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Floride : Un élu municipal boycotte le vote d’une résolution contre l’antisémitisme

Le frère John Muhammad, adepte de Farrakhan, reconnaît "le besoin urgent de combattre l'antisémitisme" mais exprime des réticences quant à la liberté d'expression

Le Frère John Muhammad a refusé de voter sur une résolution visant à adopter une définition de l'antisémitisme lors d'une réunion au conseil municipal de St. Petersburg, en Floride, le 14 septembre 2023. (Crédit : Capture d'écran 'une diffusion en direct)
Le Frère John Muhammad a refusé de voter sur une résolution visant à adopter une définition de l'antisémitisme lors d'une réunion au conseil municipal de St. Petersburg, en Floride, le 14 septembre 2023. (Crédit : Capture d'écran 'une diffusion en direct)

JTA – Quelques jours après qu’une synagogue de St. Petersburg, en Floride, a été forcée d’évacuer ses offices suite à une alerte à la bombe, le conseil municipal local s’est réuni pour discuter d’une résolution relative à l’antisémitisme.

La résolution portait sur l’approbation ou non d’une définition de l’antisémitisme dont les auteurs et les défenseurs locaux affirment qu’elle peut constituer une première étape utile dans la lutte contre la haine des Juifs.

Un membre controversé du conseil municipal, membre de l’organisation Nation of Islam, qui a exprimé de nombreuses objections à la définition, a interrogé les dirigeants de la communauté juive sur ce qui définit un Juif et a quitté la salle afin d’être comptabilisé comme « absent » lors du vote.

« J’ai des réticences. Mes inquiétudes sont enracinées dans mon expérience personnelle – ayant été accusé à tort d’être antisémite », a déclaré John Muhammad lors de la réunion du conseil, expliquant ses objections à la proposition. « Il a été dit que je n’étais pas qualifié pour faire le travail que je fais depuis 11 mois parce que quelqu’un avec qui je suis affilié a été accusé d’antisémitisme », a-t-il ajouté.

Louis Farrakhan, chantre de la Nation of Islam, prenant la parole en l’église Saint Sabina, à Chicago, le 9 mai 2019. (Crédit : Ashlee Rezin/Chicago Sun-Times via AP)

Muhammad n’a pas précisé à qui il faisait référence, mais des groupes juifs locaux s’opposent à son siège au conseil municipal depuis qu’il a été élu l’année dernière. Leurs objections étaient fondées sur son refus de désavouer le leader actuel de Nation of Islam, le nationaliste noir Louis Farrakhan, connu pour ses déclarations ouvertement antisémites.

Néanmoins, les dirigeants juifs espéraient pouvoir travailler avec Muhammad et l’instruire sur l’antisémitisme. « Lorsque je vois une situation comme celle-ci, je me dis qu’il s’agit d’une opportunité [à saisir] », a déclaré Michael Igel, président du Musée de la Shoah de Floride, situé à St. Petersburg, à la Jewish Telegraphic Agency au début de l’année. La fédération locale a déclaré qu’elle ferait pression sur le conseil pour qu’il fasse une déclaration sur les dangers de l’antisémitisme.

La résolution de jeudi, un jour avant Rosh HaShana, semble avoir été le résultat de cet effort. La fédération locale demande au conseil municipal d’adopter la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), ce que des dizaines de pays, d’États et de municipalités ont fait jusqu’à présent.

Le conseil devait voter sur ce texte quelques jours après que la Congrégation Bnei Israel de la ville a été la cible d’une alerte à la bombe. Le rabbin de la synagogue, Philip Weintraub, a prononcé l’allocution d’ouverture de la réunion et a parlé de la menace, tandis que d’autres membres du conseil municipal ont salué la réaction des forces de l’ordre.

Le président américain Joe Biden, avec à sa droite la vice-présidente Kamala Harris et son mari Doug Emhoff, prenant la parole lors d’une réception pour célébrer la nouvelle année juive dans la East Room de la Maison Blanche, à Washington, le 30 septembre 2022. (Crédit : Susan Walsh/AP)

Igel, président du Musée de la Shoah de Floride, et Stuart Berger, directeur du Conseil local des relations avec la communauté juive, ont fait partie des Juifs locaux qui ont défendu la résolution et se sont levés pendant la période de consultation publique pour l’approuver. La définition de l’IHRA a elle-même fait l’objet d’une controverse en raison de sa classification de certains types de critiques d’Israël comme antisémites, ce qu’un autre commentateur public a abordé en disant : « Je pense qu’il est possible d’avoir une définition opérationnelle audacieuse de l’antisémitisme tout en n’encourageant pas un gouvernement du Moyen-Orient qui mène des politiques de séparation et de brutalité absolue à l’égard du peuple palestinien. »

Muhammad n’a pas mentionné Israël dans ses objections à la résolution relative à l’antisémitisme. Au lieu de cela, il a suggéré que sa formulation était trop « vague » et que « sa nature subjective déterminant ce qui constitue la haine envers les Juifs » pourrait conduire à « la suppression de la liberté d’expression légitime ».

