Israël en guerre - Jour 288

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Ce que des élus juifs américains disent de la guerre contre le Hamas

Alors que le conflit entre dans sa sixième semaine, des démocrates pro-israéliens ont notamment dénoncé le bilan des morts, côté palestinien

Le sénateur démocrate Jon Ossoff (Georgie) lors d'un discours prononcé à l'occasion d'une collecte de fonds pour le Gwinnett County Democratic Party à Norcross, en Georgie, le 21 mai 2022. (Crédit : Akili-Casundria Ramsess/AP)
Le sénateur démocrate Jon Ossoff (Georgie) lors d'un discours prononcé à l'occasion d'une collecte de fonds pour le Gwinnett County Democratic Party à Norcross, en Georgie, le 21 mai 2022. (Crédit : Akili-Casundria Ramsess/AP)

En l’espace de deux jours, une députée juive est devenue la première à appeler Israël à conclure un cessez-le-feu à Gaza. Un autre a qualifié le bilan civil, côté palestinien, dans le cadre du conflit opposant Israël et le Hamas « d’inacceptable » et un troisième à estimé que les souffrances à Gaza s’apparentaient à « un échec moral ».

Mercredi, le sénateur Jon Ossof – une personnalité qui a toujours cherché à trouver le consensus sur la question d’Israël au sein du parti démocrate et qui a soigneusement évité de mettre en cause trop ouvertement l’État juif depuis son entrée au Congrès, en 2021 – a émis une critique virulente de l’opération militaire en cours dans la bande de Gaza.

« L’étendue des morts du côté des civils et les souffrances à Gaza ne sont pas nécessaires. C’est un échec moral qui devrait paraître inacceptable aux yeux des États-Unis », a déclaré Ossof dans un discours prononcé à la tribune du sénat, mercredi.

Si Ossoff avait, jusqu’à présent, réservé ses critiques à certaines politiques mises en œuvre par Israël en Cisjordanie, il les avait réduites récemment, insistant lourdement sur des éléments de langage portant sur le caractère déterminant de la situation à deux États et il a œuvré à construire des relations avec plusieurs législateurs israéliens. Il avait, au Congrès, prôné des initiatives portant sur des questions consensuelles – comme l’augmentation du financement du Coordinateur de la sécurité américain à Jérusalem. Il avait aussi encouragé l’ouverture d’une enquête indépendante sur la mort de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh.

Ces critiques proférées mercredi par Ossof vont donc bien plus loin que cela n’a jamais été le cas dans le passé – ce qui laisse penser qu’il pourrait prendre la tête d’une tendance au sein d’un parti démocrate dirigé par un président qui soutient le raid israélien à Gaza mais qui a toutefois exhorté l’État juif à épargner autant que possible les civils.

Ossoff a pris grand soin de ne pas aller jusqu’à réclamer un cessez-le-feu, comme ont pu le faire plus de vingt députés d’extrême-gauche à la chambre. Il n’a toutefois pas été loin de le faire.

Jon Ossoff présente le président élu américain, Joe Biden, à Atlanta, le 4 janvier 2021. (AP Photo / Carolyn Kaster)

« Une catastrophe humanitaire absolue à Gaza… sape la sécurité nationale américaine ; elle accroît le risque d’une propagation de la guerre, obligeant les forces américaines à s’impliquer davantage dans le combat ; elle sème les graines de la haine et elle nuit aux perspectives d’une paix durable à long terme entre Israéliens et Palestiniens ; elle nourrit les terroristes qui peuvent frapper les Américains et nos alliés à l’étranger comme aux États-Unis ; elle mine la crédibilité des États-Unis et de nos alliés comme défenseurs d’un avenir défini par les valeurs humanitaires », a déclaré Ossof.

« Si dans six mois, Gaza n’est plus que décombres, avec des dizaines de milliers de morts, des millions de réfugiés désespérés sans plan viable pour s’extraire de ces ruines, alors ce sera un désastre – pas seulement pour tous ceux qui ont été tués, blessés et plongés dans la misère mais aussi pour Israël, pour la région et pour les États-Unis », a-t-il ajouté.

Les États-Unis « se sont tenus aux côtés d’Israël depuis le 7 octobre et c’est encore le cas », a continué Ossof, soulignant la visite effectuée au sein de l’État juif par le président Joe Biden, les aides militaires qui ont été accordées en hâte à Israël, les ressources militaires américaines déployées dans la région et les efforts livrés pour obtenir la libération des otages.

