Coronavirus: L’étrange étude citée par Netanyahu classant Israël n°1 de la lutte
Rechercher

Coronavirus: L’étrange étude citée par Netanyahu classant Israël n°1 de la lutte

Les curieuses origines de l'étude, présentée par Netanyahu et confirmée par "Forbes", prétend qu'Israël est le pays le mieux protégé contre l'épidémie de Covid-19

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle du coronavirus COVID-19 lors d'une conférence de presse, au Bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 25 mars 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle du coronavirus COVID-19 lors d'une conférence de presse, au Bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 25 mars 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Depuis fin mars, le Premier ministre Benjamin Netanyahu brandit une étude du peu connu « Deep Knowledge Group » qui affirme qu’Israël est le pays qui combat le mieux la pandémie de coronavirus dans le monde. Malgré les efforts répétés des journalistes, des scientifiques et des utilisateurs des médias sociaux pour démystifier cette enquête, M. Netanyahu continue de la citer à la télévision aux heures de grande écoute ainsi que sur son site web officiel et les réseaux sociaux.

Non seulement l’étude ne révèle pas les données ou la méthodologie qu’elle a utilisées, mais les personnes qui l’ont réalisée présentent un parcours professionnel assez inhabituel. Le Times of Israel a creusé plus loin dans les origines du « Deep Knowledge Group » et a découvert un expert médical basé à San Francisco, au curriculum vitae exceptionnel, qui aurait dirigé une entreprise offrant des services de renseignements privés à des gouvernements étrangers ; un banquier russe en faillite qui conseille le président moldave sur l’économie et un étrange mouvement russe visant à prolonger la durée de vie humaine.

Le 31 mars, Netanyahu a publié une statistique sur sa page Facebook, son compte Twitter et le site officiel du bureau du Premier ministre. Il y présentait un graphique en bâtons intitulé « Classement des pays où la sécurité sanitaire face au coronavirus est assurée », et montrait qu’Israël était en tête des pays où un individu pouvait se sentir le plus en sécurité pendant la pandémie actuelle.

Les critiques ont rapidement fait un tour d’horizon [lien en hébreu] de l’étude, soulignant à juste titre que si Israël n’est en aucun cas le pays le plus touché au monde, de nombreux autres affichent un taux de mortalité par habitant plus faible, un taux de dépistage plus élevé et une meilleure préparation qu’Israël.

Un graphique réalisé par le Deep Knowledge Group et publié sur la page Facebook de Netanyahu le 31 mars 2020 montre qu’Israël est le pays le plus sûr pendant la pandémie de coronavirus. (Facebook)

L’étude elle-même ne précise pas sa méthodologie ni les données exploitées. Elle provient du site web d’une entreprise appelée « Deep Knowledge Group » dont peu de gens ont entendu parler.

Le Times of Israel a publié le 8 avril un article révélant que Deep Knowledge Group était une société de capital-investissement de Hong Kong détenue par un homme d’affaires basé à Moscou et à Londres, Dmitry Kaminskiy, qui possède des intérêts commerciaux dans les secteurs des technologies de pointe, des blockchains et de la « longévité ». À la mi-2015, ce dernier a acheté la « Interactive Bank » russe et annoncé, dans des interviews aux médias russes, qu’il investirait un milliard de dollars dans la banque pour en faire la meilleure au monde en utilisant l’intelligence artificielle. Un an plus tard, la banque était en faillite, et sa licence révoquée.

Malgré les nombreuses questions soulevées par l’étude de Deep Knowledge Group, Netanyahu l’a encore une fois citée, involontairement ou non, en tweetant le 15 avril que le magazine Forbes avait désormais « aussi » proclamé qu’Israël était l’endroit le plus sûr au monde vis-à-vis du coronavirus.

Une « experte mondiale dans son domaine »

En fait, l’article de Forbes.com datant du 13 avril tweeté par Netanyahu a été écrit par une cadre du même « Deep Knowledge Group » qui a rédigé l’étude du 30 mars : Margaretta Colangelo, co-fondatrice de Deep Knowledge Group à San Francisco, avec un CV impressionnant qui inclut son appartenance à « Women Techmakers at Google ». Forbes a ensuite précisé qu’il n’avait pas mené d’étude de son côté.

