Israël en guerre - Jour 232

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Avec des attaques en forte hausse, des Israéliens cherchent à aider les Palestiniens visés par les extrémistes

Alors que les autorités sont dans l'incapacité de prévenir de nombreuses agressions, ces militants disent servir "d'ultime bouclier" aux locaux

Mohammad Bader, 27 ans, inspecte sa maison incendiée par des partisans du mouvement pro-implantation à al-Mughayyir, un village de Cisjordanie, le 13 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)
Mohammad Bader, 27 ans, inspecte sa maison incendiée par des partisans du mouvement pro-implantation à al-Mughayyir, un village de Cisjordanie, le 13 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

Dans une région désertique de la Cisjordanie, Eyal Shani, un activiste israélien, a réussi à accrocher une minuscule caméra sur son tee-shirt pour pouvoir discrètement filmer les images d’éventuelles violences commises par des partisans du mouvement pro-implantation à l’encontre des bergers palestiniens.

Des militants comme Shani s’efforcent de protéger les Palestiniens face aux extrémistes juifs dans le secteur sauvage de Masafer Yatta, une zone située au sud de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie – mais, expliquent-ils, cette protection est devenue de plus en plus difficile à assurer alors que les attaques se sont multipliées dans le sillage de la guerre qui oppose, depuis le mois d’octobre, Israël au Hamas dans la bande de Gaza.

« Si nous n’étions pas là, les partisans du mouvement pro-implantation auraient tous les pouvoirs et ils ne considèrent pas les Palestiniens comme des êtres humains », indique cet homme âgé de 56 ans. « Nous sommes l’ultime bouclier pour eux ».

Israël contrôle certains pans de la Cisjordanie – où vivent environ trois millions de Palestiniens – depuis 1967. Approximativement 590 000 Israéliens résident également sur le territoire, dans des implantations qui sont considérées comme illégales par le droit international.

Le nombre d’attaques des partisans extrémistes du mouvement pro-implantation a connu une forte hausse depuis le début de la guerre à Gaza – une hausse qui inquiète et qui a entraîné un torrent de condamnations, notamment de la part des Nations unies. Les responsables israéliens ont insisté sur le fait que les auteurs de ces agressions formaient une minorité extrémiste qui ne représente qu’elle-même mais ils ont été apparemment dans l’incapacité de freiner le phénomène.

Plusieurs fois par semaine, Shani se rend à Masafer Yatta et il va voir les bergers, comme Shihada Salameh Makhamreh, 60 ans, qui vit avec sa famille dans une habitation taillée dans une paroi rocheuse, pour s’assurer que tout va bien.

L’activiste israélien Eyal Shani s’exprime pendant un entretien avec l’AFP à l’intérieur d’une grotte à Maghaier al-Abeed, au sud de Yatta, près de Hébron, en Cisjordanie, le 25 avril 2024. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

La fraîcheur de la grotte protège des fortes chaleurs, à l’extérieur – mais elle ne les protège pas des partisans israéliens du mouvement pro-implantation qui se sont installés à proximité.

Makhamreh raconte qu’à la mi-janvier, un groupe de jeunes Juifs ont attaqué leur maison, au milieu de la nuit, et qu’ils ont frappé sa mère, âgée de 75 ans. Depuis, explique-t-il, toute la famille vit dans la terreur, incapable de comprendre pourquoi elle a été prise pour cible dans un secteur si reculé.

« Nous sommes des gens pacifiques », s’exclame Makhamreh. « Nous ne faisons pas de politique ».

« Carte blanche »

Cela fait un moment déjà que les attaques commises par les partisans du mouvement pro-implantation sont en recrudescence – mais elles se sont encore multipliées depuis l’assaut meurtrier perpétré par le Hamas sur le sol israélien, le 7 octobre. Les terroristes avaient tué, ce jour-là, près de 1 200 personnes, des civils en majorité, et ils avaient kidnappé 253 personnes, prises en otage dans la bande de Gaza. Cette invasion sanglante avait déclenché la guerre qui continue aujourd’hui au sein de l’enclave côtière.

Le Bureau humanitaire des Nations unies, l’OCHA, a enregistré 1 036 attaques lancées contre des Palestiniens par les partisans du mouvement pro-implantation entre le 7 octobre et le 31 mars, soit une moyenne de six par jour. Elles étaient de trois par jour à la veille du 7 octobre et de deux par jour en 2022.

Certaines attaques – comme le saccage auquel s’étaient livrés les extrémistes juifs qui avaient pris d’assaut le village d’al-Mughayyir, au début du mois – ont suivi des attentats terroristes. Les autres semblent néanmoins relever d’un schéma plus général de violences.

Récemment, les États-Unis ont, pour la première fois, commencé à adopter des sanctions contre certains extrémistes qui ont été accusés d’avoir perpétré des agressions violentes.

