Immédiatement après la décision des Nations unies de procéder à la division de la Palestine, à la fin du mois de novembre 1947, le Quartier juif fortifié de la Vieille Ville de Jérusalem a été assiégé par les Arabes. Lorsque les Britanniques ont évacué Jérusalem, le 14 mai 1948, le Quartier était encore coupé du monde extérieur – et sous l’assaut de lourdes attaques de la part des Arabes également. La situation était catastrophique, et les habitants juifs de la Vieille Ville avaient sombré dans la désespérance.

David Shaltiel, Commandant de Jérusalem durant la Guerre d’Indépendance, avait trouvé une stratégie permettant de faire entrer les troupes dans le Quartier juif. Shaltiel était convaincu qu’une petite ouverture couverte d’une grille de fer, située à l’entrée arrière de la Tour de David, était un corridor permettant d’entrer au coeur de la Tour. Il avait décidé d’envoyer plusieurs véhicules blindés remplis de soldats vers la Porte de Jaffa et, tandis que les troupes jordaniennes défendraient la Vieille Ville, des démineurs feraient céder le grillage couvrant l’entrée. Et l’infanterie serait alors en mesure de se précipiter dans la Vieille vVille.

Au même moment, une seconde force attaquerait le mont Sion, entre les mains des Arabes, située juste à l’extérieur des murs. Ce mouvement ne serait toutefois qu’une diversion, offrant aux militaires de la première opération plus de chance de faire aboutir leur mission.

Les troupes qui tentèrent de pénétrer dans la Citadelle en cette nuit du 17 mai furent malheureusement rapidement percées à jour, et bombardées de grenades et d’obus. Alors que les dommages ne cessaient de s’intensifier, les Juifs furent obligés de battre en retraite. Et en fin de compte, la seule opération qui réussit, cette nuit-là, fut celle de la conquête du mont Sion.

Le mont Sion, situé à l'extérieur des murailles de la Vieille Ville de Jérusalem, un point central dans l'histoire de la ville depuis l'époque du Premier Temple (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le mont Sion, situé à l’extérieur des murailles de la Vieille Ville de Jérusalem, un point central dans l’histoire de la ville depuis l’époque du Premier Temple (Crédit : Shmuel Bar-Am)

A la tête de la force divisionnaire aux côtés de feu David (Dado) Elazar se trouvait Uri Ben Ari, commandant du Palmach, né en Allemagne et qui, à l’âge de huit ans, fut témoin du tabassage de son père, héros de guerre, par les criminels nazis, alors que lui aussi avait reçu une correction. Cinq années plus tard, les nazis firent brûler leurs rouleaux de Torah et mirent le feu à leur synagogue tandis que lui et son père assistaient, impuissants, à ce spectacle au moment de la Kristallnacht (nuit de cristal). Et Ben Ari jura, ce jour-là, qu’il serait un jour suffisamment grand pour se battre.

Tandis que Ben Ari et ses hommes grimpaient le long du mont Sion, s’emparant d’une position après l’autre, les souvenirs de l’Allemagne revinrent en force dans sa mémoire – et ceux de son père, décédé lors de l’Holocauste. Ignorant les ordres de ne causer qu’une diversion, son unité a continué à avancer, jusqu’à la conquête ultime du mont Sion par les troupes.

La porte de Sion, l'une des huit entrées via la muraille de la Vieille ville, et lieu de la bataille lors de la guerre d'indépendance en 1948 (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La porte de Sion, l’une des huit entrées via la muraille de la Vieille ville, et lieu de la bataille lors de la guerre d’indépendance en 1948 (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les soldats étaient stationnés hors de la Porte de Sion de la Vieille Ville, dont une chaîne barrait l’entrée mais n’était pas défendue, après leur capture inespérée du mont. Shaltiel décida alors de saisir cette opportunité et de pénétrer dans le Quartier Juif. Des troupes assommées par la fatigue, qui n’avaient goûté d’aucun repos depuis plusieurs jours, reçurent l’ordre de casser la porte et d’avancer de 200 mètres à travers le territoire ennemi de la Vieille Ville pour y être accueillis par leurs frères Juifs.

