En « Libermanie » et en « Khilonie », on s’oppose au « diktat » des ultra-orthodoxes
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En « Libermanie » et en « Khilonie », on s’oppose au « diktat » des ultra-orthodoxes

Les électeurs laïcs israéliens reprochent - entre autres - aux ultra-orthodoxes de ne pas servir dans les rangs de l'armée

Des femmes âgées israéliennes participent à une séance d'entraînement matinale dans un ancien hôtel transformé en immeuble de logements sociaux pour Israéliens âgés de l'ancienne Union soviétique à Jérusalem le 4 septembre 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
Des femmes âgées israéliennes participent à une séance d'entraînement matinale dans un ancien hôtel transformé en immeuble de logements sociaux pour Israéliens âgés de l'ancienne Union soviétique à Jérusalem le 4 septembre 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

« Ici, la vaste majorité des gens votent Liberman », assure Nadejda, pensionnaire d’un ancien hôtel de Jérusalem reconverti en logements sociaux pour personnes âgées originaires d’ex-URSS. Avigdor Liberman mise sur ce vote russe et l’opposition au « diktat » des ultra-orthodoxes pour percer lors des législatives israéliennes.

L’immeuble aux intérieurs vétustes et à la façade grise, où vivent plus de 400 personnes provenant des ex-républiques soviétiques, est un bastion du parti nationaliste laïc Yisrael Beytenu de l’ancien ministre Avigdor Liberman, originaire de Moldavie et potentiel « faiseur de rois » à l’issue des élections du 17 septembre.

Ni le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu ni son rival Benny Gantz ne semblent pour l’instant en mesure de former un gouvernement.

D’où l’importance de M. Liberman, crédité de la 3e ou de la 4e place par plusieurs enquêtes.

A l’ancien hôtel Diplomat, tout le monde vote « Ivet », le prénom russe d’Avigdor Liberman, sauf quelques voix qui lui préfèrent M. Netanyahu.

Les russophones, dont une grande partie a gagné Israël dans les années 1990 après la chute du rideau de fer, constituent le noyau dur de son électorat, qu’il tente aujourd’hui d’élargir en défendant l’idée que les juifs ultra-orthodoxes ne devraient pas être exemptés du service militaire, pourtant obligatoire pour la majorité des Israéliens.

Pour Nadejda Yermononok, pensionnaire de cet ancien hôtel situé à quelques dizaines de mètres de l’ambassade américaine, M. Liberman est « le seul à lutter contre le traitement spécial dont bénéficient les ultra-orthodoxes ».

Des femmes se dévêtissent durant une manifestation d’ultra-orthodoxes à Jérusalem le 18 mai 2019. (Capture d’écran)

« Les ultra-orthodoxes ne travaillent pas, ne font pas l’armée, reçoivent les allocations familiales et toutes sortes de réduction dans les transports, pour les taxes municipales et l’éducation, pendant que les autres Israéliens, et notamment les Russes, travaillent comme des fous, payent leurs impôts et envoient leurs enfants dans les unités combattantes », s’insurge l’ex infirmière de 75 ans.

Ces préoccupations rejoignent celles de nombre d’Israéliens qui se disent laïcs [khiloni], et ne sont pas propres à l’électorat en provenance d’ex-URSS, souligne Zeev Khanin, politologue à l’université Bar Ilan, près de Tel-Aviv.

M. « Liberman n’est pas le chef d’un parti défendant les intérêts sectoriels des Russophones (…), son agenda actuel s’adresse à tous les groupes de la société israélienne », explique-t-il.

Depuis la création d’Israël en 1948, les étudiants des écoles talmudiques sont exemptés de service militaire. Mais, alors qu’ils n’étaient que quelques centaines à être exemptés il y a 70 ans, ils sont aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers à ne pas servir sous les drapeaux.

Une grande partie des Israéliens s’opposent à ces exemptions qu’ils jugent injustes, le service militaire étant obligatoire pour les jeunes filles et garçons âgés de 18 ans.

Le chef de file d’Yisrael Beytenu s’est fait ces derniers mois le héraut de cette cause, allant jusqu’à faire capoter les négociations de coalition à l’issue des élections d’avril, ce qui a conduit à un nouveau scrutin prévu le 17 septembre.

Les derniers sondages créditent son parti d’environ dix sièges à la prochaine Knesset, soit cinq de plus que lors du dernier scrutin.

Selon l’Institut de recherche et de conseil Midgam, les cinq sièges supplémentaires qu’Avigdor Liberman devrait obtenir seront le fait du ralliement d’électeurs votant pour lui pour la première fois, pas nécessairement russophones, et convaincus par son opposition au « diktat des religieux ».

« Plus d’un tiers des nouveaux électeurs de Liberman se disent opposés à un Etat régi par la Halakha (loi religieuse juive) et sont contre les diktats des ultra-orthodoxes », qui ont joué un rôle clé par le passé dans les coalitions de droite, explique Mano Geva, directeur de Midgam.

Les partisans de M. Liberman « ne sont pas contre les ultra-orthodoxes, (…) ils en ont plutôt contre le diktat d’un Etat religieux », nuance M. Geva, ajoutant que le chef d’Yisrael Beytenu reste perçu comme « tenant ses promesses ».

Tentant peut-être de courtiser les appuis classiques du candidat Liberman, Benjamin Netanyahu s’est rendu en août en Ukraine, première visite officielle d’un Premier ministre israélien dans cette ex-république soviétique en 20 ans.

Il a évoqué un sujet clé pour nombre d’électeurs de M. Liberman : la mise en oeuvre d’un accord permettant aux retraités ukrainiens vivant en Israël d’y percevoir leurs retraites.

Et le Premier ministre Netanyahu, dont le parti arbore sur son QG une affiche géante le montrant serrer la main à Vladimir Poutine, a affirmé dimanche vouloir se rendre « cette semaine » en Russie.

Mais, au Diplomat de Jérusalem, Maria (90 ans) n’est pas convaincue : « La situation du pays est trop difficile, nous avons besoin de quelqu’un de fort et Liberman est plus sérieux et plus fort que Netanyahu ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en compagnie du ministre de la Défense d’alors, Avigdor Liberman, lors d’une conférence de presse conjointe, le 30 mai 2016. (Yonatan Sindel / Flash90)
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