« Toutefois, les demandes soumises par les États-Unis au gouvernement israélien – concernant une campagne plus ciblée, l’autorisation de laisser entrer en toute sécurité des aides essentielles pour que la vie puisse durer dans la bande, l’absence d’assassinats extra-judiciaires de la part des extrémistes en Cisjordanie, la présentation d’un plan crédible pour la future gouvernance à Gaza – sont majoritairement restées lettre morte », a-t-il affirmé.

« Là où les États-Unis ont engagé des armes et des financements, là où nous avons apporté notre soutien, nous devons malgré tout conserver nos principes et veiller à nos intérêts », a poursuivi Ossof dans cette allocution dans laquelle il a condamné avec vivacité le Hamas, déclarant que rien ne pouvait justifier le massacre du 7 octobre et reconnaissant qu’il était difficile de ne pas tuer des civils dans le cadre du conflit dans la mesure où ces derniers servent de boucliers humains au Hamas.

« Je recommande vivement aux leaders politiques israéliens d’agir avec sagesse et d’écouter les États-Unis, qui sont le plus grand ami et le plus grand allié d’Israël », a-t-il noté.

Depuis le 7 octobre, les 35 Juifs qui siègent à la Chambre des représentants et au Sénat – qui sont démocrates à l’exception de deux – ont été les plus fidèles défenseurs d’Israël dans le sillage du massacre commis par les terroristes du Hamas le 7 octobre. C’est cet assaut meurtrier qui avait été à l’origine de la déclaration de guerre de l’État juif.

Le mois dernier, trois députés juifs, notamment deux progressistes, avaient initié un courrier qui avait été signé par plus de la moitié des représentants démocrates de la chambre – une lettre qui appuyait le soutien robuste apporté par Biden à Israël. Les 24 députés juifs du parti démocrate y avaient notamment apposé leur signature.

Aujourd’hui, alors que la guerre entre dans sa sixième semaine, le bilan des morts, côté palestinien, augmente et la crise humanitaire s’intensifie : ce qui a entraîné des réactions furieuses de contestation chez certains représentants et notamment chez Becca Balint (Vermont), Dean Phillips (Minnesota) et Ossof (Georgie).

Becca Balint en campagne pour représenter le Vermont au Congrès, dans une photo non datée de cette année. (Crédit : Becca Balint pour le Congrès des États-Unis/via la JTA)

Phillips, Ossoff et Balint avaient tous indiqué que les massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre – 1 200 personnes avaient tué tuées sur le sol israélien et 240 personnes avaient été kidnappées et sont depuis retenues en captivité à Gaza – rappelaient les horreurs de la Shoah. « Ces événements rappellent l’Einsatzgruppen SS, ce bataillon de la mort nazi qui avait traqué et massacré nos proches dans toute l’Europe de l’Est il y a 80 ans », avait dit Ossof au Sénat.

Mais ils ont déclaré être hantés par le carnage en cours – le ministère de la Santé placé sous la houlette du Hamas, à Gaza, a fait savoir que plus de 12 000 Palestiniens avaient trouvé la mort, dont des milliers d’enfants. Des chiffres qui ne peuvent faire l’objet d’une vérification indépendante et le Hamas est régulièrement accusé de gonfler le nombre des victimes, prenant en compte également ses jeunes hommes armés dans le bilan des enfants. Il est difficile de dire combien de décès, dans ce total, concernent ses combattants et combien ont été les victimes de tirs de roquette défaillants qui prenaient initialement pour cible Israël.

Jeudi, Balint est devenue la première membre juive du congrès à appeler à un cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le Hamas.

« Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est l’arrêt immédiat des violences qui puisse laisser la place à un véritable cessez-le-feu négocié », a-t-elle écrit dans une Opinion publiée sur VTigger, un site d’information du Vermont. « Un cessez-le-feu où les deux parties mettront un terme au bain de sang, où elles laisseront la population de Gaza accéder à une aide humanitaire désespérément nécessaire et où elles pourront avancer vers une paix durable ».

La représentante Alexandria Ocasio-Cortez, démocrate de New York, leader de la « Squad », la faction la plus à gauche de la chambre, a immédiatement relevé les propos de Balint en soulignant son identité juive.