Margaretta Colangelo, co-fondatrice de Deep Knowledge Ventures. (LinkedIn)

L’article a été présenté sous le titre de « Forbes Contributor ». Le 16 avril, Forbes a précisé [lien en hébreu] que cela signifiait que « l’étude [sur le coronavirus] a été publiée par une entité externe et n’est pas un classement produit par Forbes« .

Un débat houleux s’en est suivi sur les réseaux sociaux, les partisans israéliens de Netanyahu affirmant que les conclusions publiées dans Forbes proviennent néanmoins d’une source fiable et réputée et que Forbes vérifiait ses contributeurs, tandis que ses détracteurs ont affirmé que le « Deep Knowledge Group » était une entité peu connue qui a réussi à renforcer sa présence en ligne grâce à des pratiques de relations publiques solides et que ses conclusions manquaient de crédibilité et étaient à maintes reprises utilisées par Netanyahu pour servir ses propres intérêts.

Alors que certains critiques en ligne ont mis en doute la crédibilité de Margaretta Colangelo et de DKG, d’autres ont pris sa défense et celle de son entreprise.

« Je travaille chez Google, et le nom de Margaretta Colangelo n’apparaît pas en rapport avec notre entreprise », a écrit une personne sur Facebook nommée Liora Yuklea le 16 avril.

Guy Levy, professionnel des relations publiques et ancien porte-parole du ministre de la Justice par intérim Amir Ohana, lui a répondu : « Vous faites partie des cadres de l’entreprise ? Parce que je suppose que si vous êtes une programmatrice ou même une cheffe d’équipe, vous ne savez rien du travail de Google sur les questions de santé publique ».

Ce dernier a également affirmé dans une publication du 15 avril devenue virale que la réputation et les références de Deep Knowledge Group et de Margaretta Colangelo devraient dissiper tout doute sur la validité de l’étude.

Il a ajouté que Deep Knowledge Group « s’est associé avec des scientifiques des universités d’Oxford et de Cambridge ».

Il a fait savoir que Margaretta Colangelo « est une experte mondiale dans son domaine. Elle a été directrice de sociétés de haute technologie médicale dans la Silicon Valley pendant 30 ans et siège, notamment, au conseil d’administration ou conseille des dizaines de sociétés et d’organismes internationaux de premier plan dans ce domaine ».

Un SMS de Margaretta Colangelo à Guy Levy, professionnel israélien des relations publiques. (Facebook)

Un jour plus tard, M. Levy a rendu public un SMS reçu de Mme Colangelo elle-même, dans lequel elle énumérait ses références : « Dmitry Kaminskiy et moi avons écrit plus de 100 articles sur l’IA et la deeptech qui ont été publiés dans Forbes, dans MIT Technology Review Italia, Health Management Journal, Asian Robotics Review, The American Journal of Translational Medicine et Pharmaceutical Executive Magazine, et nous publions 3 newsletters comptant plus de 25 000 abonnés sur la deeptech, l’IA et la technologie financière », a-t-il indiqué en citant Mme Colangelo. « Je fais également partie du conseil consultatif de l’AI Precision Health Institute au centre de cancérologie de l’université d’Hawaï… et du conseil consultatif du Longevity AI Consortium au King’s College de Londres ».

Un examen du profil LinkedIn de l’intéressée révèle qu’un grand nombre des sociétés et organisations auxquelles elle est associée semblent être soit des filiales ou des sociétés sœurs de Deep Knowledge Group, soit des start-ups ou des organisations à but non lucratif qui ont bénéficié de ses largesses.

Ainsi, selon ce profil, elle est la co-fondatrice de Deep Knowledge Ventures, Longevity Capital, Longevity Bank, Aging Analytics Agency et Deep Knowledge Analytics, qui ont tous des propriétaires et/ou des employés qui se recoupent avec Deep Knowledge Group.

Parallèlement, le Longevity AI Consortium du King’s College London, où elle est conseillère, est financé par ses propres entreprises, Deep Knowledge Ventures et Aging Analytics Agency, entre autres.

Un graphique réalisé par le Deep Knowledge Group montre qu’Israël est le pays le plus sûr pendant la pandémie de coronavirus, le 7 avril 2020. (Capture écran)

La Biogerentology Research Foundation, une association britannique à but non lucratif fondée par Dmitry Kaminskiy, partenaire de Margaretta Colangelo, a parrainé des activités communes avec les clubs d’étudiants des universités d’Oxford et de Cambridge, notamment la Oxford University Scientific Society, l’Oxford Longevity Society et la Cambridge Longevity Society.

