Devant la porte du mont du Temple, des activistes musulmanes bannies en colère
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Devant la porte du mont du Temple, des activistes musulmanes bannies en colère

"On ne va pas dans leurs synagogues, pourquoi viennent-ils à al-Aqsa ?" demande une membre de Murabitat, un groupe de femmes formées à s'opposer aux aspirations juives sur le site sacré

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Des activistes musulmanes, connues sous le nom Murabitat, prient en dehors du mont du Temple pour protester contre une décision du gouvernement de les bannir du site pendant les heures de visite des Juifs, le 2 septembre 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)
Des activistes musulmanes, connues sous le nom Murabitat, prient en dehors du mont du Temple pour protester contre une décision du gouvernement de les bannir du site pendant les heures de visite des Juifs, le 2 septembre 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

« Êtes-vous juif ? » a demandé le cheikh vêtu de blanc, près de la porte du mont du Temple. Quand je lui ai répondu par l’affirmative, il a interdit à la foule des femmes pour la plupart d’âge moyen qui se tenait tout autour, de me parler. « Vous pouvez obtenir nos photos des policiers là-bas, » a-t-il dit sèchement.

Depuis qu’elles ont été bannies la semaine dernière du mont du Temple pendant les heures de visite du matin sur ordre du ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan, quelques dizaines d’activistes islamiques se rassemblent tous les matins près de la porte, d’où les touristes quittent le mont du Temple, pour exprimer leur protestation. Elles sont connues sous le nom de Murabitat, un terme islamique chargé désignant la fermeté religieuse au moment d’une bataille.

« Vous demandez qui nous sommes ? Nous ne sommes pas des terroristes ! » ont scandé les femmes à l’unisson, confinées par la police sur un côté de la ruelle pavée, pendant que des touristes curieux passaient. « Vous demandez qui nous sommes ? Nous sommes bannies d’al-Aqsa ! »

Financées par la branche nord du Mouvement islamique en Israël, les Murabitat ont établi des cercles d’étude sur l’esplanade du mont du Temple, où elles étudient le Coran et perturbent les visites de plus en plus fréquentes des Juifs religieux sur le site, avec des cris de Allah Akbar (Dieu est grand) et des agressions physiques.

Mais depuis le début de la semaine dernière, la police israélienne empêche aux femmes d’accéder au mont du Temple pendant les heures de visite le matin de 7h30 à 11h00. Erdan a également demandé au ministre de la Défense Moshe Yaalon de classer le groupe comme organisation illégale, une décision qui n’a pas encore été mise en œuvre.

Des militantes Murabitat tiennent des pancartes «c'est mon droit d'entrer à al-Aqsa» et «al-Aqsa réclame la nation d'un milliard", le 2 septembre 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)
Des militantes Murabitat tiennent des pancartes «c’est mon droit d’entrer à al-Aqsa» et «al-Aqsa réclame la nation d’un milliard », le 2 septembre 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

Quelques jours avant que l’interdiction soit entrée en vigueur, la guide touristique Aviya Fraenkel a visité le mont du Temple avec une amie, un matin. L’agression brutale de la part des Murabitat l’a profondément ébranlée.

« Quand nous sommes allées dans les endroits que les Musulmans ne veulent pas que nous visitions, elles se sont simplement couchées sur le sol et ne nous ont pas laissées passer. Elles ont frappé les policiers. Elles nous ont lancé des sachets remplis d’eau par-dessus les policiers, ainsi que des olives et des pierres, » a déclaré Fraenkel la semaine dernière au Times of Israel.

« Les policiers nous ont protégés avec leurs propres corps à plusieurs reprises. » « C’était hallucinant, exactement comme la guerre, » dit-elle.

Um Ismail, une habitante de la Vieille Ville, dit qu’elle vient étudier à al-Aqsa (une référence à l’ensemble de l’esplanade du mont du Temple) depuis cinq ans. Elle craint que les restrictions récemment imposées ne se transforment bientôt en une partition permanente des heures de prière sur le mont du Temple entre Juifs et Musulmans, comme l’arrangement au Tombeau des Patriarches à Hébron, qui sert à la fois de mosquée et de synagogue.

