Washington ou Ryad déclencheraient « une guerre totale » s’ils frappent l’Iran
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Washington ou Ryad déclencheraient « une guerre totale » s’ils frappent l’Iran

Mike Pompeo, aux Emirats arabes unis, dit vouloir une "solution pacifique" avec l'Iran après les attaques contre des installations pétrolières saoudiennes

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, prononce une allocution lors de la Conférence de Munich sur la sécurité à Munich, en Allemagne, le 17 février 2019. (AP Photo/Kerstin Joensson)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, prononce une allocution lors de la Conférence de Munich sur la sécurité à Munich, en Allemagne, le 17 février 2019. (AP Photo/Kerstin Joensson)

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, en tournée dans le Golfe, a assuré jeudi à Abou Dhabi que les Etats-Unis privilégiaient une « solution pacifique » avec l’Iran, qu’il accuse d’être à l’origine de la récente attaque contre des installations pétrolières en Arabie saoudite.

M. Pompeo a rencontré le puissant prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed Al-Nahyane. A l’issue de leur entretien, il a évoqué devant des journalistes l’existence d’un « consensus » dans le Golfe sur la responsabilité de l’Iran.

« Nous sommes ici pour bâtir une coalition destinée à parvenir à la paix et à une solution pacifique », a déclaré le chef de la diplomatie américaine avant de s’envoler pour Washington, disant espérer que l’Iran voit les choses « de la même manière ».

Les Etats-Unis ou l’Arabie saoudite déclencheraient « une guerre totale » s’ils leur venaient l’idée d’attaquer l’Iran, a déclaré le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif dans un entretien diffusé jeudi par la télévision américaine CNN.

« Une guerre totale », a simplement répondu M. Zarif d’un air grave au journaliste qui lui demandait : « Quelle serait la conséquence d’une frappe militaire américaine ou saoudienne sur l’Iran ? »

« Nous ne voulons pas la guerre, nous ne voulons pas nous lancer dans un affrontement militaire. Nous pensons qu’un conflit armé reposant sur une supercherie est quelque chose d’affreux. Mais nous ne tremblons pas quand il s’agit de défendre notre territoire », a ajouté M. Zarif.

Ryad a de son côté affirmé que Téhéran avait « incontestablement parrainé » ces attaques menées par voie aérienne et revendiquées par les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran.

« C’est fabriqué de toutes pièces », a déclaré M. Zarif à CNN.

« Ils veulent rejeter la faute sur l’Iran, afin de réaliser quelque chose, et c’est pour cela que je dis que c’est de l’agitation en vue d’une guerre. Parce que c’est fondé sur des mensonges et une supercherie », a-t-il ajouté.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo répond à une question après une conférence à la Kansas State University, le 6 septembre 2019. (Crédit : AP/Charlie Riedel)

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo est arrivé jeudi aux Emirats arabes unis, dans le cadre d’une tournée dans le Golfe visant à évoquer avec ses alliés la réponse à apporter aux attaques contre des installations pétrolières saoudiennes, qualifiées d' »acte de guerre » iranien.

Le durcissement de la position américaine fait craindre une escalade armée, après la salve de frappes ayant visé le 14 septembre le cœur de l’industrie pétrolière saoudienne et entraîné une réduction de moitié de la production d’or noir par le premier exportateur mondial.

Mercredi, Ryad a dévoilé de nouveaux résultats de son enquête. « L’attaque a été lancée depuis le Nord et a été incontestablement parrainée par l’Iran », a affirmé le porte-parole du ministère de la Défense, Turki al-Maliki. Des débris de drones et de missiles de croisière tirés sur deux installations dans l’est du pays lors de cette attaque ont été présentés.

Soutenus par Téhéran, les rebelles Houthis du Yémen, un pays situé au sud de l’Arabie saoudite, ont revendiqué cette attaque. Mais Washington et Ryad ont exclu cette hypothèse, affirmant que c’était au-delà de leurs capacités.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, donne une conférence de presse avec son homologue marocain à Rabat le 8 juin 2019. (Crédit : FADEL SENNA / AFP)

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a également jugé jeudi « relativement peu crédible » la revendication des Houthis.

Les Houthis ont déjà atteint des douzaines de cibles en Arabie Saoudite, et leur arsenal, en rapide progression, a révélé la vulnérabilité du royaume malgré ses vastes dépenses militaires. Mais la double attaque de samedi est d’une autre ampleur.

L’Arabie saoudite et ses alliés interviennent depuis 2015 au Yémen pour déloger les rebelles Houthis et appuient en cela le gouvernement reconnu par la communauté internationale.

Evoquant les dernières attaques, le porte-parole militaire des Houthis, le brigadier Yahya Saree, a assuré que l’assaut avait été lancé depuis trois sites à l’intérieur du Yémen, à l’aide de drones avancés dotés de capacités de longue portée.

Il a également menacé les Emirats arabes unis, un membre clé de la coalition anti-Houthis, en évoquant la possibilité d’attaquer des « dizaines de cibles », dont les mégalopoles de Dubaï et d’Abou Dhabi.

Tard mercredi, la chaîne américaine CBS News a cité un responsable américain anonyme selon lequel le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, avait lui-même approuvé l’attaque du 14 septembre, à condition qu’elle soit menée de manière à nier l’implication iranienne.

Mais le commandant des Gardiens de la révolution iraniens, le général de division Hossein Salami, a reproché jeudi aux Etats-Unis de les « accuser à tort d’être derrière tout incident » dans la région.

Hossein Salami, commandant du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Selon le journal New York Times, alors que les risques d’escalade ont rarement paru aussi forts, l’armée américaine a dressé une liste de cibles iraniennes, y compris la raffinerie de pétrole d’Abadan, l’une des plus grandes au monde, ou l’île de Khark, la plus importante installation d’exportation de pétrole du pays.

Parmi les autres cibles potentielles figurent les sites de lancement de missiles et d’autres actifs des Gardiens de la Révolution, ainsi que les bases du sud-ouest, où des activités inhabituelles donnent à penser qu’ils ont joué un rôle dans les frappes.

« Toute frappe contre l’Iran serait presque certainement menée par des salves de missiles de croisière provenant de navires de la Marine », a indiqué le journal.

Selon Cinzia Bianco, analyste sur le Moyen-Orient au Conseil européen des relations internationales, « il y a de l’incertitude quant à la ligne de conduite la plus appropriée » en Arabie saoudite.

« Cependant, la pensée dominante dans ce pays veut que les Etats-Unis ciblent les infrastructures sensibles en Iran afin de minimiser ou d’exclure tout coût humain », a-t-elle déclaré.

D’après des diplomates des Nations unies, des experts sont attendus en Arabie Saoudite pour mener une enquête internationale sur l’attaque.

Un responsable américain s’exprimant sous couvert de l’anonymat a déclaré plus tôt à l’AFP que Washington avait conclu qu’elle impliquait des missiles de croisière en provenance d’Iran. Il a ajouté que des preuves seraient présentées à l’Assemblée générale de l’ONU la semaine prochaine.

Le président Donald Trump, qui a déjà imposé des sanctions qui ont paralysé l’économie iranienne, a promis mercredi de durcir de manière « substantielle » ces mesures.

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, lui-même soumis personnellement aux sanctions américaines, a dénoncé des mesures « illégales » et « inhumaines » contre des « citoyens ordinaires ».

Les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis sont fortes depuis que l’administration Trump s’est retirée unilatéralement en mai 2018 de l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien avant de rétablir des sanctions croissantes à l’encontre de la République islamique.

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