Une communication du Biogerentology Research Foundation. (Autorisation)

Margaretta Colangelo a en effet publié un article, traduit de sa page LinkedIn, dans le MIT Technology Review Italia. Certaines des autres publications où elle dit avoir été publiée, comme Asian Robotics Review et The American Journal of Translational Medicine, font figure de revues obscures dont la présence sur le web est très limitée.

Toujours d’après son profil LinkedIn, avant de rejoindre Deep Knowledge Group, Margaretta Colangelo est présidente, depuis 2007, d’U1 Technologies, une société qui « fournit l’infrastructure de communication pour les plateformes boursières utilisées par les plus grandes banques d’investissement multinationales du monde ».

Une recherche sur Internet montre qu’en février 2017, U1 Technologies a répondu à un appel d’offres pour la construction d’un prototype du mur frontalier proposé par le président américain Donald Trump avec le Mexique.

Bien que cela ne soit pas mentionné dans son profil LinkedIn, Margaretta Colangelo a été présentée en ligne en 2015 comme la PDG du « Delian Group ». Le Delian Group est une société privée de renseignement appartenant à un ancien officier de renseignement de la CIA nommé William Ross Newland III, dont les services comprennent « opérations de renseignement, collecte de renseignements, technologies de sécurité de pointe, cybersécurité, cyber-opérations, surveillance des réseaux sociaux, détection des menaces, rapports politiques et économiques et formation des forces de l’ordre » pour une clientèle composée « de multinationales, de services de renseignement, de la police, de l’armée, d’institutions financières, de services d’urgence et des secteurs minier et énergétique ».

Selon Intelligence Online, le propriétaire de Delian Group était également partenaire de la société de renseignement privée TD International, qui aurait de nombreux clients dans l’ex-URSS.

Le Times of Israel a envoyé des questions à l’intéressée, l’interrogeant sur la méthodologie du classement de DKG qui a classé Israël comme le pays le plus sûr du monde fin mars – et continue de le faire même si, statistiquement, Israël occupe la 27e place dans le monde en termes de décès par habitant dus au virus à la fin de ce week-end – et sur la façon dont elle pense que M. Netanyahu en a pris connaissance. Nous avons également posé des questions sur le contexte et les activités du Deep Knowledge Group et sur la provenance de ses financements. Elle n’avait pas répondu au moment de la publication de cet article.

Suivre l’argent

L’autre co-fondateur de Deep Knowledge Group, Dmitry Kaminskiy, est apparu pour la première fois dans les médias en 2014. Les publications anglophones de l’époque ne révèlent pas grand-chose sur lui, mais un article paru en août 2014 dans l’hebdomadaire économique russe Ekspert le décrit comme un spécialiste en informatique impliqué dans l’analyse bancaire qui s’est récemment intéressé à la futurologie et à la science du prolongement de l’espérance de vie et a décidé d’investir dans les recherches sur le cancer de deux scientifiques russes prometteurs, Anton Buzdin et Alex Zhavoronkov.

« Dmitry fait aussi partie de ces jeunes gens actifs qui s’intéressent à beaucoup de choses. Au début, il était fasciné par les futurologues et les fans d’intelligence artificielle. Mais, comme il s’est avéré un peu plus tard, il a été encore plus attiré par les sciences de la vie. Il a commencé à s’orienter dans cette direction ».

Dmitry Kaminskiy. (Facebook)

Anton Buzdin et Alex Zhavoronkov ont également été soutenus par la fondation Skolkovo, financée par l’État, ce qui fait de Dmitry Kaminskiy un co-investisseur avec le gouvernement russe dans leur entreprise de recherche sur le cancer. En 2014, le bureau du FBI à Boston a averti que la Fondation Skolkovo, un fonds d’innovation soutenu par le Kremlin, investissait dans des entreprises technologiques basées aux États-Unis afin de leur voler leur propriété intellectuelle.

« Le FBI a récemment publié une notification aux entreprises technologiques et aux centres de recherche, qui comprennent des collèges et des universités de la région de Boston, les avertissant des dangers possibles de conclure des partenariats avec des sociétés de capital-risque étrangères de Russie », a écrit l’agent spécial Mme Lucia Ziobro.