Tout en déclarant « je ne soutiens aucun acte antisémite », Muhammad a énuméré toutes les façons dont il se considérait comme un allié de la communauté juive locale. Il a participé à la lecture des noms des victimes de la Shoah pendant Yom HaShoah, il a voté une résolution en mémoire des victimes et il est membre d’un groupe d’étude judéo-noir. Pourtant, pendant plus de 15 minutes combinées de prise la parole, Muhammad a trouvé une multitude de raisons de ne pas soutenir la résolution proposée.

Il a cité l’activiste de la libération des Noirs Malcolm X, un ancien membre de Nation of Islam qui a épousé des opinions antisémites tout au long de sa vie, comme un exemple de quelqu’un « qui était considéré comme un antisémite de premier plan à son époque ». Muhammad a également affirmé qu’une « célébrité » avait récemment suscité « un débat au sein de la communauté juive elle-même » sur la question de savoir si elle avait tenu des propos antisémites – une possible référence à Jamie Foxx.

Au cours de ses commentaires, Muhammad a également fait monter Igel et Berger sur le podium et les a interrogés sur certains points précis de la formulation de la résolution. Il leur a demandé qui était considéré comme juif : « Est-ce une religion ? Est-ce une culture ? Est-ce une race ? »

Muhammad a demandé si les Hébreux noirs et les Juifs messianiques étaient considérés comme des Juifs susceptibles d’être touchés par l’antisémitisme, ce à quoi Igel a répondu : « Ces questions sont parfois dans l’œil de celui qui regarde ». Les deux groupes sont eux-mêmes souvent accusés d’antisémitisme pour avoir détourné des symboles et des rituels juifs ; en outre, les membres des premiers promeuvent parfois des théories du complot antisémites, tandis que les membres des seconds font souvent du prosélytisme auprès des Juifs. »

Il a également suscité des échanges en remettant en question un passage de la résolution, qui stipule que « la communauté juive a enrichi notre leadership par ses contributions aux arts, aux affaires, à l’université et au gouvernement ». « Quelle est la différence entre ce passage et les théories du complot, affirmant que les Juifs contrôlent les médias et le gouvernement, que l’IHRA définit comme antisémites ? », a demandé Muhammad.

Muhammad a conclu ses objections en notant que la définition « pourrait également avoir un effet dissuasif sur les membres de notre communauté qui pourraient craindre des répercussions en exprimant des opinions qui ne sont pas destinées à être haineuses mais qui pourraient être – mal – interprétées comme telles ». « Nous devons protéger les droits de ceux qui peuvent avoir des opinions impopulaires ou controversées dans les limites de la civilité, tant qu’ils ne préconisent pas explicitement la discrimination, la persécution, le mal, le préjudice ou le danger pour les membres de la communauté juive. »

Une partisane du BDS lors d’une manifestation anti-Israël, à New York, le 14 octobre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Peu après, un autre membre du conseil l’a interrompu en posant « la question » annonçant la fin au débat. Muhammad a remercié l’audience et a instamment quitté les lieux avant que le vote ne démarre.

« Au cours des débats, j’ai posé plusieurs questions auxquelles les personnes présentes n’ont pas pu répondre de manière satisfaisante », a déclaré Muhammad à la JTA dans un communiqué envoyé par courriel vendredi. « Malheureusement, mes commentaires ont dépassé le temps imparti et la question a été posée avant que je puisse conclure. N’ayant pas les réponses à mes questions, ou des réponses suffisantes à mes demandes, j’ai choisi de quitter les débats et de m’abstenir [de voter]. »

« Bien que je reconnaisse l’intention qui sous-tend la résolution proposée et le besoin urgent de combattre l’antisémitisme, en particulier face à la multiplication des incidents impliquant des suprémacistes blancs, je voudrais m’assurer que nous le faisons sans compromettre notre engagement en faveur de la liberté d’expression et de l’échange pacifique d’idées diverses au sein de notre communauté », a-t-il poursuivi.

Les membres présents du conseil municipal ont adopté la résolution à l’unanimité, certains citant à la fois l’historique de la discrimination antisémite à St. Petersburg et la récente montée des activités antisémites et nationalistes suprémacistes blancs en Floride.

Si aucun membre du conseil n’a répondu directement à Muhammad, l’une d’entre eux, Brandi Gabbard, a prononcé un discours après son départ dans lequel il a fait allusion à « l’incitation à la haine contre toute personne de notre communauté ou de toute autre communauté ».

« Nous voyons des personnes en position de pouvoir inciter spécifiquement à la haine, à la fois publiquement et en coulisses », a déclaré Gabbard. « C’est dangereux. C’est irresponsable. Et franchement, cela me dégoûte ». Ses propos ont été accueillis par des applaudissements.

Igel, petit-fils de survivants de la Shoah, a déclaré à la JTA qu’écouter les objections de Muhammad à la résolution était « douloureux » et « affligeant ». Mais il a ajouté que cette expérience « nous rappelle la nécessité de l’enseignement de la Shoah et de la définition de l’IHRA et pourquoi elle est importante, afin que nous puissions tous reconnaître et voir l’antisémitisme, quel qu’il soit ».

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