Yad Vashem s’excuse pour l’altercation entre son guide et le leader autrichien
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Yad Vashem s’excuse pour l’altercation entre son guide et le leader autrichien

Le musée israélien de la Shoah affirme que la guide touristique qui a critiqué Sebastian Kurz, dans la Vallée des communautés, l'a fait à titre personnel

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz lors d'une visite au mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem, le 10 juin 2018. (Hadas Parush/Flash90)
Le chancelier autrichien Sebastian Kurz lors d'une visite au mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem, le 10 juin 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Yad Vashem a présenté ses excuses à l’ambassadeur d’Autriche en Israël après qu’une de ses guides a confronté le chancelier autrichien Sebastian Kurz avec une déclaration faite par un représentant du Parti de la liberté d’extrême droite, son partenaire minoritaire de coalition, a appris The Times of Israel.

La semaine dernière, Kurz a participé à une visite détaillée du principal musée de la Shoah de Jérusalem, avec notamment une visite de la Vallée des communautés, qui rend hommage aux milliers de communautés juives anéanties par les nazis.

Devant les caméras de télévision, Deborah Hartmann, guide d’origine autrichienne de Yad Vashem, a déclaré à M. Kurz et à son entourage que le Parti de la liberté comprend encore des politiciens « qui ont besoin qu’on leur explique ce qu’était la Shoah, de quel genre de catastrophe il s’agit ».

Hartmann, qui dirige le département allemand de l’École internationale d’études sur la Shoah de Yad Vashem, faisait référence à Andreas Mölzer, considéré comme un idéologue clé du Parti de la liberté, bien qu’il n’en soit plus un membre actif.

Dans une interview télévisée, Mölzer s’était moqué lorsqu’un conférencier juif a déclaré que les membres de la famille des victimes de la Shoah ont le droit de choisir les personnes qu’ils souhaitent voir participer aux cérémonies commémoratives annuelles.

Hartmann a également déclaré que le Parti de la liberté, connu sous son acronyme allemand FPÖ, était responsable de 30 incidents antisémites depuis novembre 2017, selon les médias autrichiens.

Kurz n’a pas répondu aux reproches de Hartmann, apparemment mal à l’aise de se livrer à des discussions politiques dans un musée dédié à la mémoire de la Shoah. (Dans diverses interviews avec les médias israéliens, Kurz n’a pas hésité à répondre sur le FPÖ, affirmant que le parti fait des efforts pour enquêter et se débarrasser de son passé problématique).

Le chef de la communauté juive autrichienne, Oskar Deutsch, qui est habituellement très critique à l’égard du FPÖ, a défendu Kurz pendant la visite de Yad Vashem, soulignant son dévouement à la lutte contre l’antisémitisme en Autriche.

L’ambassadeur d’Autriche en Israël, Martin Weiss, s’est plaint aux responsables de Yad Vashem du comportement de Hartmann, disant qu’il était inapproprié pour elle de confronter Kurz avec des arguments politiques lors d’une visite dans la Vallée des communautés de Yad Vashem, selon deux sources bien informées, qui se sont exprimées sous le couvert de l’anonymat.

Quelques jours plus tard, Yad Vashem envoya une « lettre de clarification » à Weiss, qui indiquait que Mme Hartmann avait agi de son propre chef et que ce n’était pas dans la politique du musée de mélanger le souvenir de la Shoah avec la politique, selon les sources.

Weiss s’est refusé à tout commentaire. Yad Vashem n’a pas répondu à plusieurs demandes de commentaires.

Entre-temps, le gouvernement autrichien ne semble pas en vouloir à Hartmann, qui parle aux délégations officielles des pays germanophones depuis des années. Au lendemain de la visite de M. Kurz, le ministre autrichien de l’Éducation, Heinz Faßmann, a participé à une autre visite guidée par Mme Hartmann.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz (à droite), avec le président du Musée de la Shoah Yad Vashem, Avner Shalev (C), et le ministre autrichien de l’Éducation, Heinz Faßmann (à gauche), à Jérusalem, le 10 juin 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Au cours de la visite de Kurz, le ministère autrichien de l’Éducation et Yad Vashem ont signé un accord éducatif permettant à des centaines d’enseignants et d’éducateurs autrichiens de se rendre à Yad Vashem pour des séminaires éducatifs.

Kurz est considéré comme un bon ami de l’État juif et, la semaine dernière, il s’est engagé à plaider en sa faveur au sein de l’Union européenne. Il a également reçu beaucoup d’éloges à Jérusalem pour sa reconnaissance sans précédent de la complicité autrichienne dans les crimes de la Shoah et pour son engagement à ne pas tolérer l’antisémitisme sous quelque forme que ce soit.

« Vous êtes un véritable ami d’Israël et du peuple juif », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Kurz. « Nous apprécions profondément les mesures prises par le gouvernement autrichien et le Parlement autrichien ces derniers mois. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 11 juin 2018 (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

Dans le même temps, le gouvernement israélien continue de boycotter le FPÖ, son partenaire de coalition, en raison du passé néonazi du parti et des politiques xénophobes actuelles.

Lors de leur réunion du 11 juin à Jérusalem, ni Kurz ni Netanyahu n’ont évoqué l’appartenance du FPÖ à la coalition dirigeante autrichienne.

Le président Reuven Rivlin, d’autre part, a déclaré à Kurz lors de leur réunion de la semaine dernière que, « même dans la réalité complexe qui prévaut aujourd’hui en Europe et dans le monde entier, il est impossible d’accepter des individus qui soutiennent l’État d’Israël et qui ont des positions racistes ou antisémites », selon un document fourni par le Bureau du président.

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