Selon l’article d’Ekspert, M. Kaminskiy a fondé Deep Knowledge Ventures, une société de capital-risque, à Hong Kong en 2014, disant qu’il prévoyait de lever des fonds auprès de riches investisseurs chinois et russes. Il a déclaré qu’il prévoyait d’investir 100 millions de dollars dans les technologies d’allongement de la longévité dans le monde entier d’ici la fin de 2015.

« Je pensais que [Hong Kong] était un endroit très favorable. Il y a une forte concentration de scientifiques et de gens extrêmement riches qui sont enclins non seulement aux investissements traditionnels, mais aussi aux investissements progressistes. Il y a une législation forte et des institutions financières puissantes », a expliqué M. Kaminskiy à Ekspert.

Il a également fondé deux organisations à but non lucratif à Moscou : le Center for Biogerontology and Regenerative Medicine, qui développe de nouvelles méthodes de traitement du cancer et de lutte contre le vieillissement, ainsi que le Fund for Supporting Advanced Biotechnologies.

En mars 2019, plusieurs sociétés détenues par Dmitry Kaminskiy ont publié un rapport de 577 pages intitulé « Longevity in Israel », cartographiant l’industrie biotechnologique israélienne, avec les noms et les descriptions détaillées de centaines de sociétés et d’entrepreneurs.

L’étude cite M. Netanyahu à la page 50 concernant un plan visant à numériser les dossiers médicaux des près de neuf millions de citoyens israéliens et à ouvrir les données aux chercheurs et aux entrepreneurs, y compris aux personnes de l’étranger.

« Le gouvernement prévoit d’investir dans les entrepreneurs locaux et d’attirer les investisseurs étrangers afin qu’ils puissent venir investir dans le pays grâce aux données qui ont été examinées et collectées par les médecins israéliens dans leurs cliniques », indique le rapport.

Comme l’a rapporté le Times of Israel, en mars 2018, le gouvernement israélien a approuvé un plan national de santé numérique qui créerait une base de données numérique des dossiers médicaux de quelque 9 millions de citoyens et les mettrait à la disposition des chercheurs et des entreprises. Malgré les assurances que le gouvernement protégerait les données des Israéliens, les défenseurs de la vie privée ont averti que ces données pourraient être utilisées de manière abusive. Le programme est actuellement en phase pilote, le gouvernement subventionnant des start-ups qui utilisent les données de santé de manière innovante.

On estime que près de 98 % de la population a été examinée et répertoriée sur une plateforme numérique spéciale depuis des années », indique l’étude de longévité, ajoutant que « le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que ‘la base de données israélienne est un atout immense, que nous voulons donner aux chercheurs, aux développeurs et aux entreprises. L’intérêt des entreprises mondiales est considérable. J’en ai déjà rencontré beaucoup' ».

Le président de la Moldavie Igor Dodon fait une brève déclaration, aux côtés de la présidente du Parlement Zinaida Greceanii, après une réunion du Conseil suprême de sécurité du pays à Chișinău, en Moldavie, le 11 juin 2019. (AP Photo/Roveliu Buga)

Selon le journal moldave Ziarul de Garda, en février 2018, Dmitrii Kaminskiy a été choisi pour être l’un des nombreux conseillers économiques du président moldave Igor Dodon.

Une source familière de l’économie russe et des affaires russes a déclaré au Times of Israel que si Dmitry Kaminskiy a été décrit comme un « oligarque » dans diverses publications russes et anglophones, il n’est pas une figure connue en Russie.

Une alliance internationale de passionnés de la longévité

Selon Mme Anya Bernstein, professeur d’anthropologie à l’université de Harvard, en Russie, l’effort visant à prolonger la vie humaine par la technologie n’est pas seulement une opportunité d’investissement ; c’est un mouvement utopique et quasi religieux. Elle est l’auteure d’un livre de 2019 intitulé The Future of Immortality : Remaking Life and Death in Contemporary Russia.

« Bien avant la récente obsession de la Silicon Valley pour l’immortalité », a-t-elle écrit, « depuis le milieu du 19e siècle, en Russie, en Union soviétique et dans la Fédération de Russie qui leur a succédé, le thème de l’immortalité humaine rendue possible par la technologie a été constant dans les divers cercles intellectuels ».

M. Kaminskiy et d’autres enthousiastes de la longévité se sont organisés politiquement et ont plaidé pour que le gouvernement investisse dans les biotechnologies, l’intelligence artificielle, les technologies de pointe et les blockchains qui sont censées contribuer à l’allongement de l’espérance de vie.

