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Zeev Raz en détention pour son commentaire justifiant l’assassinat d’un Premier ministre

L'ex-pilote, soupçonné d'incitation et de menaces, est interrogé pour avoir insinué que le principe talmudique du din rodef pourrait s'appliquer à Benjamin Netanyahu

Zeev Raz prenant la parole lors d'une manifestation contre un accord controversé conclu entre le gouvernement et les grandes entreprises énergétiques sur la production de gaz naturel, à Tel Aviv, le 28 novembre 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Zeev Raz prenant la parole lors d'une manifestation contre un accord controversé conclu entre le gouvernement et les grandes entreprises énergétiques sur la production de gaz naturel, à Tel Aviv, le 28 novembre 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Un célèbre manifestant anti-gouvernement a été arrêté pour être interrogé dimanche sur des commentaires dans lesquels il semblait justifier l’assassinat potentiel du Premier ministre Benjamin Netanyahu s’il devait « assumer des pouvoirs dictatoriaux ». Il avait retiré samedi sur des commentaires incendiaires au milieu de nombreuses réactions négatives.

Zeev Raz, un ancien pilote de l’armée de l’air qui a participé à la célèbre mission de 1981 visant à bombarder un réacteur nucléaire irakien, est soupçonné d’incitation et de menaces, a déclaré la police israélienne. L’affaire est traitée par l’unité anti-corruption de la police, Lahav 433, selon le communiqué.

Le Premier ministre a rendu les partis d’opposition responsables de l’incident, affirmant qu’ils soutenaient une « incitation irresponsable » contre lui qui, a-t-il averti, menaçait la démocratie.

Raz, qui était une figure de proue du mouvement de protestation anti-Netanyahu rue Balfour, en 2020 et 2021, a insinué à ses partisans que le principe religieux juif du din rodef, autorisant l’exécution extra-judiciaire d’un individu qui a l’intention de tuer ou de nuire à autrui, pourrait s’appliquer à un Premier ministre dans ce cas, ainsi qu’à ses ministres et à ses partisans.

« Si un Premier ministre se lève et s’arroge des pouvoirs dictatoriaux, c’est un homme mort, c’est aussi simple que cela », a écrit Raz dans un message publié vendredi sur Facebook qui ne mentionnait pas le nom de Netanyahu. « Si un dirigeant se comporte d’une manière dictatoriale, il y a une obligation de le tuer », a ajouté Raz.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assistant à une cérémonie au port de Haïfa, le 31 janvier 2023. (Crédit : Shir Torem/Flash90)

Pour justifier son affirmation, Raz a semblé dire que permettre à la très controversée réforme judiciaire d’aller de l’avant entraînerait « la mort de nombreux innocents, et qu’il vaut mieux tuer les criminels d’abord ».

Le ministre des Communications, Shlomo Karhi, du parti de Netanyahu, le Likud, a déposé une plainte contre Raz auprès de la police dimanche matin.

L’avocat de Raz, Me Daniel Hacklai, a déclaré à la Douzième chaîne qu’il « espérait que l’affaire soit classée et que son client ne serait pas jugé ».

Tout en admettant que « ce qu’il a écrit n’aurait pas dû être écrit », Hacklai a souligné que Raz n’appelait pas à l’assassinat de Netanyahu mais parlait de façon « hypothétique » de ce qui se passerait si une dictature venait à voir le jour.

Raz a déclaré qu’après avoir vu que la personne qu’il avait citée, le professeur Avshalom Elitzur, avait supprimé la référence au din rodef, il avait également supprimé sa publication sur Facebook. « Je ne m’identifie pas à cette publication », a-t-il affirmé.

Avant l’assassinat en 1995 du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, par un extrémiste juif, certains membres de la communauté religieuse sioniste avaient affirmé que l’intention du Premier ministre de signer les Accords d’Oslo lui conférait le statut de din rodef.

Netanyahu a réagi à ces commentaires alors qu’il s’apprêtait à rentrer de France samedi soir, déclarant que l’incitation était croissante et que « les limites avaient été franchies ».

