entretien avec la station de radio que « si le Hamas tente d’aggraver la situation et d’entrer en conflit, il ne s’en remettra pas – nous irons jusqu’au bout ».

A gauche, la dirigeante du parti Meretz, Tamar Zandberg, a refusé de cautionner les actions d’Israël à la frontière. Elle a rendu le gouvernement responsable des morts à Gaza, en disant : « Les rênes sont entre les mains des dirigeants politiques, et non des tireurs d’élite [de l’armée]. Mais Tsahal doit faire preuve de retenue et de contrôle, afin que le bilan désastreux d’hier ne se répète pas ».

Le député de la Liste arabe unie Ahmad Tibi à la Knesset le 23 octobre 2017 (Alster/FLASH90)

Le député de la Liste arabe unie Ahmad Tibi est allé plus loin et a fait écho à l’Autorité palestinienne en accusant l’armée israélienne d’avoir commis un « massacre » contre des personnes non armées.

Tibi a rejeté les accusations d’Israël selon lesquelles les Palestiniens attaquaient les soldats et tentaient de commettre des actes terroristes comme une « propagande ». Il a dit que « Même si cinq personnes avaient franchi la barrière, elles auraient pu être arrêtées. »

Tibi a exprimé l’espoir que les manifestations du mardi « se généraliseront partout ».

Les affrontements de lundi ont été programmés pour coïncider avec l’ouverture officielle de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, une décision qui a été fermement condamnée par les Palestiniens.

Le porte-parole de Tsahal a déclaré que le Hamas avait déployé 12 « cellules » terroristes distinctes pour tenter de franchir la frontière à différents endroits, et que toutes ces cellules ont été refoulées. Citant des sources palestiniennes, le journal télévisé israélien de Hadashot a déclaré que 10 des membres du groupe terroriste ont été tués dans les affrontements, dont un fils de son cofondateur Abdel Aziz al-Rantisi.

Plusieurs pays ont condamné les événements, remettant en question la proportionnalité de la réponse d’Israël tout en exhortant le Hamas à s’abstenir de la violence. L’UE a appelé à la plus grande retenue de toutes les parties. L’Afrique du Sud et la Turquie ont rappelé leurs ambassadeurs d’Israël, Ankara accusant Jérusalem de « génocide ».

Les États-Unis ont été l’un des seuls pays à approuver la façon dont Israël a réagi aux événements et à rendre le Hamas entièrement responsable des morts à la frontière. Plus tard lundi, ils ont également bloqué l’adoption d’une déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU qui aurait demandé une enquête indépendante sur la violence.

Le Conseil doit tenir une réunion d’urgence sur la violence mardi, convoquée à la demande du Koweït.

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