Ainsi, au Royaume-Uni, Dmitry Kaminskiy participe au parrainage du « All Party Parliamentary Group for Longevity », tandis qu’en Israël, Ilia Stambler, proche collaborateur de Dmitry Kaminskiy et co-auteur de son rapport de 577 pages sur l’industrie israélienne de la longévité, affirme avoir eu une influence sur la rédaction du plan directeur de la Knesset sur le vieillissement. Les deux hommes ont tous les deux servi de conseillers lors d’une opération d’initial coin offering (ICO) pour une application de longévité conçue pour « promouvoir la santé et la forme physique, la lutte contre le vieillissement et les diagnostics de santé personnalisés ».

Israélien né en Moldavie, Ilia Stambler est directeur de la recherche et du développement au centre médical gériatrique Shmuel Harofe à Beer Yaakov, en Israël, et dirige l’Israel Longevity Alliance et de Vetek, le mouvement pour la longévité et la qualité de vie en Israël, qui font partie d’une organisation-cadre russe appelée International Longevity Alliance qui compte des antennes dans 60 pays, selon le site web de l’organisation.

Ilia Stambler (à gauche) et Dmitry Kaminskiy. (Facebook)

Un tiers du financement de l’Israel Longevity Alliance/Vetek provient d’une société basée à Gibraltar, la Media Tower Limited. Selon le registre des sociétés de Gibraltar, Media Tower Ltd. est détenue à 99,9 % par Finsbury Nominees Limited et à 0,1 % par Finsbury Holdings Limited. L’identité du véritable propriétaire ultime de Media Tower Ltd est un mystère.

Une recherche sur Internet révèle que cette dernière est une « société de support informatique, de développement web et de référencement » basée à Londres qui semble n’avoir rien à voir avec Israël. Elle est dirigée par un Letton nommé Helmuts Meskonis qui possède également, en partenariat avec un Russe nommé Pavel Sizov, une société appelée VLSA qui fournit à ses clients une adresse prestigieuse à Londres même s’ils résident ailleurs.

« Toute entreprise immatriculée au Royaume-Uni et presque toutes les entreprises internationales peuvent obtenir une adresse de correspondance commerciale W1 premium au centre de Londres auprès de VLSA », indique le site. « Nous nous considérons comme un prestataire de services commerciaux privés et sécurisés, à l’image de la Suisse ».

Pas que Netanyahu

Netanyahu n’est pas le seul responsable politique israélien à avoir promu l’étude de Deep Knowledge Group. Le 15 avril, le ministre de la Santé, Yaakov Litzman, a fait une déclaration à la presse, indiquant que « le magazine Forbes a classé Israël comme le pays le plus sûr contre le coronavirus, et en huitième position en termes d’efficacité de notre réponse. Cela n’aurait pas pu se produire sans le dévouement des médecins, des infirmières… et de tous ceux qui font le saint travail du système de santé ».

La principale émission d’information télévisée israélienne, N12, a également publié le classement Forbes sur sa page d’accueil le 15 avril, avant de le retirer après avoir été ridiculisé sur les réseaux sociaux et après avoir appris que l’article de Forbes n’avait pas été produit par le magazine lui-même, mais qu’il s’agissait d’un article d’un co-fondateur de Deep Knowledge Group.

Le 16 avril, le député Moshe Yaalon, l’ancien ministre de la Défense du Likud qui est devenu un adversaire important de Netanyahu, a rejeté le classement et les références répétées du Premier ministre à ce sujet : « Israël est le pays le plus sûr du monde ? », a-t-il raillé dans une interview sur la Douzième chaîne. « C’est un mensonge et une tromperie. »

Les critiques ont peut-être aussi touché le Premier ministre.

Dans la nuit du samedi 18 avril, lorsque Netanyahu s’est adressé aux Israéliens à la télévision nationale, il n’a pas cité l’étude du Deep Knowledge Group. Au lieu de cela, il a dit, plus vaguement, « parmi les pays développés, les États-membres de l’OCDE, Israël est classé très haut dans la lutte contre le coronavirus. Le taux de mortalité par habitant en Israël est parmi les plus bas de l’OCDE. Le taux de mortalité des malades en Israël est l’un des plus bas de l’OCDE ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...