Une poignée de mains, certes, mais Obama ne relance pas les pourparlers
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Analyse

Une poignée de mains, certes, mais Obama ne relance pas les pourparlers

Malgré des allusions peu subtiles envers Netanyahu, Obama est rentré chez lui sans parvenir à rapprocher Jérusalem et à Ramallah

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président américain Barack Obama, au centre, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le président Reuven Rivlin, à gauche, lors des funérailles de l'ancien président israélien Shimon Peres au cimetière du mont Herzl à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Ronen Zvulun/AFP)
Le président américain Barack Obama, au centre, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le président Reuven Rivlin, à gauche, lors des funérailles de l'ancien président israélien Shimon Peres au cimetière du mont Herzl à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Ronen Zvulun/AFP)

Lors de leur réunion impromptue à l’enterrement de Shimon Peres, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a déclaré au Premier ministre Benjamin Netanyahu que beaucoup de temps s’était écoulé depuis leur dernière rencontre. En effet, la dernière réunion qui s’est tenue entre les deux dirigeants, et qui dépassait la simple poignée de main (comme lors de la célèbre photo à la conférence sur le climat de Paris en novembre dernier) a eu lieu il y a plus de cinq ans.

« Je suis très heureuse. J’ai hâte de vous recevoir chez nous », s’est réjouie la femme du Premier ministre, Sara, auprès de son invité venu de Ramallah avant d’ajouter : « Nous vous attendons. »

La poignée de main Abbas-Netanyahou a provoqué de nombreuses réactions. Fédérica Mogherini, la tsar de la politique étrangère de l’Union européenne, a, par exemple, posté une vidéo de 20 secondes à propos de cette rencontre sur son compte Twitter, ajoutant : « il y a encore de l’espoir pour la paix ».

Mais étant donné le climat actuel, la prochaine rencontre entre Netanyahu et Abbas ne devrait pas avoir lieu avant longtemps.

Malgré la poignée de main cordiale entre les deux hommes, et malgré les vigoureuses exhortations d’Amos Oz, le romancier le plus célèbre d’Israël, et les allusions peu subtiles du président américain Barack Obama, les funérailles de vendredi n’aboutiront très probablement pas à des progrès tangibles concernant le processus de paix toujours au point mort.

En 1995, Yasser Arafat n’était pas venu assister aux funérailles d’Yitzhak Rabin, ainsi Abbas et son négociateur en chef Saeb Erekat ont franchi une étape importante vendredi en venant sur le mont Herzl à Jérusalem, un mont nommé en hommage au premier homme qui a construit un projet aboutissant à ce que les Palestiniens appellent la Nakba, leur catastrophe nationale.

Mais jusqu’à ce que Obama ne prenne la parole, en tant que dernier orateur de la journée, personne n’avait remarqué la présence de la délégation palestinienne.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (C) se trouve aux côtés du président du Conseil européen Donald Tusk (L) et le président roumain Klaus Iohannis au cimetière du mont Herzl à Jérusalem lors des funérailles de l'ancien président israélien Shimon Peres le 30 septembre 2016. (Crédit : AFP / Abir Sultan)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (C) se trouve aux côtés du président du Conseil européen Donald Tusk (L) et le président roumain Klaus Iohannis au cimetière du mont Herzl à Jérusalem lors des funérailles de l’ancien président israélien Shimon Peres le 30 septembre 2016. (Crédit : AFP / Abir Sultan)

En saluant les divers hauts dignitaires « de près et de loin, » Netanyahu a mentionné Obama et son prédécesseur Bill Clinton, le roi Felipe d’Espagne, le prince Charles et même le Grand-Duc de Luxembourg. Cependant, Israël ne reconnaissant pas un Etat palestinien, le protocole diplomatique ne considère donc pas Abbas comme un chef d’Etat. Mais en ce jour où l’on honore la mémoire d’un homme qui a lutté sans relâche pour la paix et la réconciliation, Netanyahu aurait pu faire davantage pour reconnaître Abbas, comme l’a fait remarqué Shelly Yachimovitch sur Facebook après la cérémonie.

Shimon Peres représentait beaucoup plus que les accords d’Oslo, et bon nombre des éloges faits par les responsables israéliens et les membres de sa famille n’étaient pas centrés sur le processus de paix. Ceux qui l’ont fait se sont assurés de ne rendre hommage qu’à la vision de Peres et se sont abstenu de critiquer ouvertement la politique actuelle d’Israël.

