Une victoire de Trump pourrait pousser Obama à soutenir une résolution pour 2 états à l’ONU
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Une victoire de Trump pourrait pousser Obama à soutenir une résolution pour 2 états à l’ONU

Le président sortant pourrait vouloir créer une norme sur laquelle son successeur ne pourra pas revenir, selon Dennis Ross

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Dennis Ross, au centre, pendant une table ronde avec Raphael Ahren, à droite; et Avi Issacharoff à la conférence Zionism 3.0 à Palo Alto, Californie, le 18 septembre 2016. (Crédit : Sarah Tuttle-Singer/Times of Israel)
Dennis Ross, au centre, pendant une table ronde avec Raphael Ahren, à droite; et Avi Issacharoff à la conférence Zionism 3.0 à Palo Alto, Californie, le 18 septembre 2016. (Crédit : Sarah Tuttle-Singer/Times of Israel)

PALO ALTO, Californie – Une présidence Donald Trump imminente pourrait rendre plus probable un soutien du président américain sortant Barack Obama à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies posant les paramètres fondamentaux de la création d’un Etat palestinien, a déclaré dimanche un ancien haut responsable américain.

« Je pense que si Trump gagne, le président sera plus enclin à aller vers une résolution du Conseil de sécurité pour essayer de faire quelque chose de contraignant, de créer une norme pour le futur que le prochain président ne pourra pas défaire », a déclaré Dennis Ross pendant une conférence sur le futur du sionisme et la relation israélo-américaine. « Si Clinton gagne, je pense qu’il [Obama] sera plus sensible à ses préoccupations de savoir si cela pourrait l’aider ou lui nuire. »

Ross, qui a travaillé sur le conflit israélo-palestinien pendant des décennies, notamment pendant deux ans en tant qu’assistant spécial d’Obama et un an comme conseiller spécial d’Hillary Clinton, a déclaré que l’actuel président « voudrait faire quelque chose, laisser une sorte d’héritage. »

Ross s’exprimait pendant une table ronde de la deuxième conférence annuelle Zionism 3.0, co-organisée par le Times of Israël, au centre communautaire juif de la famille Oshman de Palo Alto. Je modérais cette table ronde.

Jérusalem s’est pendant des décennies reposé sur la politique américaine tacite de protéger Israël des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, qui sont souvent décrites comme ayant un parti-pris. Même si le geste d’Obama pourrait ne pas inverser cette position, il en marquerait un éloignement certain.

Ce qu’Obama décide de faire, cependant, sera probablement très influence par le résultat de l’élection présidentielle.

Former Middle East ambassador and Obama adviser Dennis Ross at an event at the Jewish People Policy Institute in Jerusalem earlier this year (photo credit: Uri Lenz/Flash90)
Dennis Ross , ancien conseiller spécial d’Obama et ambassadeur pour le Moyen-Orient, à Jérusalem en 2012. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Une fois que les choses se seront calmées après les élections du 8 novembre, Obama pourrait utiliser cette opportunité de président sortant pour prononcer un discours posant les paramètres d’un accord de paix entre Israël et les Palestiniens, ou même suggérer une résolution du Conseil de sécurité définissant ces paramètres, proposée par les Etats-Unis ou par un autre pays, a supposé Ross.

Le discours du président serait très probablement équilibré, a ajouté Ross, en traitant équitablement des inquiétudes palestiniennes, les frontières et Jérusalem, et les demandes israéliennes concernant la sécurité et la question des réfugiés palestiniens.

Mais toute résolution au Conseil de sécurité introduite par un autre pays favoriserait très probablement les demandes palestiniennes aux préoccupations israéliennes, a-t-il déclaré.

« Et la question devient : si quelqu’un d’autre introduit ceci comme résolution et qu’elle édulcore l’essence de ce que le président avait proposé, qui aurait été équilibré entre les deux [parties], les Etats-Unis apposeront-ils leur veto ? Cela sera lourdement influencé par le résultat de l’élection » présidentielle, a déclaré Ross.

« Je suppose qu’il sera bien plus enclin à essayer d’être proactif pour présenter quelque chose qui pourrait créer des normes pour le futur que le prochain président ne pourra pas défaire », a-t-il continué.

Le président américain Barack Obama (à gauche)  avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 20 mai 2011. (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)
Le président américain Barack Obama (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 20 mai 2011. (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)

Mercredi, Obama doit rencontrer le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Dans un communiqué publié dimanche, la Maison Blanche a indiqué que les négociations de paix israélo-palestiniennes joueraient un rôle central dans leur discussion.

« La rencontre sera aussi une opportunité pour discuter du besoin d’une avancée réelle sur une solution à deux états au conflit israélo-palestinien face aux tendances profondément troublantes sur le terrain », a déclaré Josh Earnest, porte-parole de la Maison Blanche.

