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Ukraine: pas d’issue pour 130 familles juives qui veulent quitter Kherson

Le directeur du centre Hesed de la ville prise par la Russie dit que la moitié de ses travailleurs sociaux ne peuvent plus travailler suite aux pénuries et aux couvre-feux

Une manifestation contre les forces russes à Kherson, en Ukraine, le 9 mars 2022. (Capture d'écran)
Une manifestation contre les forces russes à Kherson, en Ukraine, le 9 mars 2022. (Capture d'écran)

Les conditions ne cessent de se détériorer à Kherson, seule capitale régionale saisie par les forces russes, selon le directeur du centre Hesed qui fournit des services sociaux aux Juifs défavorisés.

« Il y a 160 travailleurs sociaux à Hesed. La moitié d’entre eux ne viennent plus au travail », a fait savoir Alexander Vainer dans la journée de mardi.

« C’est compréhensible. Certains ont peur. Certains ont déjà quitté Kherson. Ceux qui viennent encore travailler ne peuvent assurer tout le travail qui serait nécessaire auprès des personnes âgées. »

Il a ajouté qu’un « couvre-feu strict est en vigueur et vous prenez le risque d’être tué si vous sortez pendant le couvre-feu. Les transports publics ne fonctionnent pas. La ville est très grande et un déplacement peut facilement durer deux heures. »

Vainer note que 300 membres de la communauté juive ont assisté à une récente réunion.

« Les gens étaient très angoissés, très troublés. Ils avaient de nombreuses questions à poser et ils cherchaient des réponses que le rabbin pourrait, pensaient-ils, leur donner », poursuit-il. « Les membres de la communauté prévoient de partir et 130 familles ont d’ores et déjà fait savoir qu’elles étaient prêtes à le faire. Mais tant qu’il y a des combats dans la ville voisine de Mykolayiv, il n’y a malheureusement rien à faire pour mettre toutes ces personnes en sécurité ».

La situation militaire en date du 9 mars 2022. (Crédit : Viewsridge / Wikipedia)

Hesed, un réseau qui apporte des services sociaux aux membres de la communauté juive et qui est soutenu par l’American Joint Distribution Committee (JDC), a été dans l’obligation de fermer 18 de ses bureaux depuis l’invasion russe, même si les personnels ont tenté de continuer à travailler partout où ça a été possible.

Au début du mois, Vainer avait indiqué que le travail continuait à distance. « Ils ont tous leur ordinateur avec eux, ils ont toutes les données des clients, tous les numéros de téléphone nécessaires et ils sont ainsi en mesure de coordonner le travail des intervenants sociaux », avait-il expliqué.

A ce moment-là, seulement 40 travailleurs sociaux avaient cessé de travailler.

Kherson se trouve à un endroit stratégique sur la mer Noire et sur le fleuve Dnieper et la ville a été l’une des premières cibles déterminantes de l’armée russe. Malgré l’occupation russe, les Ukrainiens, pour leur part, continuent à manifester.

Mercredi, Reuters a indiqué que le haut-commandement militaire ukrainien avait annoncé l’arrestation par les soldats russes de plus de 400 personnes qui manifestaient dans la région de Kherson.

Samedi, CNN a cité des résidents de la ville qui ont raconté que les troupes russes ouvraient le feu sur les personnes qui tentaient de quitter la ville.

Vainer déclare que depuis que les Russes ont pris la ville en date du 1er mars, les drapeaux ukrainiens et autres symboles de l’État sont encore autorisés et que le maire est encore à son poste – mais il ajoute que « tout est contrôlé par le nouveau régime. Tout le monde est surveillé pendant la journée. Les habitants ne sont pas frappés ou blessés mais il est manifeste que les Russes veulent nous montrer qui est le maître dorénavant ».

« Cette ville d’environ 300 000 personnes, qui était dotée de tout ce qui était nécessaire n’a plus rien aujourd’hui », a déploré Vainer. « Les banques ne fonctionnent plus, les rayons des épiceries sont vides, les médicaments ont disparu des pharmacies. Même si on a de l’argent, il n’y a absolument plus rien à acheter. »

« Il n’est pas difficile d’imaginer comment les choses vont évoluer d’ici trois jours, quand les gens n’auront plus rien en réserve chez eux. Il y aura alors une crise humanitaire », déplore-t-il. « Je ne vois aucune lumière au bout du tunnel, nous sommes entourés que d’obscurité. Tout est tellement malheureux ».

Un porte-parole de l’organisation JDC a estimé que le fait que la moitié des travailleurs sociaux de Kherson travaillait encore sur le terrain « souligne le dévouement à l’égard des personnes âgées qu’ils servent, ainsi que leur courage. C’est absolument incroyable ».

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