Une Israélienne et un Palestinien tentent d’améliorer le transfert des patients
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Une Israélienne et un Palestinien tentent d’améliorer le transfert des patients

Une nouvelle application vise à éviter la perte de renseignements de santé cruciaux lors du transfert en ambulance de patients palestiniens en Israël

Les participants font preuve de créativité sur leur ordinateur portable lors d'un séminaire à Tech2Peace, septembre 2020 (Micha Silverman)
Les participants font preuve de créativité sur leur ordinateur portable lors d'un séminaire à Tech2Peace, septembre 2020 (Micha Silverman)

Yaara, auxiliaire médicale juive de 22 ans de Giv’at Ada, en Israël, et Zafer, médecin généraliste palestinien de 25 ans de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, collaborent sur une application destinée à aider le personnel médical à mieux communiquer lors du transfert de patients palestiniens de Cisjordanie vers Israël. Leur idée a remporté le premier prix d’un concours sponsorisé par Google.

Actuellement, les patients palestiniens devant être traités en Israël sont transférés en ambulance aux postes de contrôle israéliens, d’où une autre ambulance les emmène dans les hôpitaux israéliens.

Lors de ces transferts, la communication entre les parties est souvent défaillante, et l’un des principaux problèmes est le manque d’échange d’informations claires entre les deux ambulances.

Ces délais et cette mauvaise communication peuvent être catastrophiques, en particulier pour les patients dans un état critique ou qui ont besoin de soins médicaux urgents, souligne Zafer.

Photo d’illustration d’une ambulance à l’intersection d’Etzion, en Cisjordanie. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

« Pendant le temps de transfert des patients, beaucoup de choses peuvent changer concernant leur état de santé, surtout s’il n’est pas stable », indique Zafer. « Souvent, des problèmes surviennent. Les délais et une mauvaise communication peuvent conduire à la mort. »

En tant qu’ambulancière ayant travaillé en Cisjordanie, Yaara a constaté de ses propres yeux de nombreux problèmes de communication. Les rapports initiaux contiennent parfois des informations trompeuses ou complètement incorrectes sur la situation du patient, a-t-elle dit, ce qui signifie qu’elle peut arriver sur les lieux sans être préparée à administrer le traitement nécessaire.

« Les conséquences d’un tel problème peuvent être dévastatrices », rappelle Zafer, et une plus grande coopération entre les parties des deux côtés de la frontière permettrait de résoudre ce problème.

C’est ce que Zafer et Yaara ont entrepris de faire avec leur application, judicieusement nommée « Soin et transfert ».

Disponible sur les smartphones et les ordinateurs des hôpitaux, l’application permettrait au personnel médical d’entretenir une ligne de communication directe pour échanger des informations sur le passé médical ou l’état actuel d’un patient.

Si l’application est principalement axée sur les transferts médicaux, elle pourrait plus tard garantir en général une meilleure communication entre des éléments en mouvement.

« Nous voulons améliorer la coopération entre les deux systèmes de santé », explique Yaara. « Aujourd’hui, il n’y a aucun moyen technique pour transmettre des informations entre les deux parties – hormis le téléphone et le fax. Il n’y a pas de site web où l’on peut télécharger des informations, comme d’un hôpital palestinien vers un hôpital israélien. [L’application] rendra le processus beaucoup plus aisé et rapide. »

L’espoir est que l’application réduise les temps d’attente et les erreurs et améliore la communication en général, dans le but de faire tomber les barrières israéliennes et palestiniennes dans le monde médical.

Davantage de dialogue et de coopération pourrait bien faire la différence dans la vie de quelqu’un, ont déclaré Yaara et Zafer dans une interview téléphonique accordée au Times of Israël.

Les deux soignants se sont rencontrés le mois dernier à l’occasion de l’initiative Tech2Peace, une série de séminaires sur 12 jours consacrés à la technologie et la consolidation de la paix destinés aux Palestiniens et aux Israéliens. Les séminaires se sont déroulés à Jisr az-Zarqa, une ville côtière entre Tel Aviv et Haïfa, où les participants ont été hébergés dans des maisons d’hôtes. Le programme comprenait des ateliers sur les applications mobiles, la programmation, la conception graphique et la résolution du conflit israélo-palestinien.

Tech2Peace est axé sur la création de relations solides entre les jeunes Palestiniens et Israéliens et comprend un apprentissage collaboratif dans le secteur de la technologie.

Yaara et Zafer ont tous deux été informés de l’existence de Tech2Peace par des publicités sur Facebook. Intrigués par la possibilité d’entrer en contact avec des personnes de « l’autre côté » et de briser les barrières discursives qui séparent souvent les Israéliens et les Palestiniens, ils ont tous deux soumis leur candidature et ont été acceptés.

Vivre et penser ensemble

Tous les participants à Tech2Peace ont cohabité pendant les 12 jours. Pour Zafer, cela a permis de nouer de véritables amitiés.

Zafer et Yaara se sont liés d’amitié au cours d’un « séminaire de dialogue », un travail en groupe où les participants peuvent en apprendre davantage sur les antécédents de chacun. Leur travail mutuel dans le secteur médical a renforcé le lien.

Yaara a déclaré que son aspect préféré de Tech2Peace avait été le dialogue autour du conflit israélo-palestinien et la façon dont les participants ont pu exprimer leurs points de vue à travers leurs émotions.

Yaara a eu l’idée de l’application et a travaillé avec Zafer et trois autres personnes pour développer l’idée. À la fin du programme, les différentes équipes participantes ont présenté leurs créations aux juges de Google for Startups, le programme du géant de la technologie visant à aider les entrepreneurs en herbe.

L’idée du duo israélo-palestinien a remporté la première place du concours, laquelle leur a permis de rencontrer des mentors et a ouvert la voie à des connexions dans les secteurs des technologies et des start-ups, ainsi qu’avec des investisseurs.

En ce moment, Yaara et Zafer, qui ont préféré ne pas utiliser leurs noms de famille, sont encore dans la phase de recherche, qui vise à déterminer les étapes exactes entre le moment où un médecin décide qu’un patient doit être transféré en Israël et celui où une ambulance palestinienne confie ce patient à une ambulance israélienne. Beaucoup d’éléments mobiles sont en jeu, impliquant des services hospitaliers, des autorisations gouvernementales et la communication entre les ambulances.

Le duo envisage également de participer à d’autres accélérateurs et espère affiner son idée.

Malgré les difficultés du travail à distance – dû à la pandémie et à la division entre Israël et la Cisjordanie – qui les empêche de se rencontrer, Yaara dit qu’elle ressent un lien naturel en travaillant avec Zafer.

« C’est une start-up de communication, et le plus gros problème dans ce conflit est la communication – pas seulement dans le monde médical », indique Yaara. « Donc, pour nous, c’est seulement une façon d’aider un peu dans le domaine médical, mais nous savons que ce n’est qu’un exemple de quelque chose de plus grand. »

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