A 3 heures 30 dans la matinée du 19 mai 1948, débout mais trébuchant de sommeil, les soldats du Palmach parvinrent à casser la porte et à atteindre les habitants du Quartier Juif, qui ont laissé éclater leur joie. Toutefois, ce même jour, des milliers de nouveaux légionnaires jordaniens commencèrent à pilonner les quartiers juifs à l’extérieur de la Vieille Ville. Les troupes qui avaient pénétré dans la Vieille Ville et dans le Quartier Juif furent retirées et les renforts qui avaient été promis n’arrivèrent jamais.

Allées historiques dans le mont Sion, capturé et entre les mains par les forces juives en 1948, même après que la Vieille Ville est tombée aux mains des Légionnaires jordaniens (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Allées historiques dans le mont Sion, capturé et entre les mains par les forces juives en 1948, même après que la Vieille Ville est tombée aux mains des Légionnaires jordaniens (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Moins de deux semaines plus tard, le 28 mai, le Quartier Juif se rendit aux légions jordaniennes. Jérusalem fut coupée de moitié, et resterait divisée pendant les 19 années qui allaient suivre. Mais le mont Sion, d’une grande signification religieuse, resta entre les mains des Juifs depuis ce jour-là et jusqu’à aujourd’hui. En effet, elle s’enorgueillit à juste titre de sites importants.

Selon la tradition chrétienne largement reconnue, la mère de Jésus, Marie, tomba dans son sommeil éternel quelque part sur le mont Sion. Les Franciscains bâtirent une Chapelle sur ce lieu sacré au 14e siècle, le complexe contemporain, consistant en une église et en un monastère, fut érigé sous les ordre de l’Ordre Bénédictin allemand au début du 20e siècle, grâce à des fonds cédés par l’Empereur allemand Wilhelm II.

L'Abbaye de la Dormition, construite par l'ordre bénédictin allemand, au début du siècle. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’Abbaye de la Dormition, construite par l’ordre bénédictin allemand, au début du siècle. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Appelée l’Abbaye de la Dormition, son église ornementale, avec son dôme conique et sa tour unique sont visibles à partir de nombreux lieux de la ville. De belles mosaïques décorent le parvis, tandis que des vitraux d’un bleu brillant viennent ajouter une couleur éblouissante à l’intérieur de l’église. La crypte du sous-sol est agrémentée d’une statue grandeur nature de Marie, plongée dans l’éternel sommeil. Constituée de bois de cerisier et d’ivoire, ce personnage impressionnant baigne dans la lumière des cierges de cire.

Peu de structures savent combiner l’ancien et le contemporain aussi bien que l’éclatante Eglise de Saint-Pierre, érigée sur les pentes orientales du mont. Bâtie en 1931, l’église est un mélange étonnant de lignes contemporaines, d’art primitif et d’antiquité. Toutes se sont fusionnées brillamment pour créer un chef-d’oeuvre superbement conçu qui la transforme en bien davantage qu’un lieu de culte ordinaire.

l'Église Saint Pierre, une église catholique romaine construite de 1931 (Crédit : Shmuel Bar-Am)

l’Église Saint Pierre, une église catholique romaine construite de 1931 (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Sous l’Eglise, se trouve un ensemble de cavités qui ont été taillées à la période du Second Temple. La tradition catholique positionnant le Palais de Caïphe sur ce site, il semblerait indiquer que Jésus ait été emprisonné dans l’une de ces cryptes souterraines parfaitement similaires. Un chemin de pierres dans la vallée de Kidron pourrait remonter à la même époque. De nombreux chrétiens pensent que Jésus suivit ce chemin vers Gethsémané la nuit du jeudi Saint.

