Des bébés et des enfants de survivants de la Shoah ont aussi ‘disparu’ en Israël
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Des bébés et des enfants de survivants de la Shoah ont aussi ‘disparu’ en Israël

Une nouvelle enquête sur les nouveau-nés enlevés à des familles yéménites révèle que la pratique a pu s’étendre au-delà de communauté moyen-orientale

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Des enfants sauvés des camps de concentration nazis en Europe arrivent au camp de détention d'Atlit, près de Haïfa, en 1945. (Crédit : GPO)
Des enfants sauvés des camps de concentration nazis en Europe arrivent au camp de détention d'Atlit, près de Haïfa, en 1945. (Crédit : GPO)

Des histoires de bébé « disparus » de familles yéménites en Israël dans les premières années de la création de l’Etat ont déclenché trois enquêtes gouvernementales, pour examiner des accusations de plus de 1 000 familles qui sont arrivées dans le pays dans les années 1940 et 1950.

Une nouvelle enquête sur ces accusations a cependant suggéré que la pratique dépassait les communautés juives yéménites nord-africaines et moyen-orientales, qui étaient jusqu’à présent les seules victimes présumées. Des dizaines de témoignages collectés par Haaretz ont suggéré que le phénomène comprenait aussi des enfants d’origine ashkénaze qui ont émigré en Israël depuis des pays occidentaux, et dont beaucoup étaient nés de survivants de l’Holocauste.

Dans un article publié vendredi, Haaretz a déclaré avoir reçu des informations sur des dizaines de nouveaux immigrants d’Europe de l’Est qui ont été séparés de leur enfant et ne savent pas ce qui lui est arrivé. « C’est arrivé dans des hôpitaux en Israël et au camp de détention britannique de Chypre avant la fondation d’Israël », d’après l’article.

L’article n’a pas précisé le nombre exact de cas, mais a estimé que « le chiffre atteint des dizaines d’affaires, et peut-être même plus. » Dimanche, Haaretz a annoncé qu’en réponse à son article, il avait reçu plus de 40 témoignages supplémentaires pendant le week-end.

Des familles de communautés yéménites et nord-africaines affirment que le gouvernement a enlevé de manière systématique des centaines de leurs enfants dans des hôpitaux israéliens et les a placés à l’adoption avec le flux d’immigration des années 1950.

Des immigrants yéménites dans un camp proche d'Ein Shemer, en 1950. (Crédit : Pinn Hans/GPO)
Des immigrants yéménites dans un camp proche d’Ein Shemer, en 1950. (Crédit : Pinn Hans/GPO)

Le mystère de la disparition des enfants, alors que l’Etat est accusé de les avoir enlevés et remis à des familles riches pour être adoptés, a attiré à nouveau l’attention récemment.

En juin, des députés de la coalition et de l’opposition, ainsi que le Premier ministre et la ministre de la Justice, ont exprimé leur volonté de déclassifier les documents et de se saisir de l’affaire, un point noir de l’histoire israélienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait annoncé la nomination du ministre Likud Tzahi Hanegbi pour rédiger des recommandations au gouvernement sur le sujet des documents classifiés, notant que « à ce moment, je ne sais pas pourquoi [la directive de classification des documents] existe. »

Depuis les années 1950, plus de 1 000 familles, majoritairement yéménites, mais provenant aussi des Balkans, d’Afrique du Nord et d’autres pays du Moyen Orient, ont affirmé que leurs enfants avaient été enlevés de manière systématique dans les hôpitaux et placés à l’adoption, parfois à l’étranger, dans la plus grande dissimulation de l’histoire de l’Etat d’Israël.

Contestée par les chercheurs et apparemment réfutée par les enquêtes, l’affaire ne cesse de ressurgir, non seulement parce que la plupart des familles n’ont pas reçu les corps de leurs enfants ou n’ont pas été informées de l’emplacement de leurs tombes, mais aussi parce que les certificats de décès sont erronés, et que la plupart des enfants disparus ont reçu des convocations de l’armée israélienne 18 ans après leur mort présumée. Il y a également eu des affaires où des enfants adoptés ont pu confirmer, via des tests de paternité, qu’ils venaient des familles yéménites à qui on avait dit qu’ils étaient morts.

Ces dernières décennies, le gouvernement a nommé trois commissions d’enquête pour étudier cette affaire, toutes ayant conclu que la majorité des enfants étaient morts à l’hôpital et avaient simplement été enterrés sans que leur famille ne soit informée ou impliquée.

La dernière commission a enquêté sur l’affaire en 2001 et a atteint des conclusions similaires, mais a classifié plusieurs témoignages de l’enquête aux archives de l’Etat jusqu’en 2071.

Dans ce rapport, des bébés de familles non yéménites ont été mentionnés dans un court paragraphe intitulé « La disparition de bébés d’autres communautés », selon Haaretz. Un tableau annexé au rapport montrait que 30 enfants d’origine « européenne » ou « américaine » avaient également disparu.

« Les circonstances de la disparition des bébés d’autres communautés sont très similaires aux circonstances de la disparition des bébés des immigrants yéménites », avait écrit la commission d’enquête.

Marissa Newman a contribué à cet article.

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