Si à terme, Jérusalem n’en sera que plus belle, pour l’heure, les travaux la paralysent
Avec les projets d'infrastructure sur les rues King George, Emek Refaïm et d'autres artères principales, il est devenu impossible pour beaucoup de se déplacer dans la capitale
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Dans un avenir proche, espérons-le d’ici quatre ans au plus tard, le coin le plus emblématique du centre-ville de Jérusalem sera une zone piétonne animée, sans circulation dans toutes les directions. Un flux constant de tramways arrivant toutes les quelques minutes permettra aux habitants de toute la capitale de venir faire leurs achats, manger et flâner tranquillement dans le centre commercial et de divertissement ultramoderne de la ville, sans les tracas liés au stationnement et aux embouteillages.
Mais d’ici là, se déplacer dans le centre-ville ne sera pas chose aisée.
Au début du mois, la ville a lancé un vaste projet de construction sur une section du tramway qui traverse les rues King George et Strauss, fermant ainsi définitivement la rue à la circulation automobile. Cette rue historique, qui a fêté ses 100 ans l’année dernière, est désormais en travaux et bloquée par des barrières, tandis que des agents de régulation de la circulation vêtus de gilets jaunes orientent les voitures vers les rues adjacentes.
King George est la dernière artère de la ville à être sacrifiée au profit du développement du tramway de Jérusalem, qui, selon les urbanistes, devrait à terme résoudre une grande partie des problèmes de circulation de la capitale. Au début de l’été, les travaux ont également commencé dans les rues Emek Refaïm et Pierre Koenig, et se poursuivent sur la route de Hébron et ailleurs.
La municipalité de Jérusalem et l’équipe chargée de la planification du plan directeur des transports « reconnaissent pleinement la complexité du travail et sont conscientes de son impact sur les commerçants de la région », a indiqué la municipalité dans un communiqué rédigé pour le Times of Israel.
« Nous nous efforçons d’achever les travaux le plus rapidement possible, conscients de l’importance capitale du réseau pour la croissance de Jérusalem et de toute la métropole. »
Que le tramway améliore un jour considérablement la vie dans ces quartiers ou non, les personnes qui y travaillent et y vivent ne sont pas satisfaites pour l’instant.
« Ce qui se passe est une catastrophe », a déclaré Yossi Ben Yosef, propriétaire du magasin d’électronique Rami Ron à Jérusalem.
« Ils ont installé des barrières partout, et maintenant, le trottoir est trop étroit pour passer avec une poussette ou en fauteuil roulant. La devanture de mon magasin est recouverte d’une barrière, et j’ai l’impression d’être en prison ici. Les ventes ont chuté d’environ 80 % ces derniers jours, car personne ne peut venir ici. »
Un peu plus loin, Eyal Malka fermait le magasin de tapis que son père avait ouvert il y a 53 ans. Il doit fermer son commerce, situé de l’autre côté de la rue Jaffa, car un tunnel souterrain de 2 kilomètres va être creusé dans la rue où il se trouve actuellement. En contrepartie, il sera indemnisé par la municipalité, même si le montant exact n’a pas encore été fixé.
« Mon père a consacré toute sa vie à ce magasin, et toute cette histoire nuit à sa santé physique et mentale », a déploré Malka.
« Ils nous ont dit que nous devrions déménager dans trois ou quatre mois. Mais c’est une mauvaise blague puisque nous pouvons déjà à peine accéder à ce côté de la rue. »
Pour construire la ligne Bleue du tramway, qui reliera à terme le quartier de Gilo à Ramat Eshkol, la circulation est désormais fermée sur King George (et son prolongement sur Strauss) entre les rues Shmuel Hanagid et HaNeviim. Les voitures et les bus ont été déviés, ce qui ajoute à la confusion générale dans le secteur. La zone reste toutefois accessible en tramway par la rue Jaffa et les passages piétons sont toujours ouverts.
Des employés d’autres commerces ont décrit des scènes de chaos dans les rues, une confusion au niveau des transports publics et une baisse significative de leur chiffre d’affaires.
« C’est vraiment une situation épouvantable ici », a déclaré Mira, une employée du magasin de vêtements Sport Li VeLach.
« Les arrêts de bus ne sont pas clairement indiqués et les gens ont du mal à se déplacer dans les rues. Les gens nous connaissent parce que nous sommes installés ici depuis près de 50 ans, mais nos ventes ont beaucoup baissé. »
La lumière au bout du tunnel ?
Les responsables municipaux affirment que ces changements entraîneront inévitablement des perturbations, mais qu’ils sont nécessaires pour faire avancer le projet de la nouvelle ligne de tramway, qui, selon eux, devrait transporter 250 000 personnes par jour d’ici 2030. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un réseau prévu de trois lignes de tramway (voir la carte) qui constituera l’épine dorsale des plans d’expansion massive de Jérusalem pour les années à venir.
La première ligne, appelée « ligne Rouge », a été inaugurée en 2011 et est un véritable succès, avec plus de 200 000 passagers par jour sur le trajet entre Ein Kerem et Neve Yaakov. Certaines parties de la deuxième ligne, appelée « ligne Verte », devraient être opérationnelles début 2026. Elle reliera le mont Scopus, au nord de la capitale, au quartier de Gilo, au sud. Elle permettra à terme d’accéder facilement aux deux campus de l’université hébraïque, à trois hôpitaux, à des stades et à de nombreux quartiers, selon la municipalité.
