Une jarre contenant des crapauds découverte dans un tombeau cananéen vieux de 4 000 ans
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La collation de l'au-delà

Une jarre contenant des crapauds découverte dans un tombeau cananéen vieux de 4 000 ans

Des fouilles réalisées aux abords du zoo biblique de Jérusalem mettent en lumière de nouveaux rites funéraires, avec des restes inattendus de grenouilles décapitées et des pollens non-locaux de myrte et de dattes

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

David Tanami, archéologue de l'Autorité israélienne des Antiquités, s'active autour de l'ouverture étroite d'une tombe pour en sortir une jarre sur un site funéraire cananéen aux abords du zoo biblique de Jérusalem (Crédit : Shua Kisilevitz, Autorité israélienne des antiquités)
David Tanami, archéologue de l'Autorité israélienne des Antiquités, s'active autour de l'ouverture étroite d'une tombe pour en sortir une jarre sur un site funéraire cananéen aux abords du zoo biblique de Jérusalem (Crédit : Shua Kisilevitz, Autorité israélienne des antiquités)

Du « matériel d’enterrement » cananéen d’il y a 4 000 ans a été trouvé à Jérusalem, avec notamment une collation de l’au-delà constituée de neuf crapauds décapités. Découvert lors d’une fouille sauvage réalisée à proximité du zoo biblique de Jérusalem, un ensemble de bocaux intacts et leurs contenus ont permis de jeter une nouvelle lumière sur les rites funéraires de la période du Bronze moyen – et d’avoir un aperçu sur une ancienne recette à base de crapauds.

La co-directrice des fouilles, l’archéologue Shua Kisilevitz de l’Autorité israélienne des Antiquités, a déclaré lundi au Times of Israël que si les offrandes de nourriture lors des cérémonies d’inhumation étaient typiques à l’âge de Bronze, « trouver des crapauds est très inhabituel. « Pour autant que je sache, le seul autre endroit en Israël où des crapauds ont été trouvés était à Wadi Ara, et ce qui avait été découvert datait de la fin de l’âge de Bronze ».

Des jarres avec les restes de crapauds trouvées sur un site d'inhumation cananéen à proximité du zoo biblique de Jérusalem (Crédit : Zohar Turgeman-Yaffe, Autorité israélienne des antiquités)
Des jarres avec les restes de crapauds trouvées sur un site d’inhumation cananéen à proximité du zoo biblique de Jérusalem (Crédit : Zohar Turgeman-Yaffe, Autorité israélienne des antiquités)

Généralement, dit-elle, les archéologues découvrent des récipients entiers remplis d’une nourriture dont, selon les croyances, le défunt pouvait avoir besoin pour entrer dans l’au-delà. La découverte rare de ces ossements de crapauds, trouvés dans une jarre placée dans l’une des 67 tombes creusées dans des puits artificiels funéraires appartenant à ce cimetière de l’âge de Bronze moyen, situé entre le zoo et un centre commercial avoisinant, indique qu’ils faisaient partie du régime des habitants locaux.

« Nous comprenons que ces crapauds entraient dans le cadre des produits que ces gens consommaient lorsqu’ils étaient vivants », dit-elle.

Concernant la raison de la décapitation de ces crapauds, Kisilevitz explique que l’une des possibilités est la pratique sud-américaine consistant à couper la tête et la langue de l’amphibien afin de pouvoir ôter facilement sa peau, qui est toxique.

Les crapauds ne sont pas les seules créatures à avoir été découvertes dans des sites d’enterrement correspondant à l’âge de Bronze moyen. Selon un article écrit par l’historienne et spécialiste du Proche orient Graciela N. Gestoso Singer, « l’Age de Bronze moyen : Coutumes d’inhumation et tombes à Canaan », des ossements de mouton, de chèvre, de boeuf et même de gazelle ont été retrouvés comme offrandes alimentaires dans les cimetières.

De plus, « l’une des caractéristiques les plus inhabituelles et les plus intéressantes des pratiques de funérailles à l’âge de Bronze moyen est la présence occasionnelle d’ossements de chevaux dans les tombes… Ces ossements équins ont parfois semblé avoir été l’objet eux-mêmes d’un cérémonial d’enterrement ».

Une « trouvaille heureuse »

La découverte du puits funéraire en 2014 a été une « trouvaille heureuse », a indiqué Kisilevitz. Elle a été mise à jour lors d’une fouille sauvage en amont d’un projet d’expansion d’un quartier de Jérusalem.

