Un élu du Likud suscite un tollé en affirmant que Gantz est « autiste »
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Un élu du Likud suscite un tollé en affirmant que Gantz est « autiste »

Yair Lapid et Stav Shaffir, touchés de près dans leur famille par ce handicap, ont répondu au président de la coalition, David Amsalem

Le député du Likud David Amsalem préside une commission des Affaires intérieures de la Knesset le 21 novembre 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député du Likud David Amsalem préside une commission des Affaires intérieures de la Knesset le 21 novembre 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les sous-entendus portant sur un éventuel autisme du dirigeant du parti Hossen LeYisrael Benny Gantz ont suscité la colère de deux personnalités politiques comptant des autistes dans leur famille, ainsi que celle d’un groupe de défense des personnes autistes.

Dimanche, lors d’un entretien accordé à Radio Darom qui émet dans le sud du pays, le député du Likud David Amsalem a répété un argument de campagne prisé par son parti en accusant l’ancien chef d’état-major d’avoir dépensé 600 000 shekels (150 000 euros environ) de fonds publics pour sa fête d’adieu de l’armée en 2015.

« Lorsqu’il a quitté l’armée israélienne, il s’est organisé une fête à 600 000 shekels en utilisant l’argent public. Je me suis dit que si le Premier ministre [Benjamin Netanyahu] avait fait ça avec 6 000 shekels, je suppose que [les enquêteurs] se seraient penchés dessus, tout comme le procureur-général, » a accusé Amsalem.

Netanyahu fait l’objet de trois enquêtes pour corruption. Certains de ses soutiens – et notamment Amsalem – ont affirmé que ces investigations relevaient d’un complot ourdi pour le chasser du pouvoir.

Le journaliste de la radio a ensuite confronté le député à ses propres accusations, notant que le chef d’état-major n’organise pas personnellement sa cérémonie d’adieu et qu’il se trouve donc dans l’incapacité d’en connaître le coût.

L’ancien chef d’état-major d’Israël Benny Gantz (C) passe parmi ses militants lors d’un rassemblement de campagne après avoir prononcé son premier discours à Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Jack Guez/AFP)

« Regardez où vous nous amenez, » rétorqua Amsalem, semblant admettre l’argument avancé mais répétant que Gantz aurait dû s’enquérir du prix de la cérémonie. « C’est comme si le chef d’état-major était une sorte d’autiste qui ne se sentait pas concerné, qui ne comprenait pas. »

Ces propos ont provoqué l’écœurement d’Alut, la Société israélienne pour les enfants et adultes autistes, qui a jugé « triste et décevant qu’un élu de longue date se permette d’employer le mot ‘autiste’ de façon péjorative, insultant ainsi une grande population d’enfants et d’adultes autistes ainsi que leurs familles. Alut s’efforce depuis des années de sensibiliser le pays à l’autisme et parvient à réaliser des choses. Apparemment, notre travail n’est pas terminé. »

Les opposants politiques d’Amsalem se sont montrés moins circonspects.

Père d’une fille autiste, Yair Lapid, le dirigeant de Yesh Atid, a fait part de sa colère sur Facebook, interpellant Amsalem : « Ne me cherchez pas. »

« Pour lui, être ma fille est une malédiction, » a-t-il ajouté, « car dans le monde d’Amsalem, tout doit se faire aux dépens des faibles. »

« Benny Gantz n’est pas autiste, M. Amsalem, » a-t-il poursuivi. « On n’est pas obligé d’arrêter la voiture sur le côté de la route parce qu’il est victime d’une crise et qu’il mord sa mère. Il ne prend pas la nourriture sur d’autres tables au restaurant. Il n’a pas besoin d’une anesthésie générale lorsqu’il est chez le dentiste. Ses parents ne passent pas des nuits blanches à s’inquiéter de savoir qui s’occupera de lui quand ils seront plus vieux. »

« Je suis un homme politique, je suis censé rester poli. Pas cette fois. Ne me cherche pas, Dudi. Parle correctement de ma fille. »

La députée travailliste Stav Shaffir, dont la sœur est également autiste, a houspillé Amsalem et accusé le gouvernement dominé par le Likud de négliger les personnes en situation de handicap.

La députée Stav Shaffir de l’Union sioniste (Flash90)

« Je vous souhaite de ne jamais avoir à être confronté de près à l’autisme, » s’est-elle émue sur Facebook, « et de ne pas faire l’expérience du traitement misérable des personnes dans le besoin par ce gouvernement – dont vous êtes membre. Je ne souhaite ça à personne, même pas à mon pire ennemi. Mais il s’agit de notre vie. Vous êtes déjà une risée en tant que député, ne vous servez pas de nos proches comme d’une malédiction. »

Après le tollé, Amsalem s’est fendu d’un communiqué vilipendant Lapid et s’excusant si ses mots avaient heurté – sans pour autant s’excuser entièrement pour ses propos.

« Comme d’habitude, Yair Lapid verse dans le cynisme. Je ne voulais pas insulter sa fille, et certainement pas les personnes souffrant de handicap. M. Lapid, puisque vous l’ignorez, nous sommes confrontés depuis plusieurs années, avec un grand désarroi, au genre de faits que vous décrivez avec ma petite sœur, ce n’était donc clairement pas mon intention. »

Il a ensuite ajouté que « cela me peine que vous essayiez de gratter quelques votes en tirant profit d’un problème sensible et douloureux. Quoi qu’il en soit, si mes mots ont blessé quelqu’un, je m’en excuse du plus profond de mon cœur. »

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