A Gaza plus qu’ailleurs, les livres sont une fenêtre par où s’évader
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A Gaza plus qu’ailleurs, les livres sont une fenêtre par où s’évader

Affirmant que "la liberté commence quand on libère son esprit", un jeune diplômé en littérature utilise Facebook pour demander des livres au monde entier

Mossaab Abou Toha, qui collecte les livres en anglais pour son projet de bibliothèque et librairie à Gaza, dans la bibliothèque familiale de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 20 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Mossaab Abou Toha, qui collecte les livres en anglais pour son projet de bibliothèque et librairie à Gaza, dans la bibliothèque familiale de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 20 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Mossaab Abou Toha, 24 ans, n’est jamais sorti de la bande de Gaza. Pour s’échapper, il dévore des livres et se démène pour ouvrir la première bibliothèque en langue anglaise de ce territoire palestinien.

« Envoyez-nous des livres en anglais, neufs ou d’occasion », demande-t-il sur sa page Facebook.

« La liberté commence quand on libère son esprit », clame ce jeune diplômé en littérature anglaise de l’Université islamique de Gaza, qui partage son amour de la langue de Shakespeare en enseignant dans une école de l’ONU.

« J’ai lu des dizaines de livres en anglais. Avec eux, je peux voyager dans tous les pays du monde et à travers toutes les époques, j’ai l’impression d’être dans un autre monde », confie-t-il.

Mossaab Abou Toha partage le sort des deux millions d’habitants de Gaza, dont de nombreux jeunes, rêvant de voyage, mais qui sont contraints de rester confinés dans cette étroite enclave en raison des restrictions israéliennes et de la fermeture quasi permanente de la frontière égyptienne dues à l’idéologie terroriste du groupe palestinien du Hamas.

Mossaab Abou Toha, qui collecte les livres en anglais pour son projet de bibliothèque et librairie à Gaza, lit des livres en anglais aux enfants dans le jardin de la maison familiale de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 20 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Mossaab Abou Toha, qui collecte les livres en anglais pour son projet de bibliothèque et librairie à Gaza, lit des livres en anglais aux enfants dans le jardin de la maison familiale de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 20 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Les permissions de sortie israéliennes sont délivrées au compte-gouttes après une procédure souvent longue et aléatoire. Ceux qui réussissent à profiter des rares ouvertures égyptiennes ne savent jamais vraiment quand ils pourront rentrer.

Dans un territoire où même l’acheminement de produits de première nécessité – car ils peuvent être détournés de leur usage premier par les groupes terroristes – est tout sauf une évidence, la littérature aussi paie son prix à la politique.

« Il y a peu de livres en anglais » et les nouveautés littéraires « arrivent bien après leur publication à cause du blocus », déplore Mossaab Abou Toha, qui refuse de se contenter de traductions en arabe.

Les amateurs de livres pourraient certes se rabattre sur leurs versions électroniques. « Mais il y a des coupures d’électricité tout le temps », dit Chadi Salem, qui aide Mossaab Abou Toha à monter son projet.

Fin 2016, des habitants de Gaza qui ne recevaient plus que autre heures d’électricité par jour au lieu des huit habituelles avaient manifesté par milliers contre ces pénuries et contre l’inertie du pouvoir terroriste.

Manifestation dans la bande de Gaza contre la pénurie d'électricité, le 12 janvier 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Manifestation dans la bande de Gaza contre la pénurie d’électricité, le 12 janvier 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Bibliothèque bombardée

Depuis le lancement en juillet de leur page « Library&Bookshop for Gaza », qui compte près de 2 500 abonnés, les deux amis Chadi et Mossab disent avoir collecté plus de 200 livres, notamment de donateurs américains et européens, ainsi que 2 000 dollars.

Là encore, il a fallu composer avec les restrictions de mouvement.

Pendant des mois en 2016, Israël a bloqué l’acheminement de colis vers la bande de Gaza parce qu’ils servaient au Hamas à faire passer « du matériel aux finalités terroristes, comme des couteaux, des drones [et] des équipements d’espionnage ».

La livraison des colis a finalement été rétablie en décembre, permettant à Mossaab Abou Toha de proclamer sur Facebook : « Vous pouvez maintenant envoyer vos livres ! »

Good evening from Gaza! New books have already arrived.Please send your books when you can. It takes a month or so to reach Gaza.

Posted by Library & Bookshop For Gaza on Monday, 16 January 2017

Pour le moment, les 200 ouvrages reçus et la bibliothèque personnelle du jeune homme, environ 400 livres, trônent sur des étagères de la maison familiale, à Beit Lahia, dans le nord de Gaza.

L’objectif pour ouvrir la bibliothèque est d’atteindre un millier de livres supplémentaires.

Au milieu des ouvrages, il a placé en évidence trois livres du philosophe juif américain Noam Chomsky, qui les lui a envoyés personnellement.

Mossaab Abou Toha, qui collecte les livres en anglais pour son projet de bibliothèque et librairie à Gaza, montre les livres dédicacés personnellement par Noam Chomsky pendant sa visite à Gaza en 2012, dans la bibliothèque de la maison familiale de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 20 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Mossaab Abou Toha, qui collecte les livres en anglais pour son projet de bibliothèque et librairie à Gaza, montre les livres dédicacés personnellement par Noam Chomsky pendant sa visite à Gaza en 2012, dans la bibliothèque de la maison familiale de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 20 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

En 2014, la troisième guerre entre Israël et Gaza depuis la prise de pouvoir par le Hamas en 2007 a éclaté en juillet, et l’Université islamique a été bombardée, ce qui a détruit la bibliothèque en anglais où Mossaab Abou Toha piochait ses lectures, se rappelle le jeune homme à la courte barbe noire.

« J’ai été choqué : l’armée israélienne, soutenue par l’Occident, bombardait des livres en anglais ! »

Selon Mohammed al-Cherif, du ministère de la Culture tenu par le Hamas, une trentaine de bibliothèques ont été en partie ou totalement détruites au cours des trois guerres menées contre Israël.

Il existe 18 bibliothèques à Gaza, où la majorité des livres sont en arabe.

Selon Cherif, « Israël n’autorise l’importation de livres à Gaza que depuis un an, mais les ouvrages politiques, par exemple, sont toujours interdits. »

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