Le premier orateur à évoquer la politique a été Amos Oz.

« Il y a ceux qui disent que la paix est impossible. La paix est non seulement possible, mais elle est nécessaire, elle est inévitable, simplement parce que nous n’allons nulle part – nous n’avons nulle part où aller – et aussi parce que les Palestiniens n’iront nulle part ailleurs », a-t-il expliqué.

« Au fond de son cœur, presque tout le monde, d’un côté comme de l’autre, connaît cette vérité. Mais où sont les leaders courageux qui vont se lever et continuer sur le chemin [de Peres] ? Où sont les successeurs de Shimon Peres ? »

Netanyahu, dans son éloge, n’a pas caché pas les « divergences d’opinion » qu’il a eue avec le défunt président, qu’il avait battu aux élections de 1996 pour devenir Premier ministre.

Netanyahu s’est même souvenu un débat passionné qu’il a récemment eu avec Peres à propos de la question la plus essentielle : Du point de vue d’Israël, qu’est-ce qui est primordial – la sécurité ou la paix ?

« Bibi, la paix est la véritable sécurité. S’il y avait la paix, il y aurait la sécurité, » a déclaré Netanyahu en citant les propos de Peres. « Shimon, » a répondu le Premier ministre, « au Moyen-Orient, la sécurité est essentielle pour parvenir à la paix et pour la maintenir. »

Netanyahu en est arrivé à la « conclusion surprenante » que les deux philosophies avaient raison, avant de poursuivre : « Dans un Moyen-Orient secoué par les turbulences, dans lequel seuls les forts survivent, la paix ne sera pas atteinte autrement que par la préservation permanente de notre pouvoir. Mais le pouvoir n’est pas une fin en soi. Il est un moyen. L’objectif est d’assurer notre existence et notre coexistence. Pour favoriser le progrès, la prospérité et la paix – pour nous, pour les pays de la région, et pour nos voisins palestiniens ».

Obama, qui, au début de son discours a noté que la présence d’Abbas « était un geste et un rappel que le processus de paix restait inachevé, » a semblé être en accord avec la théorie de Netanyahu.

« Je ne pense pas qu’il était naïf », a déclaré Obama à propos de Peres. Avant d’ajouter, « Il a compris grâce à son expérience durement accumulée que la véritable sécurité passe par la paix avec ses voisins. »

Le président Obama a encore cité Peres qui disait que le « peuple juif n’est pas né pour gouverner un autre peuple », et s’opposait à l’idéal des « esclaves et les maîtres », avant de poursuivre : « Même face à des attaques terroristes et des déceptions répétées à la table des négociations, il a insisté sur le fait que les êtres humains, les Palestiniens devaient être considérés comme égaux aux Juifs en dignité et pour l’auto-détermination. »

C’est non seulement le sens de la justice de Peres ainsi que sa «compréhension de la signification d’Israël » qui l’ont amené à soutenir la création d’un Etat palestinien, a fait valoir le président, mais également son « analyse de la sécurité d’Israël. » Peres a estimé que « l’idée sioniste serait mieux protégée une fois que les Palestiniens auraient également leur propre Etat ».

Peu de temps après avoir prononcé ce discours, Obama s’est rendu à l’aéroport Ben Gurion, est monté à bord de l’Air Force One et a décollé pour Washington. Il n’a tenu aucune réunion et n’a fait aucun effort apparent pour pousser Netanyahu et Abbas à se parler de nouveau pour faire avancer le rêve de Peres d’un accord de paix israélo-palestinien. (Contrairement à sa dernière visite présidentielle, en mars 2013, où il avait demandé avec succès à Netanyahu d’appeler le président turc, Recep Tayyip Erdogan dans ce qui est devenu une étape importante sur le chemin de la réconciliation de Jérusalem avec Ankara).

Lors de sa visite de six heures vendredi, Obama n’a pas résisté à la tentation d’utiliser les funérailles de Peres pour faire entendre une fois de plus son point de vue concernant le fait que le gouvernement israélien doit faire plus pour faire avancer la paix. Reste à voir s’il va prendre des mesures concernant l’adhésion de la Palestine à l’ONU après l’élection présidentielle américaine en Novembre. Ce qui est clair aujourd’hui, est que le souhait de Sara Netanyahu d’accueillir Mahmoud Abbas dans sa maison de Jérusalem pour des pourparlers de paix est plus improbable que jamais.

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