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Tsahal va organiser un exercice à grande échelle simulant une frappe sur l’Iran

Au cours du mois que durera « Chariots de feu », l’armée de l’air simulera une attaque contre des installations nucléaires iraniennes, avec davantage de cibles, grâce à l’IA

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Illustration : un jet F-16I sur une base aérienne. (Crédit : Armée israélienne)
Illustration : un jet F-16I sur une base aérienne. (Crédit : Armée israélienne)

Pour la première fois, l’armée de l’air israélienne effectuera un entrainement simulant une frappe à grande échelle sur l’Iran plus tard ce mois-ci, lors de l’exercice « Chariots de feu », a appris le Times of Israël.

Compte tenu des incertitudes entourant le retour de l’Iran à l’accord nucléaire de 2015, dans un contexte de négociations longtemps bloquées avec les États-Unis, l’armée israélienne a redoublé d’efforts en 2021 pour se doter d’un niveau de menace militaire crédible contre les installations nucléaires de Téhéran.

Les manœuvres aériennes à grande échelle, qui intègrent une simulation d’attaque de cibles nucléaires iraniennes, se dérouleront au-dessus de la mer Méditerranée à partir du 29 mai, au cours de la quatrième – et ultime – semaine d’un exercice qui aura duré un mois. L’exercice « Chariots de feu », qui implique la quasi-totalité des unités de Tsahal, s’est centré sur la formation au combat aux frontières nord d’Israël, notamment contre le groupe terroriste Hezbollah soutenu par l’Iran au Liban.

Au début de l’année 2021, le chef d’état-major de Tsahal, Aviv Kohavi, annonçait avoir demandé à l’armée d’élaborer de nouveaux plans d’attaque contre l’Iran. En septembre de la même année, Kohavi déclarait que l’armée avait « considérablement fait progresser » sa préparation contre le programme nucléaire de Téhéran.

Les responsables de la Défense estiment que certains aspects des plans de frappe de l’armée pourraient être prêts d’ici peu, les autres requérant une année de travail supplémentaire avant d’être opérationnels.

Au-delà de l’identification des moyens de frappe contre des installations iraniennes enfouies profondément sous terre, avec des munitions et tactiques spécifiques, l’armée de l’air doit prendre en compte la sophistication croissante des défenses aériennes iraniennes. L’armée de l’air doit également se préparer à des représailles, de la part de l’Iran et de ses alliés dans toute la région.

Un religieux passe devant les missiles Zolfaghar, en haut, et Dezful, exposés par les Gardiens de la Révolution paramilitaires, à la grande mosquée de l’imam Khomeini, à Téhéran, en Iran, le vendredi 7 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

L’exercice à venir devrait également mettre l’accent sur la préparation et la réponse à ces représailles.

Mardi, le ministre de la Défense Benny Gantz a indiqué que « le prix à payer pour relever le défi iranien au niveau mondial ou régional était plus élevé qu’il y a un an, et inférieur à ce qu’il sera dans un an ». Il a assuré qu’il ne faudrait désormais à l’Iran que « quelques semaines » avant de disposer de suffisamment de matières fissiles pour fabriquer une bombe, et que [Téhéran] achevait la production et l’installation d’un millier de centrifugeuses nécessaires à l’enrichissement de l’uranium, dont un certain nombre sur le nouveau site souterrain de l’installation nucléaire de Natanz.

Il est prévu que Gantz s’entretienne avec son homologue américain, Lloyd Austin, jeudi au Pentagone, à Washington. Pendant ce temps, Michael Kurilla, chef du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), est arrivé en Israël mardi pour sa première visite officielle.

Natanz, dans la province centrale d’Ispahan, abrite la principale installation d’enrichissement de l’uranium du pays. (Crédit : AP)

Avec l’IA, Tsahal dispose de davantage de cibles en temps de guerre

Le Times of Israel a également appris que la liste des cibles ennemies de l’armée s’était allongée de 400 % grâce à la mise en œuvre de nouvelles méthodes d’apprentissage automatique et autres capacités informatiques avancées permettant à l’armée d’identifier en permanence de nouvelles cibles, même en temps de guerre.