« Dans le Coran, Dieu a désigné al-Aqsa pour les seuls Musulmans », dit-elle. « Les Juifs veulent nous jeter dehors. Ils veulent entrer, prier, se saouler, prendre des photos de mariage. Nous les avons souvent vu poser de façon impudique à l’intérieur d’al-Aqsa.

« Est-ce que nous venons dans leurs synagogues ? » a demandé rhétoriquement Um Ismail. « Alors, pourquoi nous sortent-ils d’al-Aqsa ? Qu’ils aillent dans des églises chrétiennes, ou dans leurs synagogues. Que viennent-ils faire dans al-Aqsa ? »

Des Juifs religieux visitant le mont du Temple, le 25 août 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)
Des Juifs religieux visitant le mont du Temple, le 25 août 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

Le mont du Temple est vénéré comme le site le plus saint dans le judaïsme et est le troisième lieu saint de l’islam. Depuis qu’Israël a conquis la Vieille Ville, durant la guerre de 1967, le status quo établi par le ministre de la Défense d’alors, Moshe Dayan consacre le mont du Temple comme un lieu de culte pour les musulmans et un site touristique pour tous les autres, interdisant la prière juive.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’a pas l’intention de changer le status quo sur le mont du Temple en autorisant les Juifs à y prier.

La plupart des militants juifs du mont du Temple insistent pour que les Musulmans soient autorisés à prier sur le site aux côtés de Juifs sans être dérangés, mais les fidèles palestiniens citent des restrictions récurrentes à la prière musulmane sur le mont pendant des fêtes nationales israéliennes telles que Yom Yeroushalayim comme preuve de la fausseté des affirmations israéliennes.

Une autre activiste, qui s’est identifiée comme Aisha, a déclaré que dans un premier temps la police avait interdit seulement à 20 femmes d’entrer dans le complexe, mais qu’elle et ses amies avaient été autorisées à entrer après présentation de leur carte d’identité.

« Depuis la semaine dernière ils nous empêchent [d’entrer] complètement avant 11 heures du matin, » a-t-elle affirmé au Times of Israel. « Nous ne laisserons pas passer cette répartition des horaires. Allons-nous rester à l’extérieur et voir [les visiteurs juifs] sortir d’al-Aqsa alors que nous sommes coincées ici? D’ailleurs, regardez la façon dont [la police] nous traite comme du bétail. La seule solution pour eux est de nous laisser », a-t-elle conclu.

Aisha a insisté sur le fait que Murabitat n’était pas une organisation officielle. « Nous ne venons ici que pour entrer à al-Aqsa, pour prier et étudier le Coran. Voilà tout ».

« Chaque femme, a-t-elle ajouté, a reçu un temps spécifique pour arriver et étudier les Écritures islamiques. « Nous nous enseignons les unes aux autres. »

Dans un communiqué envoyé jeudi au Times of Israel, un porte-parole de la police de Jérusalem a déclaré que la décision d’interdire aux femmes d’accéder au mont du Temple a été fondée uniquement sur des considérations de sécurité.

« La police de Jérusalem investit des ressources considérables dans le maintien de la paix publique et du status quo sur le mont du Temple. Dans le cadre de cette activité, des ordres d’expulsion du mont du Temple ont été donnés à des militantes Murabitat en raison de leurs activités qui perturbent l’ordre sur le site », dit le communiqué.

« La police de Jérusalem œuvre d’une manière déterminée et impartiale, et n’autorisera pas les intentions d’éléments extrémistes à perturber le status quo et la paix publique sur le mont du Temple. »

A l’approche de 11h, les femmes ont organisé une séance de prières spéciale dans la ruelle.

Se tenant debout en rang derrière trois hommes qui conduisaient la prière, les femmes scandaient « O Dieu, ils nous ont empêché d’entrer dans al-Aqsa. Empêche-les d’entrer au ciel ».

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