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Antisémitisme : ouverture d’une enquête fédérale à l’Université de Californie du Sud

Le département de l’Éducation va enquêter sur l’université, suite au harcèlement qui a conduit la cheffe d'une association étudiante à quitter ses fonctions

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Passants devant le panneau du University Village de l'University of Southern California à Los Angeles, le 12 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Reed Saxon, File)
Passants devant le panneau du University Village de l'University of Southern California à Los Angeles, le 12 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Reed Saxon, File)

Le Bureau des droits civils du département américain de l’Éducation a annoncé, mardi, avoir ouvert une enquête pour des faits de harcèlement antisémite à l’Université de Californie du Sud qui, selon une dirigeante d’une association étudiante juif, l’ont contrainte à démissionner en 2020.

Cette enquête fédérale est la dernière occurrence en date des plaintes pour antisémitisme déposées au sein des universités américaines, alors que se multiplient les témoignages d’étudiants juifs en butte au harcèlement de leurs pairs, dans l’indifférence des administrateurs, sur un certain nombre de campus.

Rose Ritch, étudiante à l’Université de Californie du Sud, a été vice-présidente l’Undergraduate Student Government (USG) de l’université jusqu’à sa démission en août 2020, motivée par du harcèlement et des intimidations en raison de sa judéité et de son soutien à Israël.

L’enquête du département de l’Éducation constitue une réponse à la plainte, déposée par Ritch, accusant l’Université d’avoir permis que se développe un climat antisémite hostile sur le campus, en violation du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964.

La loi interdit en effet toute discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’origine dans les programmes bénéficiant d’un financement fédéral. La discrimination antisémite a été incluse au titre de ces violations du titre VI en 2019.

Le Bureau des droits civils du département de l’Éducation ne mène d’enquêtes que sur les plaintes qu’il juge dignes d’un examen approfondi, ce qui signifie que l’enquête diligentée dans l’Université de Californie du Sud est importante.

L’université est une prestigieuse institution privée de Los Angeles, qui accueille près de 50 000 étudiants.

La plainte indique que les faits de harcèlement et discrimination, « graves et persistants » ont instauré un « climat hostile » qui a conduit Ritch à quitter l’association étudiante.

Elle postule que Ritch n’a pas bénéficié d’une réelle égalité des chances au moment de participer à la vie sur le campus et n’a pu accéder à toute l’offre éducative en raison de sa judéité.

L’université, consciente du harcèlement, aurait laissé le climat hostile s’installer et de dégrader, allègue la plainte, déposée par le Louis D. Brandeis Center for Human Rights Under Law, un groupe de défense des droits civils à but non lucratif spécialisé dans les questions juives et liées à Israël.

Ritch a été « victime d’une campagne concertée de harcèlement antisémite, qui l’a prise pour cible sur la base de son ascendance et de ses caractéristiques ethniques, et a cherché à l’exclure de l’USG en raison de sa judéité », indique la plainte.

Les étudiants, « déterminés à débarrasser [l’association étudiante] de tous les sionistes juifs », ont fait pression sur elle afin qu’elle démissionne, suite à l’expression de son soutien à la nation juive, explique la plainte.

Rose Ritch. (Courtoisie)

Le harcèlement aurait commencé au moment où Ritch s’est présentée à un poste au sein du l’association étudiante. Pendant qu’elle faisait campagne, ses affiches ont été vandalisées et les affiches de campagne d’autres étudiants juifs, arrachées.

Elle a été intimidée et harcelée sur les réseaux sociaux, et après avoir été élue vice-présidente de l’association étudiante, des étudiants ont lancé une campagne en ligne pour la faire destituer.

Parmi les propos tenus contre Ritch sur les réseaux sociaux figurent: « Dites à votre vice-président sioniste de m… de démissionner » et « cela me fait plaisir de voir [tous] les sionistes de [l’université] et [de l’association étudiante] se faire harceler ».

