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Évoquant la liberté d’expression, des leaders juifs réclament à Columbia de contenir les manifestations

Le chef de l'AJC a indiqué que "lorsque le débat débouche sur l'intimidation, le harcèlement et sur le musellement d'une partie, il n'y a plus de liberté d'expression pour tous"

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Ted Deutch, le responsable de l'American Jewish Committee, s'exprime au Centre pour la vie juive de l'université de Columbia, le 26 avril 2024. (Crédit : Luke Tress)
Ted Deutch, le responsable de l'American Jewish Committee, s'exprime au Centre pour la vie juive de l'université de Columbia, le 26 avril 2024. (Crédit : Luke Tress)

New York Jewish Week — Se rassemblant à l’université de Columbia dans la journée de vendredi, les responsables juifs ont défendu le droit à la liberté d’expression, tout en réclamant que des actions soient entreprises pour contenir les mouvements de protestation anti-Israël qui ont balayé cet établissement d’enseignement supérieur de l’Ivy League et les campus de tout le pays.

Des manifestations qui ont fait plonger Columbia dans la tourmente, au cours des deux dernières semaines, alors que l’administration de l’université peine à contrôler les rassemblements non-autorisés et à échapper aux critiques dénonçant une prise en charge médiocre de la problématique de l’antisémitisme qui sévit sur le campus. Les responsables de Columbia affirment chercher à protéger le droit à la liberté d’expression et à la liberté de réunion, tout en sauvegardant la sécurité des étudiants et des personnels juifs et leur capacité à travailler. Certains, parmi ces derniers, ont signalé avoir été victimes de menaces directes de la part des protestataires, condamnant un climat général de haine antijuive.

« Nous rendons hommage à la liberté d’expression », a déclaré le chef de l’American Jewish Committee, Ted Deutch, lors d’une conférence de presse qui était organisée au Kraft Center for Jewish Student Life à l’université de Columbia, vendredi.

« Mais quand le débat débouche sur l’intimidation, sur le harcèlement, sur le musellement d’une seule partie, alors il n’y a plus de liberté d’expression pour tous », a-t-il ajouté, répondant à une question posée par un journaliste du New York Jewish Week. « La liberté d’expression est alors celle de celui qui se prête à ce comportement intimidant, à ce harcèlement à l’exclusion de tous les autres ».

Les partisans du mouvement de protestation ont dénoncé les efforts qui visent, selon eux, à contrôler les rassemblements en affirmant que ces initiatives venaient violer leur droit à la liberté d’expression et leur droit à la liberté de rassemblement.

« Columbia ne devrait pas appeler la police pour s’en prendre à des étudiants qui n’ont fait que pratiquer leur droit à manifester de façon non-violente », avait commenté sur X, la semaine dernière, Brad Lander, le contrôleur de New York City – qui est le plus important responsable élu juif – alors que l’université avait fait appel à la police de New York sur le campus. Cette intervention des forces de l’ordre avait entraîné plus de cent arrestations.

« L’université, dans toute son Histoire, a respecté la liberté d’expression sur son campus et j’apporte tout mon soutien au personnel qui demande avec force à l’administration de rester fidèle à cette tradition », avait-il ajouté dans sa publication.

Des manifestants pro-palestiniens se rassemblent dans un campement sur le campus de l’Université Columbia, à New York, le 25 avril 2024. (Crédit : Leonardo Munoz/AFP)

Adam Lehman, à la tête de Hillel International, a aussi soutenu le droit à la liberté d’expression tout en demandant que des initiatives soient prises pour contenir les rassemblements.

« Nos étudiants ont une soif désespérée de dialogue mais ce qui arrive aujourd’hui sur les campus n’est pas une question de liberté d’expression, c’est une question de comportement malveillant, c’est une question d’agression, c’est une question d’intimidation, c’est une question de harcèlement ciblé », a dit Lehman, répondant à un journaliste du New York Jewish Week.

Interrogé sur l’inquiétude des institutions juives, préoccupées à l’idée d’être considérées comme des opposantes à la liberté d’expression, Lehman a estimé que « nous ne sommes pas en mesure de contrôler les perceptions », ajoutant que cette tâche était particulièrement difficile en ce moment.

