Un Israélien raconte comment la Covid lui a pris sa mère et toute son énergie
Rechercher

Un Israélien raconte comment la Covid lui a pris sa mère et toute son énergie

Shlomi Tova pensait en avoir fini avec la maladie en quittant le service COVID où il était hospitalisé, où les "adultes pleurent comme des bébés", mais les séquelles demeurent

Shlomi Tova avec une infirmière dans un hôpital de Galilée. (Crédit : Shlomi Tova)
Shlomi Tova avec une infirmière dans un hôpital de Galilée. (Crédit : Shlomi Tova)

Plus d’un mois s’est écoulé depuis qu’il a quitté le service COVID où il était pris en charge, mais Shlomi Tova, 46 ans, dort toujours avec une bonbonne d’oxygène et lutte contre « une fatigue indescriptible ».

Il fait partie des nombreux patients qui ont été testés négatifs et ont donc pu quitter l’hôpital une fois leur état de santé stabilisé, mais dont le corps réagit par une forme de contrecoup médical.

Tova était un homme en bonne santé, ingénieur en informatique en télétravail et père de deux enfants impliqué avant d’être contaminé par le coronavirus, probablement par le biais de sa mère Miriam. Ils se sont retrouvés dans deux chambres mitoyennes d’un hôpital de Galilée. Mais s’il a pu rentrer chez lui, Miriam, elle, a succombé à la COVID.

Tova, qui fait le deuil de sa mère, doit également gérer le fait que dans les décomptes officiels, il est considéré comme « guéri », alors que dans les faits, il n’en a pas fini avec la maladie. « Je dors toujours avec une bonbonne d’oxygène et l’épuisement en journée est indescriptible », a-t-il confié au Times of Israël.

Miriam, la mère de Shlomi Tova avec ses petits enfants. Miriam a succombé au coronavirus. (Crédit : Shlomi Tova)

« J’ai du mal à me lever le matin et au bout d’une heure, j’ai juste envie de me recoucher. Monter un étage est un défi, et même aller chercher quelque chose dans le frigo est compliqué. J’ai toujours cuisiné à la maison, et maintenant ma famille doit tout faire. »

Tova, un photographe passionné qui est l’un des rares patients à avoir pu prendre des photos de qualité au sein d’un service COVID, nous a accordé une interview pour parler de sa maladie, du deuil, de l’écrasante solitude dans l’unité COVID, où les « adultes pleurent comme des bébés ».

Aujourd’hui, celui dont la passion est de photographier des oiseaux et autres animaux en pleine nature quitte à peine sa maison de Karmiel, en Galilée. Il est sorti pour se recueillir sur la tombe de sa mère. Il était encore hospitalisé au moment du décès et n’a pas pu assister à l’enterrement. Sa femme et ses enfants, de 11 et 16 ans, l’aident au quotidien. Il a fini par accepter la COVID comme une affection de longue durée. « Les médecins me disent que c’est une question de mois, pas de semaines. Alors je suis prêt », a-t-il dit.

Si certains patients guérissent rapidement du coronavirus, d’autres font état de séquelles en Israël et dans le monde entier. Les systèmes de santé ouvrent désormais des centres de soin spécifiquement destinés à traiter ces séquelles.

Au centre de soins du centre médical Hadassah à Jérusalem, les médecins observent toute une variété de symptômes, des troubles respiratoires aux problèmes psychologiques. « Chaque jour, ce virus nous surprend un peu plus », a déclaré Neville Berkman, chef du centre de soin, dans un récent podcast.

« Tous les jours, nous voyons des patients que nous envoyons chez le cardiologue », a-t-il dit. « Nous voyons des patients que nous envoyons chez le neurologue. Il y a de nombreux troubles liés au sommeil, à l’humeur et à la mémoire. »

Un soignant ausculte un patient. (Crédit : Prostock-Studio via iStock by Getty Images)

On ignore encore beaucoup de choses sur les séquelles, par exemple pourquoi elles touchent certains et pas d’autres, et quelles en sont exactement les sources. « Nous ne savons pas si la réaction est une aberration ou une réaction immunitaire trop active », a dit Berkman.

