Gantz : il n’est pas bon pour Israël que d’autres pays aient le F-35
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Gantz : il n’est pas bon pour Israël que d’autres pays aient le F-35

Le ministre de la Défense dit avoir été informé des détails de l'accord de normalisation avec les Émirats - notamment la vente possible de l'avion furtif américain - qu'après coup

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense Benny Gantz s'exprime lors d'une conférence de presse au quartier général du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 18 août 2020. (Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)
Le ministre de la Défense Benny Gantz s'exprime lors d'une conférence de presse au quartier général du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 18 août 2020. (Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Mardi, le ministre de la Défense Benny Gantz a prévenu que la prolifération de l’avion de combat F-35 « n’était pas bonne pour Israël ». Ses remarques sont intervenues après la publication d’informations que les États-Unis allaient vendre l’avion de combat furtif aux Émirats arabes unis.

« Ce n’est pas bon pour Israël que l’avion aille dans d’autres endroits. Nous devons parler aux Émiratis, aux Américains, et nous assurer que nos intérêts sécuritaires sont défendus », a déclaré Benny Gantz lors d’une conférence de presse.

Mardi matin, le quotidien Yedioth Ahronot a rapporté que la Maison Blanche avait accepté de vendre l’avion de cinquième génération à Abou Dhabi dans le cadre de l’accord de normalisation entre les Émirats arabes unis et Israël. Les États-Unis refusaient depuis longtemps de vendre l’avion furtif aux Émiratis, et cela en grande partie parce que la vente remet en question « l’avantage militaire qualitatif » d’Israël au Moyen-Orient.

Réagissant à l’article, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a démenti que la vente du F-35 faisait partie de l’accord de normalisation. Il a souligné que lui et l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis s’étaient opposés à la vente de l’avion aux Émirats dans le passé. Pourtant, Netanyahu n’a pas explicitement démenti le fait que le F-35 pourrait être vendu aux Émiratis.

L’avion de combat est considéré comme l’un des appareils les plus avancés au monde. Il dispose de capacités furtives mais aussi d’un puissant ordinateur de bord qui le relie à d’autres avions dans le ciel.

Un chasseur israélien F-35 en vol lors d’une cérémonie de remise des diplômes pour les soldats qui ont suivi la formation de pilotage de l’armée de l’air, à la base aérienne de Hatzerim dans le désert du Néguev, le 27 décembre 2017. (Flash90)

Gantz a critiqué le fait qu’il avait été tenu à l’écart de l’accord de normalisation jusqu’à ce qu’il soit annoncé jeudi dernier. Netanyahu a expliqué au journal Israel Hayom que Gantz et le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, tous les deux du parti Kakhol lavan, n’avaient pas été informés de l’accord afin qu’il ne le fasse pas fuiter l’information dans la presse.

« Le Premier ministre m’a informé de cela après que la décision a été prise, donc je ne pouvais pas savoir ce qui se passait », a déclaré Gantz.

« Je pense qu’il n’était pas correct que nous n’ayons pas été tenus au courant. Je sais que je n’ai jamais rien fait fuiter de toute ma vie. Quand je veux donner une conférence, je vous [les journalistes] appelle. Les fuites sont les jeux d’autres personnes », a-t-il dit.

Pourtant, le ministre de la Défense a dit qu’il était prêt à passer au-delà de l’affront apparent de Netanyahu et faire ce qu’il fallait pour sceller cet accord avec les Émirats arabes unis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz assistent à la réunion hebdomadaire du cabinet du ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 21 juin 2020. (Crédit : Marc Israel Sellem / Pool / Flash90)

« Je ne vais pas me laisser entraîner dans un jeu pour savoir qui va en tirer profit, c’est moins important pour l’État d’Israël. Pour l’État d’Israël, il est plus important de faire avancer un accord de paix. Et si cela implique de prendre sur moi, ce n’est pas grave. Mais je ne veux pas que la sécurité de l’État soit mise en danger », a-t-il commenté.