La dernière ligne, appelée « ligne Bleue » et longue de 31 kilomètres, devrait être mise en service en 2030. Elle comprendra un tunnel souterrain, un accès à une nouvelle gare ferroviaire d’Israel Railways desservant le centre du pays, ainsi que des voies sur la rue Emek Refaïm, sujet de près d’une vingtaine de protestations et de contestations judiciaires.
Les responsables municipaux affirment être conscients des difficultés rencontrées par les habitants et prendre des mesures pour minimiser les désagréments. Le trafic est surveillé constamment et les inspecteurs sont en contact permanent avec les entreprises afin de réduire au maximum les perturbations, indique la ville. Lorsque des ouvriers découvrent des vestiges archéologiques lors de leurs travaux, des procédures sont mises en place pour les exhumer rapidement, en coopération avec l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), précise la municipalité.
Mais en définitive, les urbanistes de Jérusalem estiment que le réseau de tramway finira par résoudre définitivement les problèmes de circulation dans la plus grande ville du pays.
« D’ici quelques années, Jérusalem sera la première ville à se débarrasser des embouteillages », a une nouvelle fois déclaré le maire, Moshe Lion, en août.
Lion a annoncé en août qu’il prévoyait de mettre en place un péage urbain pour les voitures entrant dans la capitale une fois que le réseau de tramway étendu serait pleinement opérationnel. Ce projet n’est toutefois pas pour demain et ne sera mis en œuvre que lorsque les urbanistes seront convaincus que les infrastructures de transport public fonctionnent de manière optimale, a précisé un porte-parole de la municipalité.
Reconstruire Jérusalem
Pour de nombreux habitants de Jérusalem, King George n’est que la partie émergée de l’iceberg en matière de circulation, alors qu’ils peinent à faire face à une situation où des siècles de prières pour la reconstruction de la Ville Sainte semblent enfin exaucées.
Des immenses bâtiments en cours de construction dans le cadre du projet Jerusalem Gateway, à l’entrée nord-ouest de la ville, aux projets de rénovation urbaine qui semblent être en cours dans pratiquement toutes ses rues, Jérusalem connaît actuellement une frénésie de construction sans précédent qui va considérablement modifier le visage de la capitale israélienne pour les années à venir.
La construction de la ligne Bleue, en plus des travaux sur la rue King George, implique d’importants travaux dans la partie sud de la ville. Sur la rue Emek Refaïm, autrefois l’une des artères les plus branchées de la capitale, la circulation est clairsemée depuis que la mairie a commencé à moderniser les infrastructures en juillet. Désormais à sens unique, la circulation est ralentie en direction du sud, entre la route Beit Lehem et la rue Rachel Imeinu, et en direction du nord, entre le carrefour Oranim et Rachel Imeinu. Comme sur King George, les innombrables engins de chantier et barrières rendent la vie quotidienne et les courses difficiles pour les habitants et les commerçants.
« La construction est devenue impossible, et la situation est encore aggravée par le fait qu’elle dévie la circulation vers les rues secondaires, les coupant ainsi du reste de la ville », a déploré Ben Lipshitz, un habitant du quartier.
« J’ai essayé de commander un taxi l’autre jour, mais le chauffeur a annulé la course parce qu’il ne pouvait pas accéder à la rue. »
Récemment, un vendredi matin, la circulation était relativement fluide sur Emek Refaïm, mais elle est devenue beaucoup plus dense sur Pierre Koenig, après le carrefour Oranim, où des travaux similaires sont en cours.
« La différence, c’est que sur Emek Refaïm, les gens peuvent essayer de contourner les embouteillages en empruntant différentes rues secondaires à l’intérieur des quartiers, qui sont également encombrées », a expliqué un habitant du quartier qui a souhaité garder l’anonymat.
« Mais ici, il n’y a pas d’autre moyen de se rendre à Talpiot, vous n’avez donc pas d’autre choix que de patienter dans les embouteillages. »
Le trajet pour se rendre à l’école peut désormais prendre plus d’une heure, même pour ceux qui habitent à proximité, ce qui cause bien des soucis aux parents et aux enseignants des écoles locales, a fait remarquer ce résident.
Plus à l’est, la route de Hébron fait également l’objet d’importants travaux de construction, en vue de la mise en place de la ligne Bleue. Le complexe de divertissement Tahana HaRishona, situé à l’extrémité nord de la rue, est en cours d’agrandissement afin de créer un nouveau pôle résidentiel, commercial, touristique et de transport qui comprendra des gares ferroviaires et un téléphérique controversé reliant la Vieille Ville au mur Occidental.
Le quartier de Talpiot fait également l’objet d’importants travaux de construction, dans le cadre d’un plan directeur prévoyant la construction d’environ 2 millions de mètres carrés d’espaces résidentiels, commerciaux et publics.
Ajoutez à cela les fréquentes fermetures de la rue Azza, une mesure préventive prise pour protéger la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu contre les manifestants, et les habitants se demandent où tout cela va les mener.
« Je sais que, sur le long terme, ces constructions sont censées être une bonne chose pour la ville », a déclaré Lipshitz.
« Mais pour l’instant, c’est vraiment difficile pour tout le monde. »
Ben Yosef, le propriétaire du magasin d’électronique, est du même avis.
« C’est comme pratiquer une opération chirurgicale pour sauver la vie d’une personne en lui retirant la moelle épinière », a-t-il déclaré.
« Une personne ne peut pas vivre ainsi. C’est ce qu’ils font à tout le monde ici. »
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