La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez de New York assiste à une conférence de presse au Capitole américain à Washington, le 16 juin 2021. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

« La représentante Becca Balint est aujourd’hui la première membre juive du congrès à faire savoir qu’elle est favorable à un cessez-le-feu à Gaza », a écrit Ocasio-Cortez sur Twitter. « Elle est incroyablement courageuse et elle adopte un positionnement qui trouve ses racines dans son engagement en faveur des droits de l’Homme et de la protection des innocents ».

L’appel lancé par Balint diffère toutefois, d’une certaine manière, du cessez-le-feu défendu par Ocasio-Cortez : Cette semaine, Ocasio-Cortez a ainsi piloté l’écriture d’un courrier adressé à Biden, appelant le président américain à exercer des pressions sur Israël en faveur de la conclusion d’un cessez-le-feu.

De son côté, l’appel lancé à Balint s’est adressé à Israël, ne demandant pas à Biden de s’impliquer.

Balint a aussi dit, dans son Opinion, que la condition du cessez-le-feu devait être le départ du Hamas du pouvoir – ce qui est l’objectif poursuivi par Israël dans sa campagne.

« Un cessez-le-feu durable ne pourra fonctionner que si le Hamas ne continue pas à diriger la bande de Gaza », a-t-elle écrit. « Le Hamas est une organisation terroriste dont l’objectif clairement établi est d’annihiler l’État d’Israël. Il est impossible qu’il reste au pouvoir à Gaza. »

Le courrier d’Ocasio-Cortez, signé par 24 personnes, n’évoquait aucune condition de ce type.

Plus tard, Ossof est allé prendre la parole au Sénat pour fustiger la conduite d’Israël. Il n’a pas appelé à un cessez-le-feu, affirmant que l’État juif devait poursuivre le Hamas. Il s’est néanmoins montré inébranlable dans des critiques à l’égard de la conduite d’Israël et face au refus opposé aux demandes de l’administration Biden, soucieuse que des aides humanitaires puissent entrer dans la bande.

Vendredi, Phillips, qui s’apprête à défier Biden aux primaires et qui est connu pour ses positionnements modérés, a émis un communiqué où il a expliqué comment, selon lui, il fallait tenter de s’extraire de la guerre – un communiqué où il n’a pas épargné Israël et ses gouvernements. Il a également demandé à l’État juif de démanteler les capacités de combat du Hamas.

« Israël a absolument droit de s’attendre à pouvoir prendre pour cible les terroristes du Hamas et Israël a le droit de démanteler les capacités de destruction de l’État d’Israël du groupe », a-t-il affirmé. « Mais cette riposte entraîne un bilan inacceptable concernant le nombre de victimes du côté palestinien – qui, pour un grand nombre d’entre elles, sont déjà victimes du Hamas et ne le soutiennent pas ».

Il s’en est pris en particulier au Premier ministre Benjamin Netanyahu qui, a-t-il noté, a « exacerbé » les politiques « de répression et de colonisation illégale des terres palestiniennes ». Il a dit qu’Israël devait rapidement organiser des élections – Netanyahu n’est que faiblement soutenu dans les sondages au sein de l’État juif.

Phillips a présenté un plan en cinq points visant à créer « un avenir de paix ». Un document notable dans la mesure où Phillips a été l’un des hommes qui, au congrès, n’a jamais hésité à dénoncer ses pairs démocrates pour leurs critiques d’Israël qui, selon lui, s’apparentaient à de l’antisémitisme.

Jusqu’à présent, le seul démocrate juif à avoir fustigé avec force la riposte israélienne avait été le sénateur Bernie Sanders (Vermont), leader officieux de la faction progressiste au congrès. Mais il a refusé d’appeler au cessez-le-feu dans le cadre de cette guerre, prenant ses distances avec les progressistes américains qui ont pu le faire.

Ces changements de positionnement qui surviennent chez les députés juifs prennent place dans un contexte plus général de dénonciation de la guerre, telle qu’elle est menée par Israël, chez des personnes proches du gouvernement américain ou qui font partie de l’administration. Ce sont des centaines de personnels de l’administration américaine qui ont critiqué la prise en charge, par cette dernière, de la guerre entre Israël et le Hamas et qui ont appelé Biden à faire davantage pour les Palestiniens, a signalé cette semaine le New York Times.

Cette semaine aussi, plus de cent anciens membres de l’administration de Barack Obama ont également rendu public un courrier où ils félicitent Biden pour sa « clarté morale » dans son soutien à l’État juif et où ils disent être favorables à l’octroi d’une enveloppe d’assistance d’urgence à Israël à hauteur de 14 milliards de dollars.

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