Ukraine : un comédien juif favori face à l’impopulaire président
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Ukraine : un comédien juif favori face à l’impopulaire président

Le candidat à la présidence Volodymyr Zelenski a fait carrière sur scène et à l'écran , dans des shows humoristiques et des films populaires en Ukraine mais aussi en Russie

Le comédien ukrainien et candidat à la présidentielle Volodymyr Zelensky, au centre, et son épouse Olga avec des membres de son équipe de campagne pendant uin débat électoral au stade olympique de Kiev, le 19 avril 2019 (Crédit : Sergei SUPINSKY / AFP)
Le comédien ukrainien et candidat à la présidentielle Volodymyr Zelensky, au centre, et son épouse Olga avec des membres de son équipe de campagne pendant uin débat électoral au stade olympique de Kiev, le 19 avril 2019 (Crédit : Sergei SUPINSKY / AFP)

Le second tour de l’élection présidentielle en Ukraine oppose ce dimanche le comédien Volodymyr Zelensky, novice en politique, à Petro Porochenko, homme d’affaires élu à la tête de l’Etat à la suite du mouvement du Maïdan de 2014.

Zelensky, le « clown » aux portes de la présidence

La scène était encore inimaginable pour bien des Ukrainiens il y a encore trois semaines : Volodymyr Zelensky, comédien surtout connu pour ses spectacles de stand up, montant les marches de l’Elysée pour discuter avec le président français Emmanuel Macron de la guerre qui ravage son pays.

Avec plus de 30 % au premier tour et certains sondages qui lui donnent plus de 70 % au second dimanche, il apparaît comme le grand favori.

Volodymyr Zelensky a déjà été président… à l’écran, dans la série télévisée « Serviteur du peuple ». Il y incarne un professeur d’histoire arrivé subitement à la tête de l’Etat.

A 41 ans, ce comédien, humoriste et entrepreneur prospère du spectacle a profité du mécontentement des Ukrainiens à l’égard de leurs élites, jugées corrompues et inefficaces.

Ses partisans estiment qu’il apporte une bouffée d’air frais dans la politique ukrainienne, tandis que ses détracteurs dénoncent un programme flou et un manque d’expérience dangereux pour un pays en guerre.

Face à ces critiques, il s’est entouré de conseillers réformateurs et a assuré vouloir maintenir le cap pro-occidental de son pays tout en menant des négociations avec la Russie, impliquant les Etats-Unis, pour régler le conflit.

Il est également accusé d’être une marionnette de l’oligarque Igor Kolomoïski, ennemi du président Petro Porochenko, ce que le comédien dément.

L’acteur, showman et candidat à la présidentielle ukrainien Volodymyr Zelensky, au centre, sur la scène avec le groupe de comédiens qui l’accompagne dans la petite ville de Bovary, près de Kiev, le 29 mars 2019. (Crédit : (Genya Savilov/AFP)

M. Zelensky a évité les meetings électoraux, limitant les contacts avec les électeurs aux spectacles de stand up de sa troupe Kvartal 95. Il s’exprime dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux plutôt qu’à la télévision ou dans la presse.

Père de deux enfants et diplômé en droit, il est originaire de la ville industrielle de Kryvy Rig, dans le centre de l’Ukraine. Mais c’est sur scène et à l’écran qu’il a fait carrière, dans des shows humoristiques et des films populaires en Ukraine mais aussi en Russie.

Annonçant la couleur d’une campagne spectacle, son annonce de candidature a été diffusée la nuit du Nouvel an par une chaîne privée à la place des voeux du président Porochenko.

« Quand j’ai annoncé que je briguais la présidence, on m’a qualifié de clown. Je suis clown et j’en suis très fier », déclarait-il en début de campagne.

D’ascendance juive, ce russophone a indiqué considérer la religion comme une affaire privée.

Porochenko, roi du chocolat

Riche homme d’affaires ayant fait fortune dans la confiserie, Petro Porochenko a été élu président en 2014 après la fuite en Russie de son prédécesseur. Il promettait alors de terrasser la corruption omniprésente et de mettre rapidement fin au conflit armé qui venait d’éclater dans l’est.

Le président ukrainien et candidat à la présidentielle Petro Poroshenko salue ses partisans durant un débat électoral au stade olympique de Kiev, le 19 avril 2019. (Crédit :Sergei SUPINSKY / AFP)

Cinq ans après, son retard abyssal au premier tour et dans les sondages du second ressemble à un échec cinglant.

Confronté à une crise sans précédent en près de trois décennies d’indépendance, avec l’annexion de la Crimée, un conflit armé et des tensions extrêmes avec Moscou, il peut se targuer d’avoir réussi à renforcer les liens de l’Ukraine avec les Occidentaux et lancé de vastes réformes notamment dans les secteurs énergétique et bancaire.

Peu ont cependant été menées à leur terme, notamment en termes de modernisation de la justice et de lutte contre la corruption, un mal qui ronge le pays.

Surtout, son pays reste en proie à une guerre qui a fait près de 13 000 morts et les accords de paix de Minsk, signés en 2015, demeurent inappliqués.

L’un des hommes les plus riches d’Ukraine avant son élection, il a perdu en 2015 son statut de milliardaire en dollars selon le magazine américain Forbes.

Ce père de quatre enfants, âgé de 53 ans, est entré en politique comme député en 1998. Originaire d’une région russophone, il est l’un des fondateurs du parti prorusse de M. Ianoukovitch en 2010.

Après avoir changé de camp dans les années suivantes en adoptant des vues pro-occidentales, il a été un temps l’allié de Ioulia Timochenko lors de la Révolution orange de 2004-2005.

Fidèle de long date d’une Eglise orthodoxe relevant du Patriarcat de Moscou, M. Porochenko a oeuvré à la création en Ukraine d’une Eglise orthodoxe indépendante de la tutelle religieuse de Moscou.

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