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9 députés arabes israéliens sur 10 absents du discours de Zelensky à la Knesset

"C'est l'OTAN qui a imposé cette guerre", ont-ils dit ; seul Walid Taha, du parti Raam, était là ; certains membres de la Liste arabe unies refusent de condamner l'invasion russe

Le président de la Liste arabe unie Ayman Odeh lors d'une réunion de commission à la Knesset, à Jérusalem, le 13 décembre 2021. (Crédit  : Yonatan Sindel/ Flash90)
Le président de la Liste arabe unie Ayman Odeh lors d'une réunion de commission à la Knesset, à Jérusalem, le 13 décembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

Les deux partis arabes israéliens ont choisi de snober le discours prononcé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Knesset, dimanche soir. Sur dix, un seul parlementaire était présent.

Le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, ne s’est pas connecté pour écouter l’allocution, tout comme les deux autres législateurs de sa faction Hadash, ont noté les responsables du parti. Un porte-parole d’Odeh n’a pas répondu à notre demande de commentaire.

« Notre positionnement, c’est que ce sont l’OTAN et sa dirigeante, l’Amérique, qui ont imposé cette guerre », a déclaré Mansour Dahamsheh, secrétaire-général du parti Hadash, dans un entretien téléphonique accordé au Times of Israël.

Depuis les années 1990, plusieurs anciens États soviétiques ont rejoint cette alliance – des démarches individuelles qui ont été qualifiées par la Russie de « provocation » et de « menace à la sécurité nationale ». Moscou a demandé que l’Ukraine renonce à adhérer à l’OTAN comme condition à la fin de son offensive.

Zelensky s’est adressé aux députés israéliens via Zoom, dimanche soir, lors d’une allocution critique de la politique israélienne adoptée à l’égard de l’invasion russe. Dans des propos qui ont évoqué la Shoah de manière répétée, Zelensky a supplié les députés d’en faire davantage pour les Ukrainiens notamment en fournissant des armes avancés et des systèmes de défense antiaérienne à Kiev.

La vaste majorité des parlementaires israéliens ont participé à cette visioconférence exceptionnelle – certains y assistant même depuis l’Indonésie et depuis la France. Seuls les partis arabes ont boycotté l’événement.

Les deux parlementaires de la faction Taal de la Liste arabe unie, Ahmad Tibi et Osama Saadi, ont regardé l’intervention du président ukrainien sur la Douzième chaîne plutôt que sur Zoom, a indiqué un porte-parole du parti. L’unique législateur de la formation Balad, Sami Abou Shahadeh, n’était pas présent non plus.

Les députés Osama Saadi, à droite, et Ahmad Tibi, à gauche, lors d’une réunion de commission à la Knesset, le 9 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Walid Taha, député du parti islamiste Raam, était néanmoins au rendez-vous. Mansour Abbas, numéro un de la formation, prenait la parole lors d’une conférence à Haïfa au moment de l’allocution. Une demande de commentaire de notre part auprès de Raam est restée sans réponse.

La Liste arabe unie était, dans le passé, le porte-drapeau de la communauté arabe israélienne à la Knesset. Mais Raam a rompu les rangs, l’année dernière, en rejoignant la coalition au pouvoir. Les trois factions restantes sont restées dans l’opposition.

L’opposition la plus virulente au discours de Zelensky est venue du parti Hadash. Cette formation communiste d’extrême-gauche a entretenu des liens historiques avec l’Union soviétique et de nombreux membres du groupe étaient allés faire leurs études ou travailler dans le bloc.

« Il est très triste que des gens de qualité, à gauche, soient ainsi trompés par une fausse propagande – et qu’ils puissent même s’attendre à ce que mes amis et moi-même avalions les mensonges qui nous sont servis », a commenté Ofer Cassif, parlementaire de Hadash, sur Twitter.

« Je ne prendrai pas parti dans des guerres non-nécessaires qui nuisent à des civils innocents, qui renforcent ceux qui sont au pouvoir et qui enrichissent les seigneurs de guerre », a ajouté Cassif, le seul parlementaire juif de la formation.

La décision prise par Hadash de boycotter l’événement a été critiquée avec force, notamment par des personnalités de gauche.

« Rien ne peut justifier le boycott du discours d’un leader démocratiquement élu qui représente un peuple en train de subir l’offensive sauvage d’une puissance totalitaire et nucléaire », a écrit Michael Sfard, avocat spécialisé dans la Défense des droits de l’Homme et homme de gauche, dans un Tweet.

En 2017, les législateurs de Hadash avaient été critiqués pour avoir refusé de condamner l’autocrate syrien Bashar al-Assad après l’utilisation par son régime d’armes chimiques contre des civils. Certains membres du parti avaient même salué la conquête par Assad de secteurs détenus par les rebelles au cours de la guerre civile syrienne.

« Mon cœur saigne pour les enfants assassinés en Syrie, tout comme il saigne devant les images des enfants assassinés au Yémen ou à Gaza,” avait écrit Odeh sans mentionner explicitement que le régime d’Assad avait été à l’origine de ces morts.

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