« Ces dernières semaines, nous avons assisté à une vague croissante d’incitation. Les lignes sont franchies chaque jour, et il semblait que toutes les limites avaient déjà été franchies par les menaces proférées à l’encontre des élus et moi-même. Mais manifestement non, parce qu’aujourd’hui nous avons entendu et vu une menace claire d’assassiner le Premier ministre d’Israël », a déclaré Netanyahu, avant d’appeler les services de sécurité à agir.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avant son départ de Paris, le 4 février 2023. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

Dans des déclarations publiques au début de la réunion hebdomadaire du cabinet de dimanche, Netanyahu a déclaré aux ministres que l’incident était « une menace explicite d’assassiner un Premier ministre en Israël ».

« Cette menace a été postée noir sur blanc sur Facebook et provient d’une figure de proue des manifestations anti-gouvernement », a-t-il déclaré. « Elle est le résultat direct d’une incitation irresponsable qui reçoit le soutien et l’appui, et parfois des déclarations explicites, de l’opposition. »

Le Premier ministre a appelé les leaders de l’opposition à « condamner l’incitation et à dénoncer les instigateurs », avertissant que « les appels explicites au meurtre, au meurtre politique, ne sont pas quelque chose qui peut être débattu – c’est un réel danger pour la démocratie contre lequel tout le monde devrait se prononcer fermement ».

Pendant le même temps, le Pr. Elitzur, a publié une longue explication sur Facebook à la suite de ses remarques.

« Un Premier ministre n’est remplacé que lors d’élections, ou de motions de censure, entre autres ; en d’autres termes, uniquement de manière démocratique », a-t-il écrit. « Par conséquent, si un Premier ministre décide, à Dieu ne plaise, d’abolir la démocratie… alors soit ce Premier ministre ne sera pas remplacé par le gouvernement, soit, en l’absence de démocratie, il sera remplacé d’une manière non-démocratique. »

Samedi, face à l’indignation croissante suscitée par ses commentaires, Raz s’est de nouveau exprimé sur Facebook pour tenter de se rétracter, affirmant qu’il ne faisait que citer une autre personne qui avait initialement fait ces commentaires. « Quand ma femme a pris peur, j’ai retiré la publication. Ce n’était vraiment pas la meilleure formulation, alors je l’ai retiré et j’ai clarifié [les choses] », a-t-il déclaré à la Douzième chaîne.

La coalition Netanyahu a proposé une réforme radicale qui augmenterait le contrôle du gouvernement sur le système judiciaire. Les critiques affirment que ces changements, entre autres, videront les tribunaux de leur substance, laisseront les droits des minorités sans protection et concentreront un pouvoir presque illimité entre les mains de la coalition au pouvoir.

Ce plan a suscité de vives critiques et des mises en garde de la part d’éminents experts financiers et juridiques, ainsi que des manifestations de masse hebdomadaires et des pétitions publiques de la part de divers fonctionnaires, professionnels et entreprises privées.

Netanyahu s’est défendu contre les critiques, affirmant que la réforme renforcerait la démocratie plutôt que d’en accélérer la fin, et que son gouvernement appliquait la volonté du peuple.

Des employés du secteur de la high-tech défilant pour protester contre le projet de remaniement du système judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv, le 31 janvier 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le Likud s’est dit « furieux » des commentaires de Raz, qui « battent des records de folie ».

Dimanche, la députée Tali Gottlieb (Likud) a déclaré à Ynet que Raz devrait être jugé. Elle a noté qu’une personne qui avait envoyé une balle (par voie postale) à Naftali Bennett, alors Premier ministre, avait été traduite en justice.

Entre-temps, à la lumière de l’augmentation de l’incidence de « l’incitation, du préjudice et des menaces », le chef de la police, Kobi Shabtaï, a déclaré que ses forces appliqueraient une approche de « tolérance zéro » aux messages sur les réseaux sociaux appelant à la violence contre des personnalités publiques.

« Le Shin Bet et la police doivent agir immédiatement pour l’arrêter, lui et le reste des incitateurs contre le Premier ministre », a déclaré le parti dans un communiqué.

