Rechercher

Des anciens du Mossad critiquent Yossi Cohen pour être une « vraie pipelette »

Un reportage sur l'ex-chef de l'agence d'espionnage révélant des secrets à une femme avec laquelle il avait une liaison suscite des critiques et le soutien d'experts pro-Netanyahu

L'ancien chef du Mossad Yossi Cohen à la conférence du  Jerusalem Post à Jérusalem, le 12 octobre 2012. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
L'ancien chef du Mossad Yossi Cohen à la conférence du Jerusalem Post à Jérusalem, le 12 octobre 2012. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

D’anciens responsables du Mossad et des services de renseignement ont critiqué l’ancien chef de l’agence d’espionnage, Yossi Cohen, à la suite d’un rapport d’enquête explosif selon lequel il aurait révélé des secrets d’État à une hôtesse de l’air avec laquelle il avait une liaison, ainsi qu’à son mari de l’époque.

Dans des commentaires rapportés mercredi, au lendemain de la diffusion du reportage de la Treizième chaîne, l’un des anciens fonctionnaires a décrit Cohen comme un « obsédé du pouvoir » et a fait valoir que ses agissements auraient conduit un fonctionnaire de rang inférieur en prison.

Cependant, des experts de droite et les internautes ont semblé se rallier à Cohen, rejetant les allégations de la même manière qu’ils ont soutenu le proche associé de Cohen, l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu.

L’émission d’investigation HaMakor de la Treizième chaîne a rapporté mardi que la liaison avait commencé fin 2018. Dans le cadre de celle-ci, Cohen se vantait auprès du couple de divers détails secrets des opérations de l’agence d’espionnage à travers le monde, et leur fournissait des informations sur ses voyages dans le monde.

Gui Shiker. (Capture d’écran)

« Il a raconté beaucoup d’histoires, y compris sur le Mossad », a déclaré à l’émission Guy Shiker, une figure bien connue des marchés financiers israéliens, et ancien mari de l’hôtesse de l’air, qui n’a pas été nommée.

« C’est un bavard. »

Shiker a déclaré que Cohen leur avait raconté en détail comment il avait été recruté par le Mossad, comment il avait découvert l’endroit où se trouvait le médecin d’un dirigeant arabe, et d’autres détails classifiés.

Selon le reportage, Shiker avait été informé des déplacements de Cohen dans le monde en tant que chef du Mossad, y compris un long vol du Tchad aux États-Unis après que Netanyahu eut visité le pays africain dans le cadre du réchauffement des liens diplomatiques. Un autre incident, qui aurait mis Cohen dans l’embarras auprès des hauts gradés du Mossad, impliquait que la découverte par Shiker des mouvements de Cohen soit rapportée à l’adjoint du chef de l’agence d’espionnage.

Le reportage indique que ces événements ont poussé Cohen à se rendre au domicile de Shiker pour tenter de l’apaiser, et qu’à la suite de cette conversation, Cohen a fait en sorte que la secrétaire de Shiker, âgée de 23 ans, soit recrutée par le Mossad et stationnée à Bangkok, conformément à la demande de Shiker.

L’ancien chef du Mossad, Yossi Cohen, assiste à la conférence du Jerusalem Post, qui s’est tenue à Jérusalem le 12 octobre 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Selon Shiker, Cohen a également donné des détails sur son style de management.

« Il m’a dit : ‘Quand j’ai été nommé chef du Mossad, écoutez bien, en 10 jours, j’ai viré six [hauts fonctionnaires]… parce qu’ils n’étaient pas loyaux envers le système. Ils n’étaient pas bons. Ils pensaient que j’étais leur meilleur ami quand nous étions égaux. Dès que j’ai été nommé [je les ai virés], sans aucune pitié.' »

Shiker a également déclaré que Cohen envoyait à sa femme des messages dans lesquels il la qualifiait de « ma princesse » et de « ma beauté ».

« Tu aimes ma femme, elle t’aime, tu es en train de détruire une famille en ce moment », a déclaré Shiker.

Cohen a réagi au reportage en affirmant n’avoir jamais partagé de secrets de sécurité ou d’informations qu’il n’était pas censé partager.

Les avocats de l’ex-femme de Shiker ont également rejeté les accusations : « Notre cliente nie l’allégation liée à une liaison avec Yossi Cohen. Cohen n’a révélé ni à elle ni à Shiker aucun secret d’État ni aucun détail sur la gestion de l’organisation qu’il dirigeait. »

Mais la Treizième chaîne a cité plusieurs ex-responsables des services de renseignement attaquant Cohen à la suite du reportage.