Des Palestiniens inspectent les dégâts à une habitation du village d’al-Mughayyir, près de Ramallah, en Cisjordanie, après une attaque de partisans juifs du mouvement pro-implantation, le 13 avril 2024. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

Les militants israéliens disent rencontrer de plus en plus de difficultés à conserver à distance les extrémistes qui se sont enhardis.

Ehud Krinis, 57 ans, activiste qui se bat contre les implantations israéliennes, affirme que les partisans du mouvement pro-implantation, en Cisjordanie, ont pu compter sur le soutien apporté par le gouvernement le plus à droite de toute l’Histoire d’Israël.

Deux ministres de premier plan vivent dans des implantations – le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich — et Krinis estime que les extrémistes ont dorénavant le sentiment « d’avoir carte blanche pour faire presque tout ce qu’ils veulent ».

De son côté, l’activiste qui s’est rendu à Masafer Yatta dit que les militants, comme lui, ressentent un isolement croissant depuis le 7 octobre.

« Certains me considèrent comme un traître, certains considèrent que j’ai trahi l’idéal sioniste d’avoir un État juif libre », déplore-t-il.

Irene Bleier Lewenhoff, 73 ans, infirmière à la retraite qui est venue avec Krinis pour apporter de quoi manger à la famille Makhamreh, renchérit : Elle se sent « très, très seule » au sein de la société israélienne depuis le début de la guerre, même si cela fait plus de cinquante ans qu’elle milite contre les activités menées par Israël en Cisjordanie.

Les funérailles de l’un des deux Palestiniens qui avaient été tués pendant une attaque des partisans du mouvement pro-implantation perpétrée, quelques jours plus tôt, à Aqraba, en Cisjordanie, le 20 avril 2024. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

Cela fait longtemps qu’il y a des problèmes à Masafer Yatta, un secteur que l’armée israélienne avait déclaré zone militaire restreinte dans les années 1980.

Au mois de mai 2022, après une longue bataille judiciaire, la Cour suprême israélienne a rendu une décision favorable à Tsahal, aidant à ouvrir la voie à l’expulsion des résidents palestiniens qui affirment que leurs ancêtres vivent dans le secteur depuis de longues générations.

Krinis déclare que l’armée permet aux partisans du mouvement pro-implantation de s’installer dans les collines de Masafer Yatta dans le but de décider les Palestiniens à partir.

« L’armée ne veut pas les évacuer directement alors elle tente de le faire de manière indirecte », note-t-il. L’idée est « de laisser les résidents d’implantation exercer les pressions », ce qui permet ainsi à Tsahal de ne pas intervenir, précise-t-il.

Et si les partisans du mouvement pro-implantation leur rendent la vie suffisamment difficile, ajoute Krinis, les Palestiniens « prendront la décision de quitter le secteur de leur plein gré ».

L’AFP n’a pas fait état d’une réponse d’Israël aux accusations lancées par l’activiste, et il est difficile de dire si l’agence de presse a sollicité les autorités israéliennes dans ce sens.

Un slogan indiquant « vengeance » en hébreu et des graffitis représentant des étoiles de David sur la façade d’une maison palestinienne après une attaque présumée de résidents d’implantations israéliens, dans le village d’al-Lubban ash-Sharqiya, au sud de Naplouse, en Cisjordanie, le 11 avril 2024. (Crédit : Zaïn Jaafar/AFP)

« Difficile et dangereux »

Dans la région de Masafer Yatta encore, les activistes israéliens viennent en aide à une famille palestinienne suite à une attaque des extrémistes juifs.

Zakaria al-Adra explique avoir été blessé par un partisan du mouvement pro-implantation, le 13 octobre, qui l’a pris pour cible, ouvrant le feu à bout portant, dans le village d’Al-Tuwani, au sud de Hébron.

Des images partagées par le groupe israélien de défense des droits de l’Homme BTselem semblent montrer des soldats aux côtés de l’homme armé qui a tiré.

Cet homme de 29 ans raconte avoir subi plus de dix interventions chirurgicales. Il n’est plus en mesure, ajoute-t-il, de travailler et de répondre aux besoins de son épouse et de leurs quatre enfants – les plus jeunes enfants du couple sont des jumeaux qui ne sont âgés que de dix mois.

De la fumée s’élève du village de Duma, en Cisjordanie, après que des partisans du mouvement pro-implantation sont entrés dans le village, incendiant des maisons et des voitures après le meurtre de Benjamin Achimeir, 14 ans, le 13 avril 2024. (Crédit : Itai Ron/Flash90)

Ehud et Irene lui rendent visite toutes les semaines, apportant des aides, avec des couches pour les bébés.

L’épouse d’Adra, Shouq, 24 ans, confie à l’AFP que la vie est devenue « plus difficile et plus dangereuse » depuis le 7 octobre.

« Toute l’implantation a des armes », ajoute-t-elle, disant que même les bénévoles étrangers et israéliens ne sont plus en sécurité dorénavant.

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