Décès du pilote français qui était resté avec les Juifs pris en otages à Entebbe
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Décès du pilote français qui était resté avec les Juifs pris en otages à Entebbe

De nombreuses personnalités ont salué la mémoire de Michel Bacos décédé mardi à l'âge de 95 ans

Le ministre israélien des Affaires étrangères de l’époque Yigal Allon (de dos) accueille les passagers et l’équipage d’Air France sauvés dont le pilote Michel Bacos (à gauche) qui descendent d’un avion Hercule de l’armée de l’air israélienne à l’aéroport Ben Gurion en juillet 1976 (Moshe Milner, Service de presse du gouvernement israélien).
Le ministre israélien des Affaires étrangères de l’époque Yigal Allon (de dos) accueille les passagers et l’équipage d’Air France sauvés dont le pilote Michel Bacos (à gauche) qui descendent d’un avion Hercule de l’armée de l’air israélienne à l’aéroport Ben Gurion en juillet 1976 (Moshe Milner, Service de presse du gouvernement israélien).

Mercredi, des officiels israéliens et français ont rendu hommage à Michel Bacos, le pilote d’Air France qui avait insisté, avec son équipage, pour rester avec les otages juifs et israéliens après que des terroristes pro-Palestiniens avaient détourné son vol vers l’aéroport d’Entebbe en 1976. Il est décédé mardi à Nice à l’âge de 95 ans.

Né en Egypte, Bacos a servi dans l’armée française pendant la Deuxième guerre mondiale sous la supervision de Charles de Gaulle, avant de devenir un pilote civile à la fin de la guerre. Il a pris sa retraite d’Air France en 1982 et vivait à Nice. Il laisse derrière lui sa femme Rose-Marie, trois fils et plusieurs petits-enfants.

Le 27 juin 1976, des terroristes palestiniens ont détourné un avion d’Air France qui faisait la liaison entre Tel Aviv et Paris. L’avion avait été détourné vers l’Ouganda, où les pirates de l’air avaient été accueillis par le dictateur Idi Amin.

Les terroristes avaient immédiatement libéré les passagers non-Juifs à leur arrivée, mais les membres de l’équipage d’Air France, avec le capitaine à leur tête, avaient refusé l’offre des terroristes de les libérer, préférant rester otages avec les passagers juifs de l’avion.

Le 4 juillet, 98 otages avaient été libérés dans une opération des commandos d’élite israéliens. Quatre otages ont perdu la vie avec le chef de la mission Yonathan Netanyahu, le frère aîné du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Yoni Netanyahu, sur une photo prise peu de temps avant sa mort à Entebbe en 1976. (Crédit : Wikipedia)

« Il avait refusé (de quitter l’avion) et convaincu son équipage de rester avec ses passagers juifs, qui avaient été mis à l’écart des autres passagers par les terroristes allemands de la Fraction armée rouge. La prise d’otages s’était finalement bien terminée grâce à une intervention incroyable des commandos israéliens en Ouganda », a rappelé son fils.

L’épisode, « assez traumatisant » et sur lequel M. Bacos cherchait à rester « discret », a donné lieu de à nombreux documentaires. « L’Europe connaissait le terrorisme à l’époque et les attentats étaient commis par des mouvements d’extrême gauche sympathisant de l’OLP », l’organisation de libération de la Palestine, poursuit-il.

Bacos a été salué par Netanyahu, qui l’a qualifié de « capitaine héros ».

« Je salue la mémoire et le courage de Michel, » a tweeté Netanyahu.

« Il a refusé d’abandonner les passagers juifs et israéliens, même si les preneurs d’otages lui ont donné cette possibilité. Il est resté à leurs côtés pendant toutes leurs souffrances, jusqu’à ce que des soldats de Tsahal commandés par mon frère viennent les libérer dans une opération audacieuse ».

Christian Estrosi, le maire de Nice, a publié un communiqué pour saluer le courage de Bacos.

« Michel, en refusant avec courage de céder à l’antisémitisme et à la barbarie, a fait honneur à la France, a déclaré Estrosi. L’amour de la France et la défense des libertés ont marqué son destin ».

Bacos pilotait le vol Air France 139 avec à son bord 246 passagers et 12 membres d’équipage. L’avion a fait escale à Athènes pour prendre plus de passagers, dont trois Allemands et un Palestinien qui ont détourné l’avion et l’ont forcé à atterrir à Entebbe, en Ouganda, où plus de terroristes les attendaient. Quand les terroristes ont séparé les passagers non juifs et non israéliens pour les laisser partir, Bacos a refusé de partir et a insisté pour rester avec les otages israéliens et juifs.

« Il était hors de question pour moi d’abandonner mes passagers. Ils devaient tous être libérés », a déclaré Bacos en 2016 quand il a reçu le Prix du courage moral de la part du Congrès juif américain pour son rôle de ce que l’organisation a qualifié de « l’une des missions de sauvetage les plus audacieuses et les plus réussies de l’histoire ».

Michel Bacos, qui pilotait l’avion d’Air France qui a été détourné vers Entebbe en 1976, a choisi de rester avec les otages israéliens et juifs plutôt que d’être libéré. (Twitter)

Après quelques journées de tensions et de négociations sans succès, Israël a monté une opération de sauvetage sans précédent, en envoyant un commando d’élite à 4 000 kilomètres, en Ouganda. Après des brefs échanges de tirs, les otages ont été libérés, embarqués dans des avions de l’armée de l’air israélienne pour rentrer en Israël.

Pour son courage, Bacos a été reconnu par le gouvernement d’Israël mais aussi par le gouvernement français, qui lui a attribué l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

Dani Dayan, le consul général d’Israël à New York, a publié un tweet sur le décès de Bacos en saluant la « mort d’un héros… Nous vous saluons, capitaine ».

Le retour des otages le 4 juillet 1976 (Crédit: archives de Tsahal).

Aliza Bin Noun, ambassadrice d’Israël en France, s’est elle dit « attristée ».

L’Association israélienne des pilotes de ligne a rendu hommage à son engagement auprès de ses passagers en tweetant : « Repose en paix capitaine Bacos, les pilotes de ligne israéliens vous saluent ».

Le mois dernier, pour la première fois depuis la prise d’otages, un avion israélien transportant des touristes a atterri à l’aéroport d’Entebbe.

Environ 250 ressortissants israéliens se sont rendus dans ce pays africain pour une visite de trois jours, avait fait savoir le site East Africa Business Week.

Ils ont emprunté un Boeing 777 d’une filiale d’El Al, Sun D’Or.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était rendu à l’aéroport il y a trois ans, à l’occasion du 40e anniversaire du drame. Une cérémonie, ce jour-là, avait réuni des membres de la Knesset, des représentants des forces aériennes et terrestres de l’armée, certains soldats intervenus à Entebbe et des membres de leurs familles, ainsi que certains survivants de la prise d’otages et leurs proches.

L’AFP a contribué à cet article.

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