Israël en guerre - Jour 230

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Après un entretien tendu avec Netanyahu, Biden dit qu’Israël fait ce qui lui est demandé

Le président aurait dit au Premier ministre que "nous ne serons pas capables de vous soutenir" sans changement dans le cours de la guerre ; les États-Unis ne prévoient pas d'enquête sur les travailleurs humanitaires

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (de dos) accueillant le président américain Joe Biden à son arrivée à l'aéroport international Ben Gurion, le 18 octobre 2023. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (de dos) accueillant le président américain Joe Biden à son arrivée à l'aéroport international Ben Gurion, le 18 octobre 2023. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Le président des États-Unis Joe Biden a indiqué vendredi qu’Israël s’était conformé à sa demande de laisser entrer davantage d’aides à Gaza – vingt-quatre heures après qu’il a averti le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’un tournant net dans la politique adoptée par les États-Unis.

S’apprêtant à quitter la Maison Blanche et alors qu’il lui était demandé s’il avait menacé l’État juif de stopper l’aide militaire fournie à Israël dans son appel avec Netanyahu, Biden a répondu : « Je leur ai demandé de faire ce qu’ils sont en train de faire ».

Biden a aussi semblé s’offusquer d’une suggestion laissant entendre qu’il était enclin à cesser de soutenir Israël, alors qu’il était interrogé par un journaliste qui lui demandait s’il était prêt à abandonner son allié israélien.

« Mais vous venez d’où, vous ? », a riposté Biden, apparemment choqué par la question en raison du soutien de longue date qu’il apporte à l’État juif.

« Êtes-vous en train d’abandonner Israël ? », a encore une fois interrogé le journaliste.

« C’est une question sérieuse ? », a rétorqué le président.

Au cours d’un appel tendu, dans la journée de jeudi, Biden avait averti Netanyahu que la politique américaine concernant Israël dépendrait de la protection des civils et de la sécurité des travailleurs humanitaires à Gaza, suite à une attaque israélienne qui a tué sept employés de l’organisation World Central Kitchen.

Cela avait été la première conversation entre les deux hommes depuis la frappe qui avait tué les sept travailleurs humanitaires dans la soirée de lundi, dans la bande de Gaza. Israël a admis « une grave erreur » et a juré qu’une enquête approfondie serait ouverte.

Quelques heures après la discussion entre les deux leaders, Israël avait annoncé qu’il permettrait « temporairement » aux livraisons d’aide humanitaire dans le nord de Gaza, un secteur sous la menace de la famine, d’entrer via le port israélien d’Ashdod et via le poste-frontière d’Erez pour la première fois depuis le début de la guerre – le poste-frontière avait été très endommagé pendant le massacre commis par les hommes armés du Hamas, le 7 octobre, qui avait entraîné la guerre actuelle. Lors de cet assaut meurtrier, près de 1 200 Israéliens, des civils en majorité, avaient été tués et 253 personnes avaient été kidnappées, prises en otage dans la bande de Gaza.

Israël va aussi augmenter la quantité des aides autorisées à entrer à Gaza par le poste-frontière de Kerem Shalom, en provenance de Jordanie.

Des boulangers vendent du kaak, des biscuits, alors que les gens font leurs courses en amont de la fête de l’aïd el-Fitr en amont du mois sacré du ramadan à Rafah, dans le sud de Gaza, le 5 avril 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Israël a aussi indiqué que deux agents avaient été renvoyés après la découverte d’une série « de graves erreurs » qui avaient entraîné la frappe au drone qui avait été à l’origine de la mort des employés de l’ONG World Central Kitchen.

La Maison Blanche, pour sa part, a noté qu’Israël devait faire davantage pour tenir ses engagements pris à l’égard de Biden.

« Il est important que ces engagements soient pleinement tenus et qu’ils soient rapidement mis en œuvre sur le terrain », a commenté le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby, devant les journalistes.

Kirby a ajouté néanmoins que les États-Unis ne prévoyaient pas de lancer leur propre enquête sur la mort des travailleurs humanitaires. Parmi eux figurait un citoyen américano-canadien, Jacob Flickinger.

« Les États-Unis n’ont pas le projet de lancer une enquête indépendante ou des investigations distinctes sur ce qui s’est passé », a dit Kirby.

Selon le site Axios, Biden avait averti Netanyahu, pendant leur entretien téléphonique tendu, que Washington « ne pourra plus soutenir » Israël en l’absence d’un changement spectaculaire dans la poursuite de la guerre à Gaza.

