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Des œuvres de l’artiste juif ukrainien Issachar Ber Ryback au MahJ

Ryback est un peintre aujourd’hui peu connu mais qui a joué un rôle essentiel dans les mouvements artistiques d’avant-garde qui ont révolutionné l’art juif au début du XXe siècle

Issachar Ber Ryback, Alef Bet, 1918-1919. (Crédit : MoBY, musée de Bat Yam)
Issachar Ber Ryback, Alef Bet, 1918-1919. (Crédit : MoBY, musée de Bat Yam)

Le Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris, présente actuellement un ensemble d’œuvres de jeunesse d’Issachar Ber Ryback, artiste central de la renaissance de l’art juif en Russie.

Leur exposition, jusqu’au 31 décembre 2022, se tient au sein du parcours des collections du musée. Elle a été rendue possible grâce au prêt exceptionnel du musée de Bat Yam.

L’accrochage se déploie dans deux espaces : deux peintures sont présentées dans la salle des collections permanentes consacrée au Moyen Âge ; six autres œuvres sont déployées à la fin du parcours, accompagnées de documents en vitrine.

Né à Elisabethgrad dans l’Empire russe, aujourd’hui en Ukraine, Issachar Ryback (1897-1935) est un peintre aujourd’hui peu connu du public mais qui a joué un rôle essentiel dans les mouvements artistiques d’avant-garde qui ont révolutionné l’art juif au début du XXe siècle.

« Comme toute une génération liée à la littérature et au théâtre yiddish en plein essor, Ryback cherche une expression plastique spécifiquement juive, qui concilie tradition et modernité », écrit le MahJ. « Entre 1917 et 1921, ses œuvres se nourrissent des innovations stylistiques du cubisme et du cubo-futurisme, au service d’une iconographie marquée par l’art populaire juif et les lettres hébraïques. »

En 1918, à Kiev, après avoir passé cinq ans à l’école d’art de Kiev, Issachar Ber Ryback a participé à la création de la section artistique de la Kultur-Lige, une organisation juive laïque visant à promouvoir la culture yiddish. L’année suivante, dans la revue Oyfgang, il a publié avec Boris Aronson le texte-manifeste de l’art juif d’avant-garde « Les voix de la peinture juive », dans lequel il a défendu un art conjuguant les innovations picturales européennes et les traditions juives, pour exprimer une véritable vision juive du monde.

Alors que le rêve d’une autonomie culturelle juive en Russie s’est brisé avec la victoire définitive des bolcheviks à Kiev en décembre 1920, le centre de la vie juive s’est déplacé à Moscou pour un temps, puis Ryback est parti pour Berlin en 1921.

Là-bas, il a publié Shtetl, mon foyer détruit. Souvenirs en 1923. Cet album, considéré comme le chef-d’œuvre de Ryback, comprend 31 lithographies du Yiddishland. Ces illustrations décrivent la vie quotidienne dans le shtetl natal de Ryback avant sa destruction par les pogroms organisés en Ukraine entre 1918 et 1922. Un événement tragique plane sur l’œuvre : l’assassinat du propre père de l’artiste en 1921 par les troupes ukrainiennes du dirigeant Symon Petlioura. L’évocation du village disparu est un rappel de ce drame personnel.

L’artiste s’est installé définitivement à Paris fin 1925, où il est mort 10 ans plus tard, alors qu’il exposait désormais dans les meilleures galeries européennes.

Une visite guidée présentant les œuvres au MahJ aura lieu le 12 mai, de 14h15 à 15h15, avec la commissaire Pascale Samuel. Le 29 juin, de 14h15 à 15h15, Judith Lindenberg, responsable de la bibliothèque et des archives du mahJ, présentera elle le recueil de Ryback.

Issachar Ber Ryback, Synagogue, 1917. (Crédit : MoBY, musée de Bat Yam)

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