Ed Mosberg, survivant de la Shoah, défie le cancer pour marcher à Auschwitz
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Ed Mosberg, survivant de la Shoah, défie le cancer pour marcher à Auschwitz

Le rescapé, qui parle couramment polonais, se distingue souvent dans la Marche des Vivants quand il défile en première position en portant son véritable uniforme de prisonnier

Edward Mosberg, tenant un rouleau de la Torag, lors d'une Marche des Vivants en 2018 dans l'ancien camp de la mort d'Auschwitz en Pologne. (Crédit Des profondeurs).
Edward Mosberg, tenant un rouleau de la Torag, lors d'une Marche des Vivants en 2018 dans l'ancien camp de la mort d'Auschwitz en Pologne. (Crédit Des profondeurs).

CRACOVIE, Pologne (JTA) — Flanqué des deux médecins qui l’ont accompagné tout au long de son voyage depuis le New Jersey, Ed Mosberg, qui a fait fortune dans la construction après avoir survécu à plusieurs camps de concentration nazis, est venu en Pologne mardi comme il l’a fait pendant au moins 20 ans afin de participer à la Marche des Vivants à travers l’ancien camp de la mort d’Auschwitz, près de Cracovie.

Atteint d’une leucémie récemment diagnostiquée, Mosberg a déclaré avec son franc-parler caractéristique : « Je ne sais pas si je serai encore vivant à cette période l’année prochaine, et encore moins en état de voyager ou de participer à la marche ».

Il ne craint pas la mort pour deux raisons, a déclaré Mosberg dans un entretien accordé au JTA.

« Tout d’abord, j’ai déjà vaincu la mort pendant la guerre quand j’étais en phase terminale de tuberculose – et je peux le faire à nouveau, a-t-il dit. Ensuite, je suis déjà mort il y a 70 ans quand les Allemands ont assassiné toute ma famille non loin d’ici. »

Pour Mosberg, participer à la Marche n’est « pas seulement un signe de victoire », a-t-il déclaré. « C’est seulement mon devoir de nommer les responsables – la nation allemande. Eux et eux seuls portent la responsabilité, et certainement pas les Polonais », a-t-il déclaré.

Au moment où le gouvernement polonais mène un combat controversé contre ce qui est perçu comme des tentatives de rejeter une certaine responsabilité à la Pologne pour le génocide, le message de Mosberg est très apprécié par des officiels de Varsovie.

Mardi, le gouvernement polonais a annoncé, de manière inattendue, qu’il décernerait la plus haute distinction non militaire du pays à Mosberg, le président du groupe de commémoration Depuis les profondeurs, le lendemain. Mosberg, qui parle couramment polonais, se distingue souvent dans la Marche des Vivants quand il défile en première position en portant son véritable uniforme de prisonnier.

Il apporte aussi aux marches – des événements annuels avec des milliers de participants – un fouet dont il dit qu’il était utilisé pour torturer les Juifs à Mauthausen, l’un des trois camps nazis où Mosberg a survécu. Il a déclaré que cet objet avait tendance à attirer l’attention de la sécurité lors des fouilles dans les aéroports.

Des prisonniers libérés du camp de Mauthausen (Crédit : Domaine public)

La marche de cette année accueillera le rabbin Israël Meir Lau, un autre survivant né en Pologne, qui était le rabbin en chef ashkénaze d’Israël. Plusieurs diplomates américains, dont l’ambassadeur en Israël, David Friedman, participeront aussi à l’événement, aux côtés du chef de l’agence juive, Isaac Herzog.

Mais ils ne détermineront pas l’avenir de la commémoration de la Shoah et du combat contre l’antisémitisme dans un monde sans survivants, ont déclaré les organisateurs de la marche.

« Ce combat appartient aux jeunes adultes et dirigeants », a déclaré Elie Klein, une porte-parole de la Marche des Vivants.

C’est pour cette raison que la marche de cette année est la première depuis le lancement de l’événement en 1988 à être précédée d’une conférence sur l’antisémitisme pour donner la parole aux nouveaux dirigeants du monde entier. Pendant l’événement, 20 représentants d’importants groupes d’adultes feront « un appel au rassemblement auprès d’autres jeunes pour commémorer la Shoah et pour aider à mettre un terme à l’antisémitisme avant que l’histoire ne se répète », ont écrit les organisateurs dans un communiqué sur l’événement.

La marche a lieu lors de la journée nationale de deuil de la Shoah en Israël, Yom Hashoah. Cette année, cela tombe le 2 mai. Aucun haut responsable israélien ni polonais n’y participera.

La marche elle-même, qui dure une quinzaine de kilomètres du camp d’Auschwitz à l’ancienne chambre à gaz du complexe de Birkenau, dure quelques heures. Cependant, dans les heures qui ont précédé l’événement, des participants de dizaines de pays se sont rencontrés à travers l’ancien et vaste terrain de camping, dans la chaleur relative du printemps sud de la Pologne.

Pour certains, c’est aussi une occasion rare de parler de manière informelle aux célébrités et aux politiciens présents avant que des groupes ne soient formés pour la marche.

Les leçons de la fusillade terroriste du 27 avril contre une synagogue à Poway, en Californie, où un suprémaciste blanc autoproclamé a tué une personne et en a blessé trois autres, dont une enfant israélienne, figurent en bonne place dans les discussions de certains participants à la marche de cette année.

Le rabbin Yisroel Goldstein, (à droite), est étreint alors qu’il quitte une conférence de presse à la synagogue Habad de Poway, le 28 avril 2019, à Poway, Californie. (AP Photo/Denis Poroy)

« Ce meurtre horrible et insensé » n’est « que le dernier en date d’une série d’actes antisémites violents apparemment sans fin – une des périodes les plus difficiles de la mémoire récente de la communauté juive internationale », a déclaré Shmuel Rosenman, fondateur et co-président de la marche des vivants.

Une autre première cette année pour la marche – un événement qui a rassemblé plus de 300 000 participants – est la présence de joueurs de football de l’équipe de la New England Revolution des États-Unis. Les joueurs et les dirigeants de l’équipe de football de Chelsea au Royaume-Uni, qui ont participé à la marche de 2018, ont annoncé qu’ils seraient de retour cette année.

La marche de cette année comprendra également une cérémonie commémorant la tragédie des Juifs de Grèce, qui était de loin le pays occupé par les nazis et qui a enregistré le taux de mortalité le plus élevé de la Shoah. La Grèce a perdu plus de 95 % de sa population juive d’avant guerre de 72 000 personnes.

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