Tsahal opère principalement en temps de guerre avec une liste de cibles prédéterminées que le renseignement militaire a identifiées, des sites de lancement de roquettes aux quartiers généraux, ainsi que les dirigeants ennemis eux-mêmes. L’armée estime que l’utilisation d’une telle liste permet de limiter les pertes civiles, en frappant précisément les combattants et matériels.

Une unité de renseignement chargée d’identifier des cibles pour les unités de combat, créée il y a environ deux ans, utilise un système d’intelligence artificielle (IA) avancé pour générer de nouvelles cibles et préconiser le meilleur moment pour une attaque.

Au cours de l’exercice « Chariots de feu », cette unité s’est entraînée à fournir à l’armée de l’air et à d’autres unités de combat un flux constant de cibles d’intérêt, même au milieu du chaos des combats.

Des soldats israéliens participent à l’exercice « Chariots de feu » de Tsahal dans le nord d’Israël, en mai 2022. (Crédit : Armée israélienne)

L’armée s’attend à ce que la 162e division blindée soit prête à combattre le long de la frontière nord et à répondre aux manœuvres d’invasion. Selon des études récentes, et contrairement aux combats dans la bande de Gaza, qui ont fortement reposé sur des campagnes aériennes, une guerre au Liban devrait très certainement impliquer une composante terrestre.

Gantz a déjà averti que la liste des cibles d’Israël pour le Liban était « plus longue et plus fournie que celle concernant Gaza ».

Au cours de l’exercice – qui prendra fin le 3 juin – les soldats s’entrainent à réagir à des événements soudains sur plusieurs fronts simultanés, avec un accent particulier sur la défense de la frontière nord, selon Tsahal.

La nouvelle unité d’information génératrice de cibles alimente l’IA avec des quantités très importantes de données que le renseignement militaire intercepte et collecte, à partir d’appels téléphoniques, de SMS, de séquences de caméras de surveillance, d’images satellites et d’une vaste gamme de capteurs.

Explosion dans un bâtiment du quartier résidentiel de Rimal, dans la ville de Gaza, le 20 mai 2021, lors d’un bombardement israélien sur l’enclave contrôlée par le Hamas à la suite de tirs de roquettes. (Crédit : Bachar Taleb/AFP)

Le système émet ensuite des recommandations sur les sites à frapper et le moment le plus opportun pour le faire. Ces recommandations sont ensuite revérifiées par l’IA et un opérateur humain. Pendant les périodes calmes, l’unité travaille à la constitution d’une gigantesque base de données de cibles pour temps de guerre. Et en temps de guerre, elle travaille en étroite collaboration avec l’armée de l’air et d’autres unités de combat pour leur fournir de nouvelles cibles et répondre à des demandes spécifiques.

L’armée a utilisé les services de l’unité pendant la guerre de 2021 dans la bande de Gaza, permettant au renseignement militaire non seulement de neutraliser plusieurs dizaines de terroristes de haut niveau, mais aussi de le faire en limitant le nombre de victimes civiles, comme l’affirment des responsables de la Défense.

Illustration : Un soldat de l’unité de renseignement militaire de Tsahal travaille sur un ordinateur. (Crédit : Armée israélienne)

Depuis qu’elle s’appuie sur l’IA, l’armée est parvenue à augmenter d’environ 400 % le nombre de cibles susceptibles d’être frappées.

Pour coordonner les efforts offensifs de l’armée, sur la base de la base de données des cibles fournie par le renseignement militaire, Tsahal a créé une division chargée de hiérarchiser et autoriser ce type de missions. Depuis sa création en 2019, cette division dirige l’unité d’information qui génère la base de données des cibles et contrôle les plans d’attaque de l’armée, permettant à l’armée de l’air, ainsi qu’à d’autres unités de combat, de frapper des milliers de cibles par jour, en temps de guerre.

Des responsables militaires avaient déclaré pendant la guerre à Gaza, en mai dernier, que la division opérait en synchronisation avec les unités impliquées dans les combats avec un [degré de] « coordination extraordinaire ».

L’exercice « Chariots de feu » est l’exercice le plus ambitieux conduit par l’armée depuis des décennies. Il avait été reporté en mai 2021, avant le déclenchement de la guerre contre les groupes terroristes dans la bande de Gaza.

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