« Pour un archéologue, trouver des tombes qui ont été intentionnellement scellées dans l’antiquité est un trésor inestimable, parce qu’elles sont une capsule de temps qui nous permet de rencontrer des objets qui sont presque tels qu’ils ont été laissés à l’origine », ont déclaré Kisilevitz et le-directeur des fouilles Zohar Turgeman-Yaffe dans un communiqué de presse de l’IAA.

« Cette section du bassin de Nahal Rephaim a été un terrain fertile pour les implantations humaines à travers le temps, en particulier durant la période cananéenne. Au cours de ces dernières années, les fouilles dans le secteur ont permis de trouver deux sites d’implantation, deux temples et un certain nombre de cimetières qui offrent un nouvel aperçu de la vie de la population locale à ce moment-là », établit le communiqué.

Les cimetières cananéens peuvent se trouver dans d’autres parties élevées de Jérusalem également, dit Kisilevitz, notamment dans les quartiers de Gilo et de Givat Masua.

Alors que l’équipe nettoyait les débris d’excavations qui ont mené, en 1991, à la découverte de deux tombes, durant une première phase de construction, elle a vu la pierre circulaire qui venait sceller l’ouverture de 40 centimètres de diamètre du puits funéraire.

Un chien regarde David Tanami, archéologue de l'Autorité israélienne des Antiquités, s'activer autour de l'ouverture étroite d'une tombe pour en sortir une jarre sur un site funéraire cananéen aux abords du zoo biblique de Jérusalem (Crédit : Shua Kisilevitz, Autorité israélienne des antiquités)
Un chien regarde David Tanami, archéologue de l’Autorité israélienne des Antiquités, s’activer autour de l’ouverture étroite d’une tombe pour en sortir une jarre sur un site funéraire cananéen aux abords du zoo biblique de Jérusalem (Crédit : Shua Kisilevitz, Autorité israélienne des antiquités)

En la descellant, l’équipe a découvert un puits de 1 mètre à 1,5 mètre de long creusé dans le calcaire, qui menait à une petite grotte artificielle d’approximativement 1,2 mètre de diamètre et d’une hauteur d’environ 80 centimètres, raconte-t-elle. A l’intérieur, il n’y avait qu’une petite partie de squelette, qui semblait avoir été disposé en position foetale, le crâne appuyé sur un appui-tête.

« Ce qui est intéressant, c’est de savoir comment ils ont fait pour faire entrer le corps ? », se demande Kisilevitz. Elle explique que les mesures étroites du puits funéraire ne permettent que de faire entrer une personne à la fois, souvent la tête la première, tandis que les autres tenaient les jambes de l’archéologue pour l’aider à en sortir.

Alex Wigman, archéologue de l'Autorité israélienne des antiquités, montre une jarre sortie d'une tombe cananéenne à Jérusalem (Crédit : Shua Kisilevitz, Autorité israélienne des antiquités)
Alex Wigman, archéologue de l’Autorité israélienne des antiquités, montre une jarre sortie d’une tombe cananéenne à Jérusalem (Crédit : Shua Kisilevitz, Autorité israélienne des antiquités)

En plus de la jarre contenant des crapauds, d’autres récipients intacts en poterie ont été sortis, dans lesquelles ont été découverts des pollens de dattiers et de ronces de myrte, qui ne sont pas de Jérusalem. La myrte, explique Kisilevitz, vient du nord tandis que les dattes peuvent se trouver dans des régions comme la vallée du Jourdain. »Ils devaient avoir été plantés », ajoute-t-elle, ce qui a mené les archéologues à se demander si ces plantes avaient joué un rôle dans le processus global des rites d’inhumation.

Les nouvelles technologies ont permis d’aboutir à l’analyse récemment terminée de ces pollens. Cette dernière a été réalisée par le docteur Dafna Langgut de l’Institut d’archéologie de Tel Aviv et du musée Steinhardt d’histoire naturelle, tandis que les ossements de crapauds ont été placés entre les mains du docteur Lior Weisbrod de l’Institut d’archéologie Zinman de l’université de Haïfa. Les recherches des spécialistes seront présentées lors d’une conférence organisée le 18 octobre à l’université hébraïque de Jérusalem, appelée « nouvelles études archéologiques de Jérusalem et de sa région », qui sera ouverte au public.

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