Le géologue Yossi Langotsky. (Capture d’écran)

« Yossi se révèle être une très grande pipelette », a déclaré le colonel à la retraite Yossi Langotsky, qui a même déposé une requête auprès de la Haute Cour contre Cohen. « Il s’avère être une personne incontrôlée, folle de pouvoir, qui se permet de dire des choses qui auraient conduit un fonctionnaire de rang inférieur en prison ».

Gad Shomron, ancien responsable des opérations du Mossad, a déclaré que Cohen « a parlé bien plus que ce qui est autorisé pour un responsable des opérations. »

Ram Ben-Barak, ancien chef adjoint du Mossad et actuel député de la coalition du parti centriste Yesh Atid, qui dirige la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, a déclaré à la radio de l’armée qu’il « semble qu’il y ait des choses [dans le reportage] qui soient vraiment inquiétantes ».

Ben-Barak a déclaré que toute action contre Cohen devrait attendre la diffusion de la deuxième partie de l’enquête prévue la semaine prochaine, « et nous verrons ce qui se passera à partir de là ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le conseiller à la sécurité nationale de l’époque, Yossi Cohen, lors d’une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 15 octobre 2015. (Miriam Alster / Flash90)

Le reportage a des conséquences politiques significatives, car on dit depuis longtemps que Cohen envisage de se lancer dans la politique et qu’il serait le successeur favori du chef de l’opposition, Netanyahu, à la tête du parti de droite Likud.

Bien que Cohen ne soit pas encore entré dans l’arène politique, les utilisateurs des réseaux sociaux et des experts pro-Netanyahu ont généralement réagi à ce reportage de la même manière que sur les méfaits présumés de Netanyahu. Beaucoup ont défendu Cohen, exprimant leur confiance en lui, dénonçant Shiker comme jaloux et vindicatif, et qualifiant l’enquête de simple « ragot ».

Cohen, qui a été nommé par Netanyahu, a déclaré qu’il n’excluait pas de chercher à devenir Premier ministre un jour, bien qu’il ne l’envisage pas pour le moment.

Netanyahu est actuellement jugé dans trois affaires de corruption, qui ont la plupart pour origine des enquêtes menées par les médias. Ses partisans se sont longtemps ralliés à lui, affirmant que les affaires le concernant sont une chasse aux sorcières menée par un appareil répressif « gauchiste » qui cherche à évincer le populaire leader de droite.

Les suites d’une explosion et d’un incendie dans une usine d’assemblage de centrifugeuses avancées sur le site nucléaire iranien de Natanz, le 5 juillet 2020. (Planet Labs Inc. via AP)

À en juger les réactions des utilisateurs de Twitter et des experts des médias pro-Netanyahu à l’enquête de cette semaine, les allégations contre Cohen sont considérées de la même manière.

Au début de l’année, Cohen avait été critiqué pour une interview dans laquelle il a laissé entendre que le Mossad avait fait exploser l’installation souterraine iranienne de centrifugation de Natanz, a donné une description précise de l’opération de 2018 au cours de laquelle l’agence a volé les archives nucléaires de l’Iran dans les coffres d’un entrepôt de Téhéran, a confirmé que Mohsen Fakhrizadeh, le père du nucléaire iranien assassiné, était dans la ligne de mire du Mossad depuis des années et a déclaré que le régime devait comprendre qu’Israël était sincère lorsqu’il promettait d’empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires.

Depuis qu’il a quitté le Mossad, Cohen a fait l’objet de plusieurs accusations de violations de l’éthique, notamment une information publiée au début du mois selon laquelle il aurait aidé sa fille à obtenir un emploi dans une entreprise ayant des liens avec un haut fonctionnaire émirati, alors qu’il était encore le principal espion d’Israël.

En août, la police a commencé à enquêter sur plusieurs accusations portées à l’encontre de Cohen, notamment celle d’avoir reçu un cadeau illicite de 20 000 dollars.

James Packer, co-président de Melco Crown Entertainment, intervient lors d’une conférence de presse du projet Studio City à Macao, le 27 octobre 2015. (Kin Cheung/AP)

Cohen admet avoir reçu ce cadeau en espèces de l’homme d’affaires australien milliardaire James Packer pour le mariage de sa fille, comme l’a rapporté Haaretz en mai. Lors d’une interview télévisée en juin, peu après avoir pris sa retraite de l’agence d’espionnage, Cohen a parlé pour la première fois de l’incident. Il a affirmé avoir accepté les fonds après avoir consulté le conseiller juridique du Mossad, et a déclaré qu’il s’engageait à rendre le cadeau.

Le mandat de Cohen en tant que chef du Mossad a pris fin en juin, lorsque David Barnea lui a succédé.

Quelques jours plus tard, il a été nommé à la tête des opérations en Israël de la SoftBank du milliardaire japonais Masayoshi Son.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...