Tova estime que son expérience du coronavirus, et particulièrement la durée de ses problèmes de santé, remet en question les hypothèses les plus classiques émises par les jeunes, qui disent ne pas craindre le virus, car ils sont assurés de se remettre rapidement.

« Les gens ne se rendent pas compte de ce que peut faire ce virus », a-t-il déploré. « Je suis inquiet pour tout le monde. J’étais à l’hôpital pendant [les fêtes] et j’ai vu des vidéos aux infos sur les gens qui se réunissaient, priaient ensemble et même allaient à des mariages, enfreignant les mesures instaurées pour endiguer le virus. »

« Depuis ma chambre d’hôpital, ces gens-là avaient l’air de fous. Ils ne mesurent pas [l’intensité] de la maladie. »

Il est tombé malade vers Rosh HaShana. « Je pense que ma mère m’a contaminé », a-t-il indiqué. « J’ai passé Shabbat avec elle et les symptômes ont commencé cinq jours après… la fièvre, la toux, l’agueusie. Je me suis isolé dans ma chambre, ma famille m’amenait à manger. »

« Trois jours après avoir été contaminé, j’étais dans la douche et j’ai eu du mal à respirer. Au bout de dix minutes, j’ai appelé mon médecin de famille, et en quelques minutes, j’ai été hospitalisé. Ma mère était déjà hospitalisée à Nahariya, donc j’ai demandé à aller là-bas. »

Le personnel de l’unité Covid d’un hôpital de Galilée. (Crédit : Shlomi Tova)

Il a rapidement senti que le profil des patients était différent de ce qu’il avait imaginé. Il s’est retrouvé entouré de patients qui, comme lui, étaient jeunes et en bonne santé jusqu’à ce qu’ils attrapent le virus. « Quand j’étais en soins intensifs, il y avait des personnes qui ne présentaient aucune comorbidité », a-t-il dit. « Personne ne sait pourquoi certains réagissent plus mal que d’autres. Je suis un peu en surpoids, mais nous n’en savons rien. Il y a tant d’inconnues. »

Ses poumons gravement infectés, il a reçu des médicaments et du plasma et a été relié à une machine pour pouvoir respirer, mais ce n’était pas un respirateur. « Nous étions hospitalisés dans des chambres mitoyennes et au bout de quelques jours, ils m’ont débranché et m’ont dit d’aller voir ma mère. »

« Je l’ai vu et je suis retourné dans ma chambre. Le lendemain, le docteur est venu me dire qu’elle était décédée. »

Même avec ses symptômes et le chagrin, l’un des aspects les plus difficiles de l’hospitalisation était la solitude. Il s’est retrouvé dans une unité de gens isolés, où seul le personnel soignant est autorisé à rentrer, et pour une durée limitée.

« L’aspect médical, c’est la moitié de la difficulté, l’autre moitié c’est la solitude », a-t-il confié. « C’est fixer les murs et ne pas pouvoir voir sa famille. Je n’arrive pas vraiment à expliquer ce que ça fait. »

« Quand les soignants venaient et me parlaient quelques minutes, je me sentais mieux, mieux qu’après avoir reçu des médicaments. Et avec cela, j’avais des vidéos à regarder, je pouvais passer des appels WhatsApp à ma famille. Je ne peux pas vous décrire ce que j’ai ressenti quand j’ai fini par sortir et voir le soleil. »

Le bureau des infirmières vide dans l’unité Covid d’un hôpital de Galilée. (Crédit : Shlomi Tova)

« Ce que je veux faire passer comme message, c’est que passer trois semaines sans vrais liens avec le monde extérieur est une expérience indescriptible. Cela fait aussi mal que la maladie. Les gens pensent que cela ne leur arrivera pas, mais je peux vous dire que si, et quand les gens entrent dans ces chambres d’isolement, les adultes pleurent comme des bébés. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...