Citant trois sources proches du dossier, Axios a précisé que Biden n’avait pas dit précisément ce que signifierait une perte du soutien américain – mais que ses conseillers n’avaient pas explicitement écarté la possibilité d’un début de conditionnement des aides apportées à Israël lorsqu’ils avaient été interrogés à ce sujet de manière répétée par les journalistes.

L’entretien de jeudi a été le plus dur que Biden a pu avoir avec Netanyahu – dans la forme et dans le fond – depuis le début de la guerre, a signalé Axios.

Biden a indiqué au Premier ministre qu’il devait y avoir une pause dans les combats après la frappe israélienne meurtrière commise sur le convoi de l’ONG World Central Kitchen. WCK et d’autres groupes humanitaires avaient annoncé la suspension de leurs opérations dans la bande suite à cette attaque, et Biden a expliqué qu’une pause était susceptible d’empêcher un arrêt total de la distribution des aides.

Des Palestiniens armés et masqués sont vus sur des camions chargés d’aide humanitaire internationale entrant à Gaza par le passage de Kerem Shalom, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 avril 2024. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Netanyahu a répondu qu’une pause ne serait pas nécessaire dans la mesure où Israël appliquait de nouvelles procédures sur le terrain. Il a ajouté, de surcroît, qu’une trêve ne pourrait avoir lieu que si et seulement si le Hamas acceptait de libérer des otages – un positionnement que les États-Unis partagent depuis longtemps mais qui a apparemment évolué, ces dernières semaines, alors que la situation humanitaire empirait dans la bande de Gaza.

La demande de Biden concernant une pause dans les combats hors du contexte d’un accord portant sur la remise en liberté des otages a surpris Netanyahu, a confié un haut-responsable israélien à Axios.

Pendant la rencontre du cabinet qui a eu lieu après l’appel, Netanyahu a noté que le compte-rendu de la Maison Blanche avait, de la même manière, omis d’explicitement conditionner un cessez-le-feu à un accord sur les otages.

Selon le compte-rendu, Biden aurait déclaré au Premier ministre israélien qu’un « cessez-le-feu immédiat est déterminant pour stabiliser, pour améliorer la situation humanitaire et pour protéger des civils innocents, et il a vivement recommandé au Premier ministre de permettre à ses négociateurs de conclure un accord dans les meilleurs délais concernant le rapatriement des otages ».

Un officiel israélien a fait remarquer qu’après avoir demandé à la Maison Blanche d’établir clairement et ouvertement si elle avait changé de positionnement concernant la nécessité de conditionner un cessez-le-feu à un accord sur les otages, l’administration s’était exécutée en privé et en public.

Kirby, à la Maison Blanche, a ainsi indiqué aux journalistes, vendredi matin : « Mettons un accord en place de façon à pouvoir obtenir un cessez-le-feu pendant quelques semaines, de manière à ce qu’il soit plus facile de répondre aux engagements portant sur un renforcement de l’approvisionnement en assistance humanitaire ».

« Notre positionnement reste qu’il doit y avoir un cessez-le-feu dans le cadre d’un accord sur les otages et qu’un tel accord doit se conclure immédiatement. C’est la raison pour laquelle le président a exhorté le Premier ministre a donner toute latitude à ses négociateurs de finaliser un accord immédiatement », a commenté un responsable israélien auprès d’Axios.

L’avertissement lancé par Biden sur le changement de la politique des États-Unis a été l’allusion la plus claire à un conditionnement possible du soutien militaire apporté par Washington à l’État juif depuis le début de la guerre contre le Hamas, entraînée par l’assaut meurtrier du 7 octobre.

Le président américain a depuis pris la défense d’Israël, malgré les inquiétudes portant sur le bilan humain de plus en plus lourd à Gaza et sur la situation humanitaire au sein de l’enclave côtière.

Mais alors que les élections présidentielles, aux États-Unis, auront lieu au mois de novembre, Biden se heurte à l’opposition croissante de l’électorat musulman et jeune du parti Démocrate, et ses alliés de premier plan l’appellent à changer de cap.

Vendredi également, un haut-responsable de l’administration a expliqué au Times of Israel que le Conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan rencontrera des proches des otages américains qui sont encore détenus à Gaza, une rencontre qui aura lieu à la Maison Blanche, lundi.

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