Une construction à deux étages sur le mont Sion, probablement érigée par les Croisés, accueille la Tombe du Roi David et le Cénacle. Selon la tradition des Chrétiens, le Cénacle, situé à l’étage supérieur, est le site du Dernier Repas – le Seder de Pâques que Jésus partagea avec ses disciples la nuit qui précéda sa crucifixion.

Le tombeau du roi David et la cénacle , lieu ou se serait tenue La Cène, sont dans le même bâtiment. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le tombeau du roi David et la cénacle , lieu ou se serait tenue La Cène, sont dans le même bâtiment. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le rez-de-chaussée héberge le site de la Tombe du Roi David, une tradition qui remonte au moins au Moyen-Age. Les adorateurs s’y rendent quelque soit l’heure, priant aux côtés d’un sarcophage recouvert d’un tissu décoratif. La Tombe, dont les contenus et l’âge n‘ont jamais été analysés de façon scientifique, ont été divisés de manière à ce qu’une partie puisse être exposée aux hommes, et le reste aux femmes.

Depuis environ 400 ans, l’entrée de ce qui est aujourd’hui la partie réservée aux hommes fut complètement recouverte de beaux carreaux en céramique peints à la main. Le 19 décembre 2012, un vandale haredi brisa les carreaux. Sa raison : Il espérait que la tombe du Roi David lui apporterait une compagne, mais il pensait que ces derniers – construits par des Musulmans – bloquaient ses prières. Ils ne furent pas restaurés, et ce que l’on aperçoit aujourd’hui est l’entrée des Mamelouk à travers ce qui est le plus probablement l’arche des Croisés.

Des juifs religieux sur ce qui semblerait être le tombeau du Roi David (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Des juifs religieux sur ce qui semblerait être le tombeau du Roi David (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le complexe réunissant la Tombe de David/le Cénacle est placé sous le contrôle du ministère israélien de l’Intérieur, avec l’accès à tous. Toutefois le Vatican aimerait avoir plus de latitude pour décider des dates de tenue des cérémonies, ces dernières étant aujourd’hui coordonnées avec les autorités sécuritaires et très limitées en nombre. L’idée des Chrétiens organisant des messes au-dessous de leurs têtes a scandalisé les Juifs orthodoxes en Israël, menant à des manifestations et à la calomnie des zones de l’église – dont un récent incendie au séminaire grec orthodoxe.

Les craintes d’une mainmise catholique ont aussi amené les Juifs orthodoxes à augmenter leur présence sur le site, et le complexe abrite aujourd’hui une yeshiva ainsi qu’une synagogue improvisée. Souvent, dans la section réservée aux hommes, on peut apercevoir quelqu’un jouant du violon pendant les prières. Le samedi soir, des jeunes garçons et des hommes Hassidiques dansent en cercle.

Des fidèles hassidiques dansent sur le tombeau de David sur le mont Sion le samedi soir (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Des fidèles hassidiques dansent sur le tombeau de David sur le mont Sion le samedi soir (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Si vous n’êtes toujours pas convaincu que le mont Sion est l’un des sites les plus importants de la Ville Sainte, cela pourra vous aider : Il y a moins d’une décennie, des archéologues ont exposé un mur le long des pentes du mont situées au sud, qui avait été érigé durant la période Byzantine à Jérusalem (4-7e siècles). Les archéologues avaient entrepris les fouilles dans le cadre des projets de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, pour créer une promenade qui préserverait la zone autour des murs de la Vieille Ville pour la postérité.

Plus tard, et pour le plus grand plaisir de tous, les archéologues découvrirent également un second mur, datant du règne des Hasmonéens (Famille des Maccabées) il y a 2000 ans.

Selon l’archéologue Yehiel Zelinger, qui dirigeait les fouilles, il est possible que les bâtisseurs byzantins n’aient pas eu idée de l’existence du mur des Hasmonéens – mais néanmoins construit leurs fortifications sur la même route. Et ce n’est pas tout : récemment, un mur encore plus ancien a été découvert – cette fois-ci, qui remonte à l’époque du Premier Temple.