Shabtaï a déclaré qu’il veillerait à ce que « la police ne refuse à personne la liberté de manifester dans un pays démocratique, mais en même temps, nous n’autoriserons pas les discours violents, incitatifs et menaçants ».

L’agence de sécurité intérieure du Shin Bet a également publié une déclaration, disant qu’elle avait identifié une « augmentation des discours violents et incitatifs contre les élus en général, et le Premier ministre en particulier ».

Le Shin Bet a déclaré que si les gens avaient le droit de protester, les appels à la violence étaient « en dehors du discours légitime ».

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a déclaré qu’il « condamne fermement toute incitation et l’appel du din rodef contre Netanyahu ».

« Je condamne fermement et de toutes les manières l’incitation et les appels au meurtre de Netanyahu. Cette bataille concerne l’âme de l’État. L’incitation et la violence ne font que nuire à la lutte pour sauver le pays », a écrit Lapid sur Twitter. « J’appelle tous ceux qui aiment ce pays à protester, à sortir dans la rue, mais à respecter l’État de droit – n’ayez pas recours à la violence. »

Le chef du parti HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, a partagé un sentiment similaire. « Il est absolument interdit de se laisser entraîner dans ces lieux, et personne n’a le droit d’inciter, quelle que soit la contribution qu’il a pu apporter au pays. »

« Nous nous battrons… dans les rues, au Parlement et par d’autres moyens – [mais] pas par l’incitation et les appels au meurtre », a déclaré l’ancien ministre de la Défense.

Des Israéliens protestant contre le 37e gouvernement israélien et ses projets de réformes judiciaires, à Tel Aviv, le 28 janvier 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Alors que la conversation nationale sur le projet de réforme judiciaire continue de se détériorer, l’éminent avocat Me David Hodek a déclaré la semaine dernière, lors d’une conférence de l’Association du Barreau israélien, qu’il combattrait le gouvernement « à balles réelles » si les propositions étaient adoptées.

Hodek a affirmé que ces projets, défendus par le ministre de la Justice, Yariv Levin, auraient pour conséquence de transformer le pays en une dictature.

Samedi, Hodek a présenté ses excuses pour ses commentaires, déclarant que ses « paroles ont été mal interprétées et ont provoqué une tempête ».

« Il est important pour moi de déclarer que je suis opposé à la violence », a écrit Hodek dans une série de tweets, ajoutant qu’il voulait « mettre en garde contre une future dictature ».

« Je n’ai pas dit et je ne voulais pas dire que la réforme devait être combattue par les armes, aussi terrible soit-elle », a écrit Hodek.

Entre-temps, le Shin Bet a estimé que la vie de la Procureure générale Gali Baharav-Miara était concrètement menacée, le niveau de menace à son encontre ayant été fixé au niveau le plus élevé qui soit.

Dans une prise de position virulente, jeudi, Baharav-Miara a averti que le projet de réforme du système judiciaire donnerait au gouvernement un pouvoir quasi illimité, sans aucune protection institutionnelle des droits individuels ou du caractère démocratique de l’Etat d’Israël. Baharav-Miara avait également informé Netanyahu mercredi qu’il ne pouvait pas être impliqué dans les efforts de refonte du système judiciaire de son gouvernement en raison d’un conflit d’intérêts dû à son procès pour corruption en cours.

Les propositions présentées par le ministre de la Justice, Yariv Levin, accorderaient au gouvernement un contrôle total sur la nomination des juges, y compris les juges de la Cour suprême ; limiteraient sévèrement la capacité de la Haute Cour de justice à annuler des lois ; et permettraient à la Knesset de légiférer à nouveau sur les lois que la Cour parvient à annuler avec une majorité simple de 61 des 120 députés de la Knesset.

Les changements donneraient également au gouvernement un contrôle total sur la sélection des juges, empêcheraient la Cour d’utiliser la notion juridique du « caractère raisonnable » pour juger les décisions du gouvernement, et prévoient également que les ministres seront autorisés à nommer leurs propres conseillers juridiques au lieu de devoir faire appel à ceux qui opèrent sous les auspices du ministère de la Justice.

Lazar Berman a contribué à cet article.

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