COVID-19 en Europe : Un professeur israélien blâme les maisons de retraite
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COVID-19 en Europe : Un professeur israélien blâme les maisons de retraite

Les pays d'Europe qui ont des taux de mortalité élevés de COVID-19 ont quelque chose en commun, selon un chercheur de l'université de Tel Aviv : ce sont les maisons de retraite

Photo d'illustration : Un aide-soignant parle à une personne âgée avant un dépistage dans une maison de retraite de Barcelone, en Espagne, le 1er avril 2020. (Crédit : AP Photo/Santi Palacios)
Photo d'illustration : Un aide-soignant parle à une personne âgée avant un dépistage dans une maison de retraite de Barcelone, en Espagne, le 1er avril 2020. (Crédit : AP Photo/Santi Palacios)

On compterait plus de décès dus au COVID dans les pays où les personnes âgées ont tendance à vivre dans des établissements de soins, a constaté un professeur israélien, qui explique ainsi pourquoi les pays sont touchés de manière si différente par le virus.

« Les maisons de retraite, telles qu’elles existent actuellement, provoquent des décès », a déclaré Neil Gandal au Times of Israël. « Beaucoup moins de personnes seraient mortes si elles avaient vécu chez elles. »

Il a analysé les chiffres des 32 pays européens pour lesquels ils étaient disponibles et a trouvé une corrélation entre le recours aux maisons de soins pour personnes âgées et le nombre de décès dus au coronavirus. « Nous avons été stupéfaits », a déclaré Gandal, professeur d’économie à l’université de Tel Aviv.

Les pays de son étude qui ont les taux de mortalité les plus élevés, dont le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne et la Belgique, ont tous un nombre élevé de lits en maisons de retraite par rapport à la taille de leur population. En revanche, les pays où le nombre de décès est relativement faible, notamment la Grèce et l’Albanie, ont un nombre peu élevé de lits de ce type.

Israël n’a pas été inclus dans l’étude, mais a été ajouté dans un graphique fourni au Times of Israël, montrant que le pays avait un nombre relativement faible de lits en maisons de retraite, et un nombre relativement faible de décès.

Graphique tiré du document de recherche de Neil Gandal, « Long-Term Care Facilities as a Risk Factor for Death Due to COVID-19 ». (CEPR DP #14844, Gandal N., Yonas M., Feldman M., Pauzner A., et Tabbach A., 2020)

Gandal a souligné qu’il ne prétend pas que la popularité des maisons de retraite explique entièrement la courbe des décès, mais en utilisant un modèle mathématique évaluant l’impact d’autres facteurs, il a estimé qu’elle représente 28 % de la variation.

Neil Gandal, économiste de l’université de Tel Aviv. (Autorisation)

Tous ses résultats sont basés sur des statistiques de la mi-mai, ajustées pour tenir compte de la taille variable des populations âgées dans les différents pays.

Il est bien connu que de nombreux décès dus au COVID-19 surviennent dans les maisons de retraite. Selon les derniers chiffres officiels, un décès sur deux dû au coronavirus au Royaume-Uni est survenu dans une maison de retraite.

Cependant, il n’est pas certain que ce soit simplement parce que les résidents sont fragiles et vulnérables, ou parce que les maisons sont des environnements où le virus se développe davantage.

« Il était bien connu que des gens mouraient dans ces établissements, mais certains pensaient qu’ils ‘seraient morts de toute façon' », a déclaré Gandal, en faisant valoir que ses recherches suggèrent que beaucoup ne seraient pas morts s’ils n’avaient pas été institutionnalisés.

Dans la mesure où des données précises sur le pourcentage de décès dans les maisons de soins n’étaient pas disponibles pour de nombreux pays, Gandal a tenté d’examiner s’il existait une corrélation sur la base du nombre de lits des maisons de retraite.

Il a déclaré qu’il voyait une tendance claire, avec moins de décès dans les pays où les personnes âgées ont tendance à vivre dans leurs familles, et des taux de mortalité élevés dans les pays qui dépendent fortement des maisons de retraite. « Dans des pays comme la Grèce, les personnes âgées ne sont pas nécessairement en bonne santé, mais elles sont chez elles, et les familles ont pu s’occuper d’elles », a-t-il ajouté.

Les agents de nettoyage de Servpro sont aspergés à la sortie du Life Care Center de Kirkland, à Washington, le 12 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Ted S. Warren)

En Israël, les taux de fréquentation des maisons de retraite et de décès dus aux coronavirus sont faibles, a déclaré Gandal. Il y a 2 200 lits par million d’habitants, et il y avait 26 décès dus au COVID par million d’Israéliens à la mi-mai, lorsque les chiffres du rapport ont été compilés.

Emil Agha, épidémiologiste et superviseur des maladies infectieuses au centre médical Galilée de Nahariya. (Autorisation : Emil Agha)

Il y a déjà eu des spéculations parmi les Arabes israéliens sur le fait que la faible utilisation par leur communauté des établissements de soins pour personnes âgées par rapport aux autres Israéliens a contribué à son taux de mortalité COVID plus faible. « Dans les secteurs arabes, nous n’avons pas vraiment de maisons de retraite », a déclaré Emil Agha, épidémiologiste et superviseur des maladies infectieuses au centre médical de Galilée à Nahariya, au Times of Israël le mois dernier, suggérant que leur inexistence dans la communauté avait bénéficié aux Arabes âgés. « Les gens vivent dans la maison familiale et cela fait une différence. »

Gandal n’a pas d’indice permettant d’expliquer pourquoi tant de décès surviennent dans les maisons de retraite, mais il espère que ses recherches amèneront les gouvernements à commander des études détaillées analysant leurs pratiques de travail et leurs normes d’hygiène.

Une telle analyse peut montrer que des mesures simples, telles que l’augmentation du nombre de tests, le fait de servir les repas dans des chambres plutôt que dans des salles à manger, ou le fait d’avoir plus de personnel afin que chaque travailleur interagisse avec moins de résidents, peuvent sauver de nombreuses vies. Cette recherche devrait être considérée comme une préparation clé pour d’autres pics de contamination, a-t-il dit.

« Maintenant que nous avons le temps, soyons prêts pour une deuxième vague », a-t-il insisté.

Gandal a ajouté : « Ma première réaction en voyant les chiffres que j’ai produits a été un peu de tristesse, parce que ces gens n’avaient pas à mourir. Mais ma réaction suivante a été que, s’il y a une deuxième vague, peut-être que nous pourrons faire quelque chose. »

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