Ex-chef de la police aux enquêteurs de Netanyahu : n’écoutez pas les « calomnies »
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Ex-chef de la police aux enquêteurs de Netanyahu : n’écoutez pas les « calomnies »

80 ex-hauts responsables de la police ont écrit au ministre de la Sécurité publique, alertant que le "discours violent" contre la police sape son autorité et menace la démocratie

Le chef de la police par intérim Motti Cohen prend la parole à la conférence annuelle sur la justice à Airport City, près de Tel Aviv, le 3 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)
Le chef de la police par intérim Motti Cohen prend la parole à la conférence annuelle sur la justice à Airport City, près de Tel Aviv, le 3 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Repoussant les graves accusations du Premier ministre Benjamin Netanyahu selon lesquelles les policiers qui enquêtaient sur lui pour corruption se livraient à un complot visant à le renverser, le commissaire de police par intérim Motti Cohen a rappelé dimanche tout son soutien aux enquêteurs, affirmant que leur travail avait été mené avec professionnalisme.

M. Cohen s’est rendu dans l’unité de lutte contre la corruption Lahav 433 qui a mené les enquêtes sur le Premier ministre. La semaine dernière, le procureur général Avichai Mandelblit a annoncé qu’il avait l’intention de porter plainte contre Netanyahu dans trois affaires, provoquant des attaques de ce dernier et de ses partisans contre la légitimité des services de police.

« La décision du procureur général reflète le professionnalisme et la rigueur de l’enquête, ainsi que la grande confiance accordée aux enquêteurs et à celle-ci », a déclaré M. Cohen. « Je suis venu ici aujourd’hui pour vous apporter mon soutien ».

Netanyahu et ses partisans ont accusé la police et les procureurs de mener contre lui une procédure « corrompue » dans le but de perpétrer un « coup d’Etat » afin de l’évincer du pouvoir.

« Nous devons remplir fidèlement notre mission publique, dénoncer la criminalité et la corruption publique à tous les niveaux, enquêter en profondeur sur tous les cas de corruption et établir la vérité dans toutes les enquêtes, sans laisser les calomnies ou les accusations de quelque nature que ce soit interférer ou affecter notre intégrité et l’exercice de nos fonctions », a dit M. Cohen.

« Grâce à votre travail dévoué, notre société est plus sûre [et] plus propre face au crime organisé et à la corruption publique », a-t-il ajouté.

Ses remarques sont survenues alors que des dizaines d’anciens hauts responsables de la police israélienne ont averti dimanche que les accusations de comportement criminel dirigées contre les forces de l’ordre affaiblissent celles-ci et la stabilité du pays.

Quatre-vingts anciens commissaires et sous-commissaires ont écrit une lettre dans laquelle ils mettent en garde contre « toute tentative de saper l’autorité de la police et… les déclarations qui mettent en péril la stabilité de la démocratie israélienne ».

« Ces derniers jours, nous avons observé avec beaucoup d’inquiétude les attaques effrénées contre la police israélienne et ses agents, ainsi que contre la justice et ses gardiens », peut-on lire dans la lettre envoyée à Cohen, au ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan, à Mandelblit et au procureur de l’État Shaï Nitzan.

« Nous demandons que le discours violent contre la police et les instances d’application de la loi soit retiré de l’ordre du jour – il comporte le danger de briser l’autorité policière et dit aux citoyens du pays qu’il est permis de perdre son pouvoir discrétionnaire lorsqu’on est en contact avec la police », ont écrit les commissaires de police retraités et le Forum du Major général.

Le procureur général Avichai Mandelblit tient une conférence de presse au ministère de la Justice à Jérusalem annonçant sa décision d’inculper le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 21 novembre 2019. (Hadas Parush/FLASH90)

Sans nommer explicitement Netanyahu ou l’un de ses partisans, les auteurs notent que des générations de policiers ont enquêté sur des fonctionnaires publics au fil des ans depuis la création de l’État et que la police a toujours été « neutre sur le plan politique ».

Samedi, les principaux alliés de Netanyahu ont continué d’attaquer le pouvoir judiciaire suite à la décision du procureur général d’inculper le Premier ministre dans trois affaires de corruption, traitant les procureurs principaux de criminels et Mandelblit de marionnette sans courage.

Le ministre des Communications, David Amsalem, a réitéré l’affirmation de Netanyahu selon laquelle la décision de l’inculper était une tentative de « coup d’Etat », en désignant Nitzan et Liat Ben-Ari, les procureurs responsables dans les procédures contre le Premier ministre. Il a aussi critiqué Mandelblit.

« Shai Nitzan doit être jugé parce qu’il s’agit d’un coup d’État », a déclaré M. Amsalem dans une interview accordée à la Douzième chaîne. « À mon avis, Liat Ben-Ari est une femme qui mérite la prison. »

Amsalem s’est montré particulièrement méprisant à l’égard de Mandelblit, que Netanyahu nomma procureur général, disant que cette décision s’était avérée être une erreur.

« Mandelblit n’a pas la colonne vertébrale pour leur tenir tête », a dit Amsalem, accusant le procureur général – qu’il a décrit comme se promenant avec le « visage d’un martyr torturé » – de « lire ce que Shaï Nitzan écrit pour lui ».

Il a également accusé les enquêteurs de police de se comporter selon les « normes du crime organisé ».

David Amsalem, ministre des Communications, prend la parole lors d’une cérémonie au ministère des Communications à Jérusalem, le 10 juillet 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Samedi également, le ministre de la Justice Amir Ohana a attaqué le ministère public, dont il est responsable, en déclarant qu’il agissait comme il l’entendait, sans aucun contrôle.

« Il y a des procureurs qui enfreignent la loi, et personne ne les contrôle », a-t-il dit. « J’appelle le contrôleur de l’État à enquêter sur ces accusations ».

Amsalem et Ohana ont été nommés ministres au cours des derniers mois dans des gouvernements de transition, en grande partie en raison de leur loyauté très officielle envers Netanyahu.

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