Les opposants à Ritch ont déposé une motion de destitution formelle, en partie motivée par son soutien à Israël. Selon la plainte déposée par Ritch, la motion est discriminatoire, « sans fondement » et « profondément enracinée dans la haine des Juifs ».

D’autres étudiants ont déclaré qu’elle devait être destituée en raison de sa judéité et de sa fidélité à Israël, l’accusant de « s’aliéner les Palestiniens », sans apporter aucune preuve.

Certains étudiants s’en sont pris à l’ensemble des dirigeants juifs de l’Université ainsi qu’au groupe Hillel, taxant les sionistes de Nazis et affirmant que les Juifs avaient « du sang sur les mains ».

Ritch et des organisations juives, dont Hillel, ont appelé l’université à intervenir et condamner ces faits de harcèlement antisémite, mais l’administration n’a pas voulu envisager la question sous l’angle de l’intimidation ni pris de mesures pour faire stopper ces agissements, indique la plainte.

L’université s’est contentée de modestes mesures, suite au courrier du Centre Brandeis signalant des discriminations, auquel elle n’a d’ailleurs pas apporté de réponse formelle, se refusant à tout commentaire autant qu’à invalider la procédure de destitution. Elle a finalement suspendu la destitution suite à d’intenses pressions, évoquant des vices de procédure.

Ritch a décidé de démissionner de son poste de vice-présidente de l’association étudiante en raison du harcèlement, invoquant des questions de sécurité et de santé.

Dans sa lettre de démission, elle écrit : « J’ai été harcelée et en proie à d’intenses pressions pendant des semaines, de la part de camarades de classe qui ne me supportaient pas » en tant que sioniste.

« On m’a dit que mon soutien à Israël me rendait complice du racisme et que, par association, je l’étais également. Les étudiants ont lancé une campagne agressive sur les réseaux sociaux pour « destituer cette sioniste de m…». C’est de l’antisémitisme. »

« La démission était le seul choix possible pour garantir ma sécurité physique sur le campus et ma santé mentale », a-t-elle ajouté.

L’université n’a fait de déclaration publique condamnant l’antisémitisme qu’après la démission de Ritch.

Cette déclaration n’était pas destinée à protéger Ritch, mais « à protéger l’Université du tollé public qui a suivi quand il est devenu évident que Ritch avait dû démissionner en raison du climat hostile créé par le harcèlement et la discrimination », a indiqué le Centre Brandeis.

« L’USC n’est pas intervenue, n’a exprimé publiquement aucune forme de soutien à Mme Ritch, n’a jamais condamné – ni même reconnu – le harcèlement dont elle a été victime et n’a pas annulé la plainte en destitution infondée déposée contre elle. Par son silence et son inaction, l’Université a toléré le harcèlement et la discrimination auxquels a fait face Mme Ritch », indique la plainte.

Cette dernière invite l’université à prendre une série de mesures, à commencer par l’éradication du climat hostile aux Juifs, l’adoption de la définition de l’IHRA pour l’antisémitisme, incluant le sionisme, la publication d’une déclaration dénonçant l’antisémitisme, la reconnaissance du sionisme comme faisant partie de l’identité juive pour de nombreux étudiants et l’organisation d’une sensibilisation à l’antisémitisme.

Dans une affaire similaire, également prise en mains par le Brandeis Center, le département américain de l’Éducation avait ouvert l’an dernier une enquête pour des faits de harcèlement antisémite au Brooklyn College.

Le Brooklyn College, qui fait partie du réseau des universités publiques de l’Université de New York, s’est trouvé impliqué dans des allégations d’antisémitisme de la part d’étudiants et de professeurs, taxé d’attentisme.

Des étudiants et professeurs juifs ont également intenté des poursuites judiciaires pour antisémitisme ces dernières années contre d’autres universités, notamment l’Université de Stanford et l’Université de New York.

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