Gantz n’a pas dit qu’il s’opposerait à la vente des F-35 aux Émirats arabes unis, mais il a souligné qu’il protégerait les intérêts sécuritaires d’Israël dans la région.

« Je vous le dis : il ne faut pas prendre de risques avec la sécurité. Nous nous assurerons – nous nous assurerons bien – que nos intérêts sécuritaires seront préservés », a-t-il assuré.

« On peut trouver un accord de paix tout en étant responsable d’un point de vue sécuritaire. Non seulement on le peut, mais on le doit », a-t-il ajouté.

Le ministre de la Défense a déclaré qu’il avait prévu de discuter le sujet de la vente du F-35 avec son homologue émirati.

« Tant que je serai ministre de la Défense, rien ne bougera sans coordination ou de manière irresponsable en termes de sécurité », a-t-il dit.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi rencontre le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Mass au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 10 juin 2020. (Photo par Olivier Fitoussi/Flash90)

Ashkenazi, le ministre des Affaires étrangères, a déclaré lors d’une conférence de presse mardi que « nous sommes au courant d’aucune promesse liée à la Défense dans le cadre de l’accord avec les Émirats arabes unis. S’il y a eu des accords, ils ont été faits sans consultation ou connaissance de ma part ou de celle du ministère des Affaires étrangères ».

« L’avantage militaire d’Israël est l’un des aspects les plus importants de notre sécurité », a-t-il ajouté.

Après la guerre de Yom Kippour en 1973, le Congrès américain a promis de préserver « l’avantage militaire qualitatif » d’Israël au Moyen-Orient en prenant en compte la position de Jérusalem avant de vendre des armes avancées aux voisins de l’État juif.

Le quotidien Haaretz a cité des officiels israéliens impliqués dans l’effort pour améliorer les liens avec les Émirats arabes unis. Ils ont indiqué que des pays du Golfe ont souvent demandé à Jérusalem de retirer son veto pour leur permettre de sceller des accords avec les États-Unis.

Certaines sources ont exprimé leur crainte qu’au cours de négociations secrètes ayant conduit à l’accord de normalisation, Israël ait pu accepter de tels accords – sans informer ou consulter des hauts responsables de la Défense, qui ont été exclus des négociations.

Netanyahu a reconnu jeudi qu’il avait tenu ses partenaires de coalition du parti Kakhol lavan en dehors des négociations concernant l’accord de normalisation avec les Émirats arabes unis. Il a déclaré avoir agi de la sorte à la demande des États-Unis.

Le Hamas « joue avec le feu »

Un pompier israélien tente d’éteindre un incendie déclenché par un ballon incendiaire lancé par des Palestiniens depuis la bande de Gaza vers le côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza, le 16 août 2020. (AP Photo/Tsafrir Abayov)

Mardi, Gantz a également commenté la montée des violences le long de la frontière avec Gaza. Des groupes terroristes menacent de reprendre le conflit à moins que leurs exigences pour un cessez-le-feu ne soient acceptées par Israël.

Ces derniers jours, des terroristes de la bande de Gaza ont commencé à lancer des engins explosifs et incendiaires accrochés à des ballons. Ils ont déclenché des dizaines d’incendies et entraîné des dégâts considérables à l’environnement et endommagé certaines propriétés.

« Le Hamas joue avec le feu avec nous. Je m’assurerai que ce feu lui retombera dessus. Cela doit cesser immédiatement », a commenté Gantz.

Concernant la frontière nord du pays, le ministre de la Défense a indiqué qu’Israël reste prêt à la possibilité d’une attaque du groupe terroriste du Hezbollah, même s’il a retiré ses troupes de la zone.

« Si on touche à un seul cheveu de la tête d’un soldat, ce sera très douloureux de l’autre côté », a-t-il promis.

« J’espère que [le Hezbollah] ne me défiera pas. Mais je suis prêt au défi », a ajouté Gantz.

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