Le bureau de Netanyahu, en confirmant la rencontre, n’a pas fait mention du conflit, mais a déclaré que le Premier ministre remercierait Obama pour la récente aide militaire de 38 milliards de dollars, et discuterait aussi des relations stratégiques.

Même s’il a travaillé pour Bill et Hillary Clinton pendant ses décennies de diplomate du conflit israélo-palestinien, Ross hésitait à dire explicitement quel candidat présidentiel serait meilleur pour Israël.

« La façon dont voulez juger les deux candidats n’est pas nécessairement basée sur ce qu’ils disent d’Israël, vous voulez les juger [sur la base] de leur opinion du monde, a-t-il déclaré. Ont-ils une approche du Moyen Orient qui assure qu’il n’y aura pas de vide ? Si vous êtes Israël, ce que vous voulez, c’est des Etats-Unis qui ont une position forte au Moyen Orient parce que cela vous rend plus fort. »

Israël et le monde arabe ne veulent pas que les Etats-Unis se retirent de la région et laissent un vide de pouvoir, a expliqué Ross.

« Si je devais examiner les deux candidats, je me demanderai qui va le plus probablement rester engagé dans la région, comprendre la dynamique de cette région ? Qui va avoir une relation avec les alliés qui peut être fiable, et qui ne l’aura pas ? »

‘La critique d’Israël ne remplace pas une relation saine’

D’autres sessions de cette journée de conférence se sont focalisées sur la nature des liens qui unissent les juifs américains et l’État hébreu, et tout particulièrement la place que prend la critique d’Israël dans cette relation.

Yehuda Kurtzer, président de l’Institut Shalom Hartman d’Amérique du Nord, a souligné que cette relation est devenue tendue.

« Deux générations plus tôt, l’État d’Israël était probablement la force organisatrice la plus forte pour la communauté juive américaine, a-t-il déclaré. Aujourd’hui, il n’y pas plus désorganisé, plus tensiogène pour la politique communautaire juive américaine que l’État d’Israël. »

Pendant cette présentation, Kurtzer s’est également opposé à la métaphore selon laquelle les Israéliens et les juifs américains font partie de la même « famille ». Un juif californien laïc se sentira plus proche de son voisin que d’un ultra-orthodoxe de Bnei Brak, avec lequel il a des désaccords fondamentaux, même s’il veut y croire, il objecte qu’il ne sait même pas si cette métaphore « le peuple juif est une famille » a déjà été vraie.

Kurtzer a préféré parler de juifs israéliens et de juifs américains comme « des descendants d’un ancêtre commun. »

Son père, Dan Kutrzer, ancien ambassadeur américain en Israël, soutenait que bien que les problèmes sécuritaires et politiques soient la responsabilité exclusive du gouvernement à Jérusalem, les problèmes relatifs à l’identité juive de l’État sont plus complexes.

« En Israël, certains ont tenté de définir, de manière unilatérale, comme un élément de la politique israélienne, le judaïsme et les affaires juives en diaspora, comme la question fondamentale de l’identité juive, de la situation personnelle, du mariage, du divorce, de la conversion », a-t-il déclaré.

« Les juifs américains ont dit quasiment à l’unanimité que ces sujets ne pouvaient pas être du ressort exclusif du rabbinat de l’État d’Israël. Évidemment, ce dernier a son mot à dire, tout comme d’autres courants en Israël. Mais, de la même manière, nous avons notre mot à dire, que nous soyons orthodoxes, conservateurs ou réformés, laïcs, quelle que soit notre orientation. Les questions concernant le judaïsme sont à responsabilité partagée. »

Andy David, le consul général de Jérusalem dans le Nord-Ouest Pacifique, a déclaré que les critiques et les débats ne doivent pas être mis sous le tapis. Il soutient qu’Israël peut être un facteur d’unité pour les juifs, de part et d’autre de l’océan.

« Quelle que soit votre couleur, votre affiliation, votre orientation sexuelle ou la longueur de votre barbe… Nous sommes d’accord qu’Israël est un endroit qui nous unit. Parfois, quand on pense à la façon dont chacun pratique son judaïsme, il y a des aspects sur lesquels il est impossible de se mettre d’accord. Mais nous pouvons nous mettre d’accord sur le fait que nous tenons à Israël. Israël n’est pas une force qui nous divise. Israël est fédérateur. »

L’écrivain Yossi Klein Halevi, ancien de l’Institut Shalom Hartman de Jérusalem, a déclaré que les juifs américains ont le droit, voire le devoir, de critiquer Israël. Il a ajouté une mise en garde.

« La critique d’Israël ne remplace pas une relation saine » a-t-il déclaré, soutenant que dans certains cercles, il a observé que pour certains juifs américains, le dénigrement d’Israël est le seul lien avec l’État.

« Ce que j’attends des critiques juifs américains, c’est une compréhension de la complexité des dilemmes en Israël, et de ne pas banaliser nos dilemmes », a ajouté Klein Halevi.

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