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Big rétropédale et autorise les magasins à ouvrir mardi malgré la grève anti-réforme

La chaîne de centres commerciaux avait fait face à des pressions politiques ; un député a promis d'utiliser son immunité pour empêcher la fermeture par une "bande de porcs"

Le centre commercial Big, à Yehud, le 4 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Le centre commercial Big, à Yehud, le 4 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Face à la rébellion des propriétaires de magasins et aux pressions politiques, une chaîne de centres commerciaux a déclaré lundi qu’elle n’obligerait pas ses commerces à participer à la grève prévue mardi pour protester contre un projet de loi limitant le contrôle judiciaire des décisions gouvernementales.

Big Shopping Centers a déclaré que bien que les installations elles-mêmes ne seront pas ouvertes si le projet de loi est adopté lors de sa première lecture à la Knesset lundi soir, les magasins situés dans les centres commerciaux qui décident d’ouvrir pourront le faire. La chaîne a également annoncé qu’elle accorderait une réduction sur le loyer aux magasins qui n’ouvriront pas.

Il s’agit d’un revirement de situation pour la chaîne après que de nombreux commerçants exploitant ses locaux ont déclaré qu’ils ne participeraient pas à la grève annoncée et que des appels à un boycott des consommateurs se soient intensifiés à droite, ainsi qu’une baisse de 3,2 % du cours de son action en bourse à la suite de l’annonce, dimanche, de la grève.

Elle a également fait face à des pressions de la part de politiciens de droite. L’un d’entre eux, le député Almog Cohen (Otzma Yehudit), a déclaré lundi matin qu’il empêcherait physiquement la fermeture du grand centre de Beer Sheva.

« C’est une bande de porcs », a-t-il déclaré au site d’information Ynet. « Ils ne peuvent pas imposer une telle chose au public sous prétexte que le PDG est de gauche et [la législation de la Knesset] ne correspond pas à son programme politique. »

Cohen avait même semblé suggérer qu’il pourrait recourir à la violence si nécessaire, affirmant à plusieurs reprises qu’il n’hésiterait pas à utiliser son immunité parlementaire dans le cadre de ses actions sur place.

Le député Otzma Yehudit, Almog Cohen, à la Knesset, le 22 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le projet de loi, qui devrait être adopté lors du premier des trois votes – qu’il doit passer pour devenir une loi – à la Knesset lundi soir, viserait à empêcher les tribunaux d’utiliser l’outil judiciaire de la notion du « caractère raisonnable » pour les décisions gouvernementale. Il s’agit du premier projet de réforme proposé par la coalition après une pause de trois mois, pendant laquelle elle a mené des négociations désormais caduques avec l’opposition sur une éventuelle réforme judiciaire consensuelle.

L’annonce de la grève prévue par Big dimanche est intervenue alors que les organisateurs des manifestations nationales contre le projet de réforme appelaient à des manifestations mardi « comme on n’en a jamais vues en Israël », et que des dizaines de start-ups, et autres entreprises technologiques, ont indiqué à leurs employés qu’ils pouvaient prendre un jour de congé pour manifester.

Big Shopping Centers avait déclaré que la vingtaine de centres commerciaux qu’elle exploite dans tout le pays seraient fermés mardi si le projet de loi était adopté lors du premier des trois votes en plénière lundi soir, dénonçant la proposition comme « un pas de plus sur la voie de la dictature ».

« Une telle législation porterait un coup fatal aux affaires et à la stabilité économique en Israël, et mettrait directement et immédiatement en danger notre existence en tant qu’entreprise leader en Israël », a déclaré Big dans un communiqué. « Lorsque le pays tremble et est déchiré de l’intérieur, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. »

La société avait également promis de « renforcer [ses] mesures » si le projet de loi progressait davantage.

L’annonce a été dénoncée par les membres de la coalition, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir appelant à un boycott des centres commerciaux de Big jusqu’à ce que l’entreprise s’excuse. Ben Gvir, qui dirige le parti d’extrême-droite Otzma Yehudit, a insisté sur le fait que le vote aurait lieu « en dépit de tous ceux qui agissent comme des voyous »

Certains propriétaires de magasins ont critiqué Big, se lamentant des pertes attendues en raison de la grève et prévoyant que leurs entreprises seraient les premières touchées par le boycott.

« Ils détruisent notre gagne-pain », a déclaré un propriétaire de magasin non identifié au centre Big de Beit Shemesh à la chaîne publique israélienne Kan.

« Quiconque veut protester devrait le faire avec passion – c’est un pays démocratique – mais ils nous ont acculés et ne nous ont pas donné le droit de choisir. »

Suite aux appels au boycott, de nombreuses start-ups, et autres entreprises technologiques, ont annoncé qu’elles commenceraient à acheter leurs fournitures dans les centres commerciaux de Big et qu’elles ne s’approvisionneraient pas auprès d’une entreprise qui poursuivrait l’exploitant du centre commercial en raison de la grève, selon Kan.

« Le secteur high-tech dispose d’un pouvoir d’achat considérable entre les entreprises, les employés et leurs familles, et le diriger pour renforcer BIG est un objectif extrêmement important », ont déclaré des dizaines de start-ups dans un communiqué.

« Nous appelons davantage d’entreprises à faire preuve de courage, comme BIG, et demandons au public de soutenir les entreprises qui s’opposent à la menace pour la démocratie. De plus, nous n’achèterons pas auprès des sociétés qui poursuivent BIG en raison du courage dont il a fait preuve », indique le communiqué.

On ignore encore si cette initiative se poursuivrait malgré le volte-face de Big lundi.

Des Israéliens manifestant contre la réforme du système judiciaire, à Tel Aviv, le 8 juillet 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les organisateurs ont déclaré que la manifestation de mardi serait le « premier jour de résistance de juillet » et comprendrait des rassemblements, des convois de protestation, des perturbations dans tout le pays à partir de 7h du matin, ainsi qu’une autre manifestation de grande ampleur à l’aéroport Ben Gurion à 16h.

Ils ont également annoncé des manifestations devant le bureau de liaison de l’ambassade des États-Unis à Tel Aviv et la résidence présidentielle à Jérusalem, qui se tiendront à 18h30, suivies d’autres rassemblements plus tard mardi soir.

« Si le gouvernement ne s’arrête pas, tout le pays s’arrêtera », ont-ils déclaré.

Les manifestations se poursuivent depuis début janvier, lorsque le ministre de la Justice Yariv Levin a révélé les projets de réforme, et elles se sont intensifiées ces derniers temps alors que la coalition de Netanyahu renforce ses efforts législatifs. Les opposants affirment que les mesures proposées menacent le caractère démocratique d’Israël et laissent les droits des minorités sans protection, tandis que les partisans soutiennent qu’elles sont nécessaires pour limiter les pouvoirs d’un pouvoir judiciaire excessif.

Alexander Fulbright a contribué à cet article.

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