« Nous vivons dans un monde arriéré, qui a été bouleversé », a-t-il déclaré, citant le soutien apporté par les manifestants, dans les universités, à « l’idéologie du Hamas ».

« C’est difficile de faire confiance aux perceptions de qui que ce soit au point où nous en sommes », a-t-il ajouté.

Hillel International a enregistré près de 1 400 incidents liés à des expressions d’antisémitisme sur les campus depuis le 7 octobre, avec un taux qui ne fait qu’accélérer, a-t-il continué.

Les étudiants juifs qui étaient présents lors de cette conférence de presse ont expliqué que l’atmosphère dans laquelle les partisans juifs d’Israël évoluent actuellement, dans les établissements d’enseignement supérieur, s’était beaucoup détériorée. Ils ont noté qu’ils rencontraient dorénavant des difficultés à poursuivre leurs études, alors que les protestataires les harcèlent et que les professeurs modifient les emplois du temps pour que les étudiants puissent manifester, faisant remarquer que certains enseignants participaient eux-mêmes aux mouvements de protestation. La cérémonie de remise des diplômes de Columbia, qui était prévue en date du 15 mai, est également remise en question alors que les manifestants occupent le centre où doit avoir lieu la cérémonie.

Des personnes se rassemblent sur le campus de l’Université Columbia, occupé par des manifestants pro-palestiniens et anti-Israël à New York, le 22 avril 2024. (Charly Triballeau/AFP)

L’université de Californie du sud, pour sa part, a fait savoir jeudi qu’elle avait annulé sa cérémonie de remise des diplômes après des mouvements de protestation et des arrestations similaires sur son campus.

« Je ne peux pas me promener sur mon propre campus, en étant visiblement juive, sans me préparer à la possibilité qu’on me crache dessus ou qu’on m’agresse », a déploré Noa Fay, étudiante de premier cycle à Columbia.

« Je m’adresse à la fois à l’administration de mon université et aux administrations de toutes les universités du pays, aidez-nous, protégez-nous, nous, vos étudiants juifs. Vous savez que c’est la bonne chose à faire », a-t-elle ajouté.

Fay a comparé les Juifs qui ont rejoint les mouvements de protestation pro-palestiniens à « des Afro-américains qui se mobilisent pour Trump ou à des gays qui vont voter pour Trump ».

« Ils ne représentent pas notre communauté », a dit Fay, qui a souligné que les données établissaient qu’actuellement, la majorité des Juifs américains s’identifiaient à Israël.

Noa Fay, étudiante à Columbia, s’exprime au Centre de vie juive avec, à gauche, Linda Mirels, présidente de l’UJA-Federation of New York et Ted Deutch, chef de l’American Jewish Committee, le 26 avril 2024. (Crédit : Luke Tress)

Deutch, Lehman et d’autres leaders présents lors de la conférence de presse de vendredi – il y avait parmi eux Linda Mirels, présidente de l’UJA-Federation de New York et Brian Cohen, directeur exécutif de la branche Hillel au Barnard College, à Columbia – ont évoqué une solution similaire : la nécessité, pour les universités, de faire appliquer leurs politiques existantes relatives aux mouvements de protestation.

Columbia fournit aux groupes étudiants des directives qui autorisent les rassemblements à des horaires précis, et sur des sites particuliers. Certains manifestants ont ignoré ces règles depuis le 7 octobre.

Ces rassemblements « ne peuvent pas durer 24 heures sur 24, sept jours sur sept, dans des lieux où les étudiants vivent, dans les lieux où ils travaillent », a dit Cohen, qui a indiqué que les règles existantes autorisaient les mouvements de protestation tout en offrant aux étudiants l’opportunité « de continuer sans crainte leur travail académique ».

Il a vivement recommandé à Columbia de « faire respecter vos codes de conduite, de faire respecter vos règles et de faire assumer leurs responsabilités aux étudiants qui violent les règles – et ce de manière conséquente ».

Des manifestants devant la station de métro où Melissa Saidak, étudiante à Columbia, descend habituellement à New York, le 24 avril 2024. (Crédit : Cathryn J. Prince/Times of Israël)

Les manifestations sur le campus, qui ont aussi eu lieu aux abords de l’établissement d’enseignement supérieur, ont été l’occasion, pour les protestataires, d’empêcher les Juifs d’accéder aux espaces publics de l’université. Elles ont été marquées par des appels lancés au Hamas de s’en prendre aux Juifs ou par des appels à la destruction de Tel Aviv. Certains étudiants juifs ont raconté avoir été harcelés verbalement, aux cris de « Retournez en Europe » ou « Tout ce que vous savez faire, c’est coloniser ». Les étudiants prenant part aux rassemblements affirment, de leur côté, qu’ils ne sont pas responsables de la présence de personnes venues de l’extérieur lors de leurs manifestations.

Dans une vidéo qui avait été filmée au début de l’année et qui a été diffusée au début de la semaine, l’un des leaders du mouvement de protestation étudiant disait que « les sionistes ne méritent pas de vivre », des images qui ont suscité l’indignation. Le jeune homme, Khymani James, a fait savoir vendredi qu’il avait eu « tort » de tenir ces propos tout en attribuant la responsabilité de la polémique à « des agitateurs d’extrême-droite ». Columbia l’a ultérieurement exclu du campus.

Les protestataires demandent à l’université de désinvestir des firmes israéliennes, de rompre les liens avec les institutions académiques de l’État juif et d’émettre un communiqué en soutien à un cessez-le-feu permanent à Gaza, avec une condamnation de la campagne militaire menée par Tsahal.

Les étudiants avaient monté un campement au centre du campus, la semaine dernière, alors même que la présidente de Columbia, Minouche Shafik, prenait la parole devant une commission d’enquête du Congrès sur la problématique de l’antisémitisme. L’université a appelé la police de New York pour disperser cette manifestation qui n’avait pas été autorisée, inculpant plus d’une centaine d’étudiants pour effraction, ce qui a encore accru des tensions déjà vives. Les protestataires ont alors élargi leurs revendications, demandant l’interdiction de la présence de la police sur le campus et une amnistie pour les étudiants arrêtés ou suspendus suite au mouvement.

Le campus de Columbia a été largement fermé aux étrangers. Mais pas seulement aux étrangers : Shai Davidai, un professeur d’université israélien qui a ouvertement pris la défense des étudiants juifs, a ainsi appris qu’il lui était dorénavant interdit d’accéder au principal campus de l’établissement d’enseignement supérieur, la semaine dernière.

Ces campements se sont essaimés dans les autres universités de New York, ces derniers jours et notamment à la New York University, à la New School, au Fashion Institute of Technology et au City College of New York, qui font partie du système public d’enseignement supérieur de New York.

Les membres juifs du Congrès s’étaient rendus au Kraft Center, la semaine dernière, tirant la sonnette d’alarme sur le problème de la sécurité des étudiants juifs et s’engageant à prendre des initiatives.

Robert Kraft, le propriétaire des New England Patriots et l’un des principaux sponsors du centre, a indiqué lundi qu’il suspendait ses donations à l’université « jusqu’à ce que des mesures de sanction soient prises ».

Les questions entourant l’activisme anti-israélien ont été placées sous le feu des projecteurs peu après l’attaque commise sur le sol israélien, le 7 octobre. Au mois d’octobre, un étudiant israélien avait été agressé à l’aide d’un bâton par un jeune de 19 ans qui avait été mis en examen pour crime de haine. Columbia a interdit les branches, sur son campus, des groupes Students for Justice in Palestine et Jewish Voice for Peace, une organisation antisioniste, parce qu’elles avaient violé les directives régissant le droit à manifester. Malgré l’interdiction, les deux groupes continuent leurs opérations dans le cadre d’un groupement d’organisations universitaires.

Le mois dernier, des activistes ont accueilli des intervenants pro-Hamas lors d’un événement non-autorisé, « Résistance 101 », sur le campus.

En plus de la commission d’enquête, au Congrès, qui a interrogé Shafik au mois d’avril, le département de l’Éducation examine actuellement des plaintes – qui ont été déposées par des parties juives et musulmanes – sur des violations de la loi anti-discrimination, le « Title VI », qui auraient été commises à Columbia. Des plaintes au civil pour discrimination ont